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Européennes: L’Europe malade de ses populistes

lundi, 26 mai, 2014 - 12:31

Sans surprise les partis populistes ont marqué le scrutin européen. Si la France consacre le FN et le Royaume-Uni l'UKIP, la Grèce, elle, se tourne vers la gauche radicale. Quant aux Allemands et aux Italiens, ils expriment leur confiance aux partis qui gouvernent. 

 

Chronique sur RFI - Les leaders populistes 

 

Le coup de massue. Même si toute la presse européenne l'avait annoncé, la forte percée des partis populistes aux élections est l’événement majeur de ce scrutin. De 125 à 140 députés europhobes sur 751 pourraient siéger à Bruxelles. Le Parti populaire européen (PPE), équivalent de la droite, domine avec 214 sièges, suivi par les socialistes du PSE (189 sièges). Dans l'ensemble, les partis "pro européens" issus des quatre formations "classiques" perdent au total 89 sièges (612 en 2009 contre 523 en 2014). 

L'hémorragie se fait surtout sentir au PPE (-60 sièges). Mais cela ne semble pas perturber Jean-Claude Juncker, leader du parti. Ce dernier revendique la présidence de la Commission européenne tout en clamant haut et fort que son parti "a gagné" les élections. Pas de questionnement sur le vote populiste. Pas de commentaires sur la participation (43,09% contre 43% en 2009) toujours aussi faible à ce scrutin. Tout se déroule comme si l'arrivée prochaine d'une flopée de xénophobes au Parlement n'était pas à prendre en compte.

Les récentes sorties de Jean-Marie Le Pen sur son ami "Monseigneur Ebola" ou les soupçons d'homicide qui pèsent sur les cadres du parti néonazi Aube Dorée n'ont visiblement eu aucun impact sur le vote des citoyens. Zoom sur les victoires les plus marquantes de cette élection.

Le FN, premier parti de France 

Marine le Pen transforme l'essai. La présidente du FN obtient 25,40% des voix, précédant nettement l'UMP (21%). Pour le PS c'est la débâcle avec 14,5% des voix. L'un des scores les plus faibles jamais obtenu par le parti à une élection européenne. Ce matin, sur l'antenne d'Europe 1, Jean-Christophe Cambadelis, le premier secrétaire du parti socialiste, n'hésitait pas à parler d'une "branlée collective".

Le FN finit en première position dans cinq des huit circonscriptions françaises (Nord-Ouest, Grand Est, Sud-Ouest, Sud-Est, Massif central-Centre). L'UMP l'emporte dans les trois dernières (Outre-Mer,  Île-de-France, Grand  Ouest). Le parti frontiste revendique ainsi depuis hier le titre de "premier parti de France" et le fait savoir.

Avec ce score, le FN envoie 24 députés au Parlement européen contre 20 pour l'UMP, 14 pour le PS, 7 au Modem, 6 chez les Verts et 4 au Front de gauche.

Alliée au FPÖ autrichien, au PVV néerlandais et à la Ligue du nord, la dirigeante du FN pourrait créer pour la première fois un groupe d'euroscpetique au Parlement européen.

L'Ukip gonflé à bloc

Mais le FN devra compter avec la concurrence d'un autre courant populiste : l'Ukip. Le parti de Nigel Farage s'impose au Royaume-Uni avec 27,5% des voix devant le parti travailliste (25,4%) et les conservateurs (23,9%).

C'est la première fois, depuis 1910, dans l'histoire du pays que ni les travaillistes ni les conservateurs ne gagnent une élection. Gonflé à bloc, le leader du parti populiste espère que cette percée forcera le premier ministre David Cameron à durcir sa position sur l'Europe. L'Ukip emporte 23 sièges au Parlement européen contre 18 pour les travaillistes et 18 pour les conservateurs.

Nigel Farage a d'ores et déjà annoncé qu'il refuserait de faire alliance avec le Front national qu'il juge "antisémite". Certains experts avancent un rapprochement entre l'Ukip et des membres du MS5 de Beppe Grillo en vue de créer un groupe au Parlement européen.

Le peuple danois a parlé

Autre grande victoire populiste en Europe, celle du parti du peuple Danois avec 26,60% des voix. Il dépasse ainsi les sociaux-démocrates au pouvoir (19,1% des voix.) 

La tête de liste du parti, Morten Messerschmidt, a également pris ses distances avec le Front National. Dans une interview au Monde, il déclare regretter la popularité croissante en Europe de partis comme "Aube dorée ou le Front national". Sa préférence va à l'Ukip. Un mouvement qui, comme le sien selon ses propos, tente de "remettre l'Europe sur les bons rails."

Un triomphe signé Renzi

La déferlante Grillo, elle, n'a pas eu lieu en Italie. Avec un taux de participation de 60%, le pays a hier donné sa confiance au parti du leader de centre gauche, Mattéo Renzi. Le parti démocratique finit en tête des élections avec 40,86% des voix, très loin devant le populiste Beppe Grillo et son Mouvement 5 étoiles (21% des voix).

Le chef du gouvernement italien s'est félicité de cette victoire sur son compte Twitter.

Il envoie ainsi 31 députés à Bruxelles, tandis que Beppe Grillo n'en dépêchera que 17. Le score de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi est la seconde surprise de ce scrutin. Le mouvement du cavaliere n’obtient que 16% des voix. La Ligue du nord, elle, ne dépasse pas les 6,9% des voix.

Alexis Tsipras s'impose en Grèce

La Grèce est le seul pays de l'Union à plébisciter la gauche radicale. Syriza, la formation menée par Aleixs Tsipras l'emporte avec 26,55% des voix suivie de près par le parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie (22,76%). Aube dorée sort renforcé de ce scrutin avec près de 9% des voix devant le Pasok qui s’effondre à 8,03%.

La mise en détention provisoire de six députés du parti néonazi dont le leader, Nikos Michaloliakos, pour "financement et appartenance à une organisation criminelle" n'a visiblement eu aucun impact sur le vote. Quant à la victoire d'Alexis Tsipras, elle est le signe fort d'un pays mis à mal par les coupes budgétaires de Bruxelles. Ce dernier a d'ailleurs renouvelé son appel à la mise en place d'élections législatives anticipées en Grèce. 

Merkel, la victoire facile

Sans surprise le CSU/ CDU d'Angela Merkel s'impose en Allemagne avec 35,5% des voix devant le SPD (27,30%). Viennent ensuite les écologistes (10%) et pour la première fois, l'arrivée au Parlement européen de l'Afd, jeune formation eurosceptique. Le parti obtient 7% des voix et donc 7 sièges au Parlement. Autre curiosité, l'arrivée du parti néonazi NSP qui remporte un siège au Parlement.

Ces élections marquent l’échec du projet européen comme tel qu'il est appliqué aujourd'hui. L’approche technocratique et désincarnée de l'Union européenne arrive à bout de souffle. Bruxelles doit tenir compte de ce 21 avril européen et en tirer les conséquences en instaurant plus de transparence et de démocratie entre l'UE et ses citoyens.




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