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Habitat participatif: la France reste loin derrière l’Allemagne

mercredi, 28 mai, 2014 - 10:51

Paris se lance dans l'aventure de l'habitat participatif. La capitale met à disposition trois terrains pour combler son retard. Un mode de logement alternatif déjà plébiscité dans de nombreux pays européens, notamment en Allemagne. 

Cherche Parisiens prêts à vivre ensemble. C'est l'appel lancé depuis peu par la capitale. La ville est prête à mettre à disposition trois terrains pour créer ses premiers habitats participatifs. Trois immeubles de cinq à treize logements seront construits sur des parcelles rue Armand-Carrel dans le 19e arrondissement et rue Gasnier-Guy dans le 20e. 

Cette nouvelle manière de se loger se développe de plus en plus dans l'Hexagone comme alternative à la flambée des prix de l'immobilier. De plus, l'ex-ministre de l'Egalité des territoires et du Logement, Cécile Duflot, a favorisé l'habitat groupé. La loi ALUR modifie le Code de la construction et de l’habitation pour permettre le développement de l'habitat participatif, décrit comme :

un regroupement de ménages mutualisant leurs ressources pour concevoir, réaliser et financer ensemble leur logement, au sein d’un bâtiment collectif."

Loin de résoudre la crise du logement, cette alternative à la location et la propriété aurait cependant un impact positif sur les habitants selon une étude de l’Assemblée nationale :

Les projets sont construits dans le respect de valeurs essentielles comme la non spéculation, la solidarité, la mixité sociale, l’habitat sain et écologique, la mutualisation d’espaces et de ressources. Cette réappropriation de l’acte de concevoir leur logement témoigne du souhait d’un lien social renouvelé et contribue à la fabrication de la ville au sens large."

Beaucoup d'appelés mais peu d'élus

A Paris, les projets peuvent être déposés depuis lundi sur une plateforme dédiée. Ils seront sélectionnés par un jury composé d'élus parisiens, de professionnels du service public du logement à Paris et d'experts de l'habitat participatif.

Tous les projets doivent : 

présenter des innovations sociales, économiques et écologiques, tout en intégrant des espaces de vie communes pour garantir une mixité sociale de l'habitat."

Les candidats ont jusqu'en novembre 2014 pour répondre. Seuls quatre groupes seront retenus pour chacun des terrains à l'issue de cette première étape. Les sélectionnés devront ensuite se constituer en association pour définir "les grandes lignes de leur programme immobilier, leur modèle juridique et la faisabilité du projet". Deux groupes seront alors retenus pour chaque terrain en juin 2015. Les lauréats seront ensuite choisis sur la base des avant-projets présentés et pourront déposer leur permis de construire.

Une procédure lourde et longue comme le souligne certains internautes sur Twitter :

En Allemagne, 20% des logements neufs "participatifs"

L’Allemagne est le berceau de l’habitat groupé et participatif. Ceux-ci représenteraient entre 15 et 20% des logements neufs alors qu’ils étaient quasiment inexistants avant les années 1990. Ils ont pris leur essor notamment après les réussites de Tübingen (voir photo) et de Fribourg-en-Brisgau. Au milieu des années 1990, ces villes ont réussi à transformer et réinvestir les espaces rendus disponibles par le départ des militaires français.

Les anciennes casernes sont devenues des modèles d’habitats participatifs et écologiques, menés par des citoyens motivés et regroupés en Baugruppen, ou groupes de construction. Formule la plus utilisée dans l’habitat participatif allemand, ces Baugruppen consistent en la formation d’un groupe de propriétaires définissant au préalable le projet, les espaces communs etc.

Au total, on estime que ces constructions coûteraient 25% de moins que des logements neufs de même type entrepris à titre individuel. Par ailleurs, face au défi que représente le vieillissement de la population allemande, le pays voit se développer les initiatives destinées aux personnes âgées.

Les régions allemandes soutiennent différemment ces projets, le plus souvent par le biais des mairies qui proposent des terrains disponibles. A Hambourg, autre ville-Etat en pointe en la matière, une agence finance et organise les services destinés à informer les groupes et coopératives. Elle participe aussi à la formation de nouveaux groupes et projets et apporte un soutien en matière administrative et bureaucratique.

Au Royaume-Uni, un appel au soutien public

​Dans un contexte de grave crise du logement, l’opposition travailliste assure que le niveau de construction est à son plus faible niveau depuis presque cent ans. L’association Shelter a demandé à la fin de l’été un soutien dans la construction de logements partagés.

Avec £12 milliards (13,7 milliards d’euros), soit moins de 1% du PIB, l’organisation caritative estime que l’Etat pourra construire 600.000 logements partagés et ainsi permettre à la moitié des familles qui louent dans le privé d’acquérir un logement. Sans cette initiative, une famille pauvre sur quatre serait obligée de louer dans le privé d’ici à 2020, et se retrouverait ainsi dans des logements coûteux et exigus.

Parallèlement à cet appel, de rares initiatives de logements coopératifs existent dans le pays. Ils représentent moins de 0,1% des logements du pays.

En Grèce, débrouille et logements en partage

Peuple de réfugiés -par vagues successives suivant les soubresauts de l’Histoire-, ou peuple de marins: l’ancrage dans une maison à soi est un rêve dominant chez beaucoup de Grecs. Cet attachement a été renforcé par la pratique de la dot légale, puis informelle, qui obligeait tout parent à fournir un logement à chacune de ses filles jeunes mariées.

D’où cette vision que connaissent bien les touristes en Grèce, de ces maisons à plusieurs étages, non finies, des fers à béton émergeant aux quatre coins de la terrasse, prêts pour un nouvel étage -une nouvelle génération familiale. Une culture de la propriété dont résulte ce chiffre, des années d’avant la crise: entre 75 et 85% de la population est propriétaire -le plus haut chiffre d’Europe d'alors.

Mais la Troïka est passée par là, découvrant un filon inexploité. Et les impôts fonciers se sont multipliés sous des noms exotiques pour les Grecs: taxes d’enregistrement, d’occupation, de non-occupation, de rénovation… Pourtant, sans état des lieux des propriétés (rappelons que la Grèce n’a toujours pas de cadastre), l'évaluation de ces taxes se base sur la facture d’électricité. Bien qu'illégale (rejetée par le Conseil d’Etat), cette option est appliquée. En cas de non-paiement, le courant est coupé. Et il est question que la loi interdisant la récupération par les banques de la résidence principale en cas de non-remboursement de dettes soit bientôt levée. Une décision qui laisse craindre une crise -une de plus!- de subprimes.

Tout ceci ajouté aux réductions drastiques de leurs revenus, les Grecs ont dû trouver des solutions de survie. Des familles se sont regroupées en tribus dans un même appartement. Aujourd'hui, ce regroupement se fait sur un espace plus petit, un appartement ou deux, pour réduire les frais. Les observateurs estiment d'ailleurs que la surface d'habitation occupée par les Grecs a baissé de 30 %, rien que pour ces deux dernières années.


Crédit photo iJuliAn sur Flickr en CC
Article publié initialement le 21/10/13, mis à jour le 28/05/14




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