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Porno stars italiennes: « Internet m’a tuer »

mardi, 27 mai, 2014 - 10:22

Avec Internet, l’industrie italienne du film porno est en crise. Les producteurs n’investissent plus, les acteurs changent de métier et les réalisateurs s'exilent à l'étranger. Recontre avec les stars du X de la péninsule.

"Le porno est mort en Italie. Auparavant, il y avait les cinémas, les cassettes vidéo. Avec Internet et la multitude de sites comme Youporn, notre monde a disparu". Au téléphone, la voix de Llona Staller, plus connue sous le nom de Cicciolina, est toujours aussi cristalline. La disparition de son ancien monde n’ont heureusement pas eu raison de l’envie de vivre joyeusement le sexe et la sexualité, même à 60 ans.

Mais le temps des "grands films" et surtout, des grosses recettes est révolu : 

De mon temps, je gagnais 250.000 euros en tournant 4 jours. Aujourd’hui, les filles touchent entre 200 et 300 euros par scène, si elles ont de la chance",

confie "la Cicciolina".

En moyenne, un film comprend entre 7 et 8 scènes. L'actrice principale peut tourner 2 à 3 scènes. "Le jeu n’en vaut plus la chandelle" se désole l'ex star du X qui fut également chanteuse et… députée. Si la crise a tué les PME italiennes et poussé les petits patrons au suicide, la toile a eu raison de l’industrie pornographique :

J’ai tourné 250 films avant d’arrêter en 2006. Si je voulais, je pourrais vivre de mes rentes. Aujourd’hui, le public n’a plus besoin de nous. Les gens téléchargent les films sur Internet. Des trucs qui n’ont ni queue ni tête. Des produits faits maison si on peut dire…"

analyse Jessica Rizzo, une autre grande star du porno italien.

La mort du "vrai cinéma"

Des produits faits maison, cela veut des films a budget zéro, tournés avec des gens normaux dans leurs appartements. Pas de décors extérieurs, pas de directeur de la photographie, pas de recherches au niveau du scénario ou du tournage :

Les films de Mario Salieri, c’était du vrai cinéma. Les images et les plans étaient parfaits. On voyait qu’il y avait un véritable effort d’un point de vue technique. Ce n’était pas seulement 4 personnes qui se sautaient dessus dans tous les sens",

se souvient Roberto.

Pénalisés par le web, les professionnels du porno sont également confrontés à l’absence de législation précise en Italie sur les films pour adultes. Ce vide juridique pousse certains magistrats à comparer le porno à une incitation à la prostitution. Les cinéastes doivent aussi faire avec la "porno tax", un impôt en vigueur depuis 2012 qui taxe les gains à hauteur de 25% sur les films.

Des grands acteurs devenus producteurs comme Rocco Siffredi ont fait leurs cartons pour la Hongrie ou les Etats-Unis. La législation y est plus douce et le public plus exigeant : 

En Italie, il n’y a plus rien à faire. Entre les impôts, la porno tax et une législation extrêmement sévère qui nous empêche de trouver des décors naturels par exemple, nous n’avons pas le choix"

m'explique Rocco Siffredi.

Xvideos : 4,4 milliards de visiteurs par mois 

Avant lui, d’autres ont émigré comme Gianfranco Romagnoli, le plus grand producteur de films pornographiques d’origine italienne.  

J’ai produit "Il gladiatore", le film le plus cher de toute l’industrie pornographique. 750.000 euros de budget et 4.5 millions d’euros au box-office ! Des films comme ça aujourd’hui ça n’existe plus. On tourne trois trucs, on les colle sur Internet et ça marche. Nous autres producteurs comme les stars d’ailleurs, sommes devenus complètement inutiles".

Depuis deux ans et demi, il ne produit plus de films. "J’ai failli perdre 80.000 euros d'investissement. Le marché du DVD est mort comme celui des VHS. Quant aux cinémas, ce n’est même plus la peine d’en parler" affirme ce producteur qui s’est installé à Budapest. 

Il se souvient du système qui tournait autour de l’industrie pornographique comme dans le "cinéma traditionnel".

On organisait des tournées pour faire de la pub à nos acteurs. Aujourd’hui c’est inutile. C’est un cercle vicieux. Les producteurs n’investissent plus, donc il n’y a plus besoin de stars, donc plus de promotion et plus de paillettes"

se désole-t-il.

Le chiffres sont impitoyables pour le porno pro. Le site gratuit Xvideos enregistre 4,4 milliards de visiteurs par mois. Chaque spectateur passe en moyenne entre 15 et 20 minutes sur le site.

Dernière scéance au Volturno

Du coté de l’industrie du "hard", les chiffres baissent chaque année. Il y a six ans, seulement 300 des 1500 films diffusés ont été entièrement produits en Italie. En 2012, les 200 films amateurs produits avec un budget de 5 à 6000 € pour un long-métrage, ont généré un chiffre d’affaire global de 1,1 millions d’euros.

"Des cacahuètes si l’on tient compte des chiffres des années 80" soupire Jessica Rizzo. Cette actrice m'explique qu’aujourd’hui que le coût moyen d’une production professionnelle va de 15 à 20.000 € contre 5000 € pour un film amateur. Coté distribution, les droits des films en cassette vidéo étaient vendus 400 dollars par long-métrage à la belle époque. Aujourd’hui, ils ne valent plus rien.

A Rome, la plupart des salles ont été fermées comme le Volturno situé à coté de la gare centrale. Elle est depuis quatre ans occupée par une association pour le droit au logement.

Les deux salles qui fonctionnent encore sont fréquentées par des marchettari, des prostitué(e)s qui arrondissent des fins de mois difficiles",

explique Gianni.




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