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Les Berlinois renonceront-ils à l’aéroport de Tempelhof ?

vendredi, 23 mai, 2014 - 13:52

En plus des européennes, les Berlinois voteront pour ou contre l'aménagement d'une partie de l’aéroport en friche de Tempelhof. Un début de gentrification qui divise dans la ville. 

Dimanche 25 mai les Berlinois voteront deux fois. Une fois pour élire leurs eurodéputés, une autre pour trancher le sort de l’aéroport de Tempelhof. Six ans après en avoir approuvé sa fermeture, déjà par referendum populaire, ils doivent désormais décider de l’avenir de ce site unique. Construit en 1920, il est devenu l’un des symboles de la guerre froide.

C’est en effet grâce à cet aéroport qu’a pu être organisé le pont aérien qui, de 1948 à 1949, a permis de ravitailler Berlin-Ouest durant le blocus communiste. C’est aussi ici qu’ont atterri les présidents américains Kennedy, Nixon et Reagan.  

Tempelhof doit-il rester tel quel, à savoir un espace vide de 386 hectares situé en plein centre-ville ou doit-on construire des logements, des bureaux, ainsi qu'une immense bibliothèque à sa périphérie ?

Un  centre de loisirs à ciel ouvert

A deux jours du référendum populaire, rien n’est fait. L’opposition redouble d’effort. Cet immense espace en friche est un cas unique pour une capitale. Aux beaux jours, les pistes d’atterrissage sont envahies par les cerfs-volants, cyclistes et autres amateurs de vélos à deux, trois ou quatre roues. Les familles turques y plantent leur barbecue. Des concerts s'y tiennent parfois (voir la vidéo). Immense centre de loisir à ciel ouvert, le lieu impressionne par sa taille et son aspect sauvage.

"Tempelhof est un endroit à part dans la ville" explique Isil, une allemande d’origine turque.

J’y fais du cerf-volant, j’y pique-nique avec mes amis. Je vais voter contre le projet immobilier. Je ne veux pas que l’on touche à cet endroit ! Il y a tellement d’espace vide ailleurs en ville pour construire des logements. Berlin est toujours en chantier. Ils n’ont pas besoin de Tempelhof."

Cette doctorante en sociologie ne croit pas que le projet s’arrêtera là.

Ils prévoient de construire à la périphérie du site, mais qui me dit que petit à petit ils ne vont pas grignoter de plus en plus d’espace ?"

Vers une gentrification berlinoise

Le collectif 100% Tempelhof mène la campagne contre le projet (voir la vidéo ci-dessous) et craint une hausse des loyers dans les quartiers de Kreutzberg et de Neukölln au sud de la ville. Des quartiers populaires dont plus d’un quart de la population est d’origine étrangère. C'est aussi le repaire de la scène alternative berlinoise. Cette partie de la capitale subit ces dernières années une pression immobilière croissante poussant les plus modestes à quitter le centre-ville.

"Le projet immobilier présenté par le Berliner Senat (sénat de Berlin) va renforcer cette tendance" craint Felix Herzog, membre de 100% Tempelhof :

Les logements prévus dans le projet ne seront pas accessibles aux Berlinois modestes. Il n’y a pas assez de garanties pour la population locale."

Selon la plateforme, un "nouveau quartier de luxe" va émerger. 9% de la surface constructible devrait être proposée à la location à un tarif allant de 6 à 8€ le mètre carré. Le reste dépasserait les 14€ le mètre carré.

Le son de cloche est évidemment différent du coté du Berliner Senat. Dans une interview au journal Berliner Morgenpost, le maire de la capitale, Klaus Wowereit défend bec et ongle cette initiative.

"Ce sera une urbanisation modérée en périphérie" rassure-t-il.

Le terrain de Tempelhof reste libre. Une immense surface de 230 hectares restera protégée et cela par la loi. Berlin a besoin de nouveaux logements, surtout dans le centre-ville",

ajoute-t-il en critiquant l’ "égoïsme" des opposants.

Si nous nous privons de nouveaux logements en centre-ville, alors seuls les riches pourront y vivre. Les pauvres devront partir en périphérie. Et cela je ne le veux pas !"

Berlin, ville normal

Ce phénomène de gentrification est assez récent dans cette capitale de 3,5 millions d’habitants. Presque entièrement bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale, Berlin comptait encore jusqu’à récemment, de très nombreux espaces vides en son centre. Mais face à l’afflux de population (48.000 personnes s’y sont installées en 2013), les besoins en logements ne cessent de croître et les espaces vides disparaissent à vue d’oeil.

On a vu apparaitre ce processus de gentrification dans les années 80-90, dans quelques quartiers. Avant, les gens pouvaient déménager dans le quartier d'à côté. Aujourd’hui, cela n’est plus possible. Celui qui quitte Kreutzberg doit s’installer à la périphérie de la ville",

explique Andrej Holm de l’université Humbold de Berlin. 

"On constate les plus fortes hausses de loyers dans les quartiers les plus pauvres de la ville".

"Pauvre mais sexy" comme l’a qualifié son maire Klaus Wowereit. La capitale allemande compte 13% de chômeurs, soit deux fois plus que dans le reste du pays. A travers le sort de l’aéroport de Tempelhof, c’est surtout le sort des plus modestes dont il est question. Des habitants fragilisés par la "normalisation" d’une capitale considérée comme l’une des plus accessibles et les moins chères d’Europe.




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