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Après le séisme des européennes, le pire n’est pas encore certain

lundi, 26 mai, 2014 - 14:19

La bataille pour l'élection du président de la Commission européenne entre les eurodéputés et les institutions européennes frise l'indécence au lendemain de la gifle électorale. L'Union va droit dans le mur sans réforme en profondeur de son fonctionnement. 

Depuis le traité de Rome, jamais le schisme entre l'Union européenne et ses citoyens n'a été aussi patent. Pourtant, dans son splendide isolement, tel l'aveugle qui marche dans l'eau et finit pas se noyer, le Parlement européen, la Commission et le Conseil européen, vont faire comme si de rien n'était. Preuve en est, les indécentes tractations pour la présidence de la Commission européenne.

Indécentes pour les trop rares électeurs qui ont voté dimanche pour que l'UE ne soit  plus ce colin froid sans saveur, ce "machin" ou plutôt cette machine technocratique sans âme qui décide de l'avenir commun de 500 millions d'humains.

Indécentes, aussi et surtout, pour la démocratie dont elle devrait pourtant être la gardienne, alors qu'elle enfante au contraire en son sein des mouvements populistes, aux forts relents xénophobes si ce n'est, comme en Grèce ou en Hongrie, une peste brune.

Indécentes encore, à l'analyse des résultats. Rapporté au nombre d'inscrits  – 380 millions – le groupe des conservateurs PPE au Parlement européen revendique la présidence de la Commission avec seulement 12% des électeurs inscrits… Les socialistes du PSE également en lice, ont eux, recueilli, toujours à l'aune du nombre d'inscrits, moins de 11% des voix des Européens. Pourtant, Jean-Claude Junker et Martin Schulz revendiquent tous les deux le poste sans s'interroger sur la légitimité démocratique des plus réduite de leur candidature.

Combats de coqs déplumés

C'est pourtant cette dernière qu'ils mettent tous deux haut et fort en avant pour contrer les velléités des chefs d'Etat et de gouvernement d’imposer leur choix, comme ils l'ont toujours fait jusqu'à présent. Un combat de coqs bien déplumés et chétifs, qui ne va sans nul doute pas passionner les Européens, renforçant encore plus la certitude que l'Europe se fait, comme toujours, sans eux.

On voudrait pourtant encore croire que la gifle électorale de ces européennes va réveiller les eurodéputés. Evidemment pas ceux, désormais nombreux, qui sont là pour dynamiter de l'intérieur l'Union, ayant pour seule ambition de "tout bloquer", comme l'expliquait ce matin Louis Aliot, le compagnon de Marine Le Pen élu eurodéputé. Mais les autres? Vont-ils sagement parlementer entre eux pendant les cinq ans de leur mandat sur des sujets abscons pour le commun des mortels, comme si de rien n'était alors qu'ils n'ont même pas le droit d'initiative législative? On peut le craindre.

Mais on peut aussi espérer, sans vraiment y croire, que les députés européens vraiment convaincus qu'une Union européenne rénovée avec un parlement souverain reste porteuse d'avenir, prennent une initiative d'envergure pour éviter la déliquescence prévisible du principe même d'une Europe unie. Auront-ils le courage de s'ériger, comme les députés des Etats généraux en 1789, en Assemblée constituante européenne, pour redéfinir, au nom du peuple qu'ils sont censés représenter, le rôle des institutions européennes au profit de l'europarlement ?

Les citoyens européens pourront par la suite avaliser ou pas, leurs propositions lors de nouvelles élections, avec un enjeu cette fois clair et motivant donnant une vraie légitimité démocratique à l'Union.




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