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L’abdication de Juan Carlos ne fait pas pleurer les Espagnols

lundi, 2 juin, 2014 - 10:36

Juan Carlos abdique. Après 38 ans de règne le roi d'Espagne transmet sa couronne à son fils, le prince Felipe. Scandales, corruption et limites d'âge font tomber les têtes couronnées européennes ces derniers temps...

 

Chronique sur RFI - L'abdication des rois 

 

Il n'aura fallu à Mariano Rajoy que trois minutes, montre en main, pour annoncer l'abdication de Juan Carlos. A 76 ans, le roi laisse sa place à son fils, le prince Felipe. Sur le compte Twitter de la famille royale, un communiqué lapidaire annonce l'événement :

Désormais, ce sont les Cortes Generales (le congrès et le sénat espagnol) qui devront nommer, officiellement "dans un court délai", le prince Felipe de Asturias comme successeur au trône. Le président du gouvernement a d’ores et déjà convoqué un conseil des ministres "extraordinaire" demain pour mettre en marche le processus de succession. Selon la Constitution, il se terminera par l’intronisation du nouveau roi, qui s’appellera Felipe VI.

Le Congrès et le Sénat espagnols devront également, comme le stipule l’article 57.5 de la Constitution, adopter une loi organique pour rendre effective le passage de pouvoir. Une grande première dans l’histoire de la démocratie espagnole. Juan Carlos régnait depuis la mort du dictateur Franco qui l’avait lui-même nommé sur son lit de mort en 1975.

Selon l’agence EFE, le roi aurait pris cette décision en janvier dernier. Sa santé s’était dégradée ces derniers mois et les tensions ne cessaient de croître quant à la légitimité du monarque, de plus en plus critiquée par le peuple et les partis politiques.

En janvier dernier, deux Espagnols sur trois souhaitaient l'abdication de Juan Carlos. Les citoyens n'ont pas pardonné à sa Majesté son escapade au Botswana pour chasser l'éléphant. Sans oublier la récente mise en cause de sa fille dans un scandale de corruption visant son époux, Inaki Urdangarin qui aurait détourné 6 millions d'euros de fonds publics.

En Belgique et aux Pays-Bas, on abdique aussi

En Belgique, c'est le roi Albert II qui a laissé le trône à son fils, Philippe, Duc de Brabant, en juillet 2013. Le roi avait, comme Juan Carlos, mis en avant des problèmes de santé l'obligeant à céder la place à son fils. Mais personne n'était dupe dans le royaume: l'assignation du roi des Belges en justice par sa fille illégitime, Delphine Boël, n'est pas étrangère à son abdication. Cette dernière exigeait de la justice des tests ADN afin de prouver sa filiation et accéder ainsi aux privilèges qui lui reviendraient de droit.

Aux Pays-Bas, la reine Beatrix a, elle, abdiqué sans aucun scandale. Le nouveau roi William Alexander a succédé en avril 2013 à sa mère. La transition s'est faite en douceur sans autre raison que l'âge de la reine. A 75 ans, elle a estimé qu'il était temps de transmettre la couronne à son fils. Très solide dans le pays, la monarchie est le pilier de l’identité nationale. Mais l'influence politique du roi est quasi-nulle. Si aucun projet de loi n'entre en vigueur avant que le texte ne soit contresigné par le monarque, ce paraphe reste symbolique. En pratique, le monarque donnera toujours son accord puisque les projets de loi sont faits par le gouvernement "par le Roi ou en son nom". Selon un sondage Ipsos, les ¾ de la population adhèrent à la monarchie.

Grande-Bretagne et Monaco au top

S'il y en a une qui n'est pas prête d'abdiquer, c'est bien Elisabeth II. "The Queen" siège sur le trône depuis plus de 60 ans et bénéficie d'un soutien populaire exceptionnel. Et son fils Charles n'en finit pas d'attendre… Le récent mariage de William et Kate Middleton, la naissance de leur fils, le prince George, en juillet dernier a même donné un coup de jeune à la monarchie. Le "royal baby" faisait la Une dans le monde entier au lendemain sa naissance. Le quotidien britannique, The Sun avait renommé son édition du 23 juillet "The Son" (le fils) pour l'occasion.

Un récent sondage indique que 77% des Britanniques veulent conserver la monarchie. Ils ne sont que 17% à souhaiter la transformation du Royaume-Uni en République.

A Monaco aussi, la famille princière a toujours, contre vents et marées, la côte. En épousant en 1956 la star hollywoodienne Grace Kelly, le prince Rainier a réalisé un coup de communication génial. Tout en sauvant sa couronne, il a attiré l'attention du monde entier sur ce petit rocher alors inconnu du grand public. Un biopic, Grace, réalisé par Olivier Dahan retrace l'histoire de cette rencontre.

Les différentes péripéties des trois enfants royaux, Albert, Caroline et Stéphanie, n'ont pas manqué de faire couler beaucoup d'encre au cours des décennies suivantes. En 2011, le mariage d'Albert et Charlène a fortement intéressé les foules. L'annonce d'un bébé à venir a été accueillie comme un soulagement sur le Rocher tant l'héritier de la couronne commençait à se faire attendre.

Les monarques scandinaves incontestés… ou presque

Les monarchies du nord de l'Europe sont peu connues du bon peuple européen. Elles sont pourtant soutenues par la majorité des citoyens. Au Danemark, la reine Margrethe II ainsi que la famille royale jouissent d’une popularité oscillant entre les 80 et 90% d’opinions favorables.

En Norvège c'est Harald V qui règne sur le pays. Sa fonction est principalement honorifique. Il est, comme la plupart des monarques, le symbole de l'unité nationale. Au lendemain des deux attentats simultanés du 21 juillet, à Oslo et sur l’île d’Utøya, qui avaient fait 76 victimes, il était au chevet de "son peuple". En rencontrant les familles des victimes et en réaffirmant ses valeurs dans des discours à la nation, il a aidé le pays à se relever de ses blessures.

La Suède manque à la règle de l'exemplarité des têtes couronnées nordiques. La situation du roi Carl XVI Gustav, n'est pas sans rappeler celle de Juan Carlos en Espagne. Mais il est le plus souvent comparé à Silvio Berlusconi du fait de son goût immodéré pour les jeunes femmes et ses soirées "bunga bunga" à la mode suédoise… Les Suédois sont pressés de voir Victoria, la belle princesse, lui succéder. 




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