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Service minimum à Berlin pour la Première Guerre mondiale

mercredi, 28 mai, 2014 - 15:46

Les Allemands ont toujours du mal à surmonter leur responsabilité dans le déclenchement du conflit qui a ouvert la voie au nazisme. Le centenaire du début de la "Grande Guerre" se résume à une exposition à Berlin.

C’est avec un air grave qu’Angela Merkel a visité ce mercredi 28 mai l’exposition sur la Première Guerre mondiale organisée par le Musée d’histoire allemande, à Berlin.

L’Union européenne est la réponse à l’histoire douloureuse du continent. La Seconde Guerre mondiale et l’holocauste appartiennent aussi à cette période de terreur. Or aujourd’hui il règne en Europe la force du droit et non plus le droit du plus fort"

a-t-elle déclaré.

Rappeler l’origine et l’ambition du projet européen à une époque de crise et de montée des populismes, le message de la chancelière ne pouvait être plus fort. Toutefois, en visitant cette exposition qui met en scène certaines batailles phares de la Première Guerre mondiale, comme Verdun, Tannenberg ou les Dardanelles, la chancelière allemande a assuré le service minimum.

Pas de commémoration nationale

En octobre, elle se rendra dans les Flandres pour une cérémonie officielle, mais aucune autre participation à des manifestations dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre n’est prévue dans l’agenda de la chancelière. Seul le président allemand Joachim Gauck va multiplier les déplacements à l’étranger, notamment en Alsace en août aux côtés du président français.

Quant à une commémoration nationale en Allemagne, il n’y en a tout simplement pas, au plus grand dam de certains historiens qui regrettent une "position de retrait excessive" des autorités allemandes. En début d’année, le spécialiste de la Première Guerre mondiale Gerd Krumeich avait appelé le parlement à "avoir le courage" d’organiser une cérémonie. "Les Allemands sont redevables de cette cérémonie aux 10 millions de morts du conflit" estime-t-il.

"Une guerre perdue dont on ne sait pas quoi faire"

Cette absence de commémoration nationale s’explique en partie par la décentralisation du pays. "L’Allemagne est un Etat fédéral, les commémorations et les manifestations autour de ce centenaire sont organisées par tradition au niveau régional, local et communal" explique Alexander Koch.

Le président de la Fondation du Musée d’histoire allemande se dit d’ailleurs surpris par le nombre de films, livres et d’expositions proposés dans tout le pays à l’occasion de ce centenaire.

Mais cela n’explique pas tout. "La Première Guerre mondiale est embarrassante pour les allemands" explique Juliane Haubold-Stolle, commissaire de l’exposition inaugurée cette semaine à Berlin.

Depuis 1945, la seconde Guerre mondiale, la dictature nationale socialiste et la mort des juifs d’Europe sont au cœur de la culture commémorative allemande et ont éclipsé la Première Guerre mondiale. Par ailleurs s’est toujours posée la question de comment commémorer la 1ere Guerre mondiale. C’est un sujet très polémique. C’est une guerre perdue dont on ne sait pas quoi faire. Il y a toujours eu des débats intenses pour savoir s’il fallait commémorer les héros de la Guerre, et si oui, comment ? Ou alors s’il fallait tout simplement en tirer les leçons pour ne plus jamais faire la Guerre".

"Un intérêt récent et incroyable"

La question de la responsabilité allemande dans le déclenchement du conflit, véritable catastrophe qui a ouvert la voie au nazisme, est aussi au cœur de cet embarras. Dans les années 1960 s’est imposée la thèse de l’historien Fritz Fisher sur la responsabilité de l’Allemagne. Or ce n’est que très récemment que des historiens tels que Christopher Clark l’a mise en cause pour évoquer des torts partagés, notamment avec la Grande-Bretagne, la Russie et la France.

L’absence de champs de bataille sur le territoire national, de cimetière militaire ou de tombe du soldat inconnu explique aussi la difficulté pour les allemands de commémorer cette Première Guerre mondiale qui s’est déroulée à l’extérieur des frontières actuelle du pays. Les églises qui possèdent presque toutes un autel dédié aux morts des deux conflits mondiaux sont les seuls véritables lieux de souvenir.

La Première Guerre mondiale est-elle pour autant une Guerre oubliée des Allemands? Julianne Haubold-Stolle ne veut pas y croire.

Cette Guerre est moins oubliée que ce que l’on pensait"

note la commissaire d’exposition qui constate un intérêt "récent et incroyable" de la part des Allemands pour le premier conflit mondial. Au total plus de 150 manifestations sont organisées dans le pays sans compter les nombreuses publications et projections de films sur le sujet.


«1914-1918, la Première Guerre mondiale» exposition au Musée de l’histoire allemande de Berlin du 29 mai au 30 novembre.
 


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