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L’Europe s’arme contre ses jeunes jihadistes

mardi, 3 juin, 2014 - 10:49

Comment empêcher les jeunes européens de rejoindre la guerre sainte en Syrie ou ailleurs ? Prévention, gestion des retours ou encore coopération entre les Etats, l'Europe commence à s'armer contre les apprentis jihadistes. 

Mehdi Nemmouche est-il l'auteur de la tuerie du musée Juif de Bruxelles ? Depuis son arrestation le 30 mai dernier, il est maintenu en garde à vue. Les preuves rassemblées à ce jour ne plaident pas pour lui.

Lors de son interpellation à la douane de Marseille on aurait retrouvé dans le sac du jeune homme de 29 ans une Kalachnikov et un revolver du même type que ceux utilisés lors de la tuerie de Bruxelles. Plus troublant encore, un témoignage vidéo, enregistré sur son appareil photo. Une voix similaire à la sienne déclare avoir commis cet attentat. S'il s’avérait coupable, Mehdi Nemmouche irait rejoindre les Mohammed Merah et autres jeunes musulmans français radicalisés après un passage en prison.

Originaire de Roubaix, Mehdi était bien connu des services de police. Il rejoint la Syrie en 2013, pays devenu un véritable camp d'entrainement pour jihadistes en herbe. On estime que depuis le début  de la guerre, 1950 "eurojihadistes" se seraient battus en Syrie selon le Centre international d’étude de la radicalisation de Londres. Des musulmans dans la majorité des cas.

La France sort l'arsenal législatif

Selon Bernard Cazeneuve, 285 Français seraient actuellement sur le territoire syrien, soit une hausse de 75% en l'espace de quelques mois, des candidats à la guerre sainte. Face à cet engouement croissant, le ministre de l'Intérieur a présenté il y a peu un plan de lutte contre l'endoctrinement des jeunes Français. Une décision un peu tardive alors que les similitudes dans les parcours de Mehdi Nemmouche et de Mohammed Merah ne manquent pas.

Certaines propositions nécessiteront des modifications législatives et seront présentées en Conseil des ministres à la fin du mois de juin. Elles pourront alors être votées au Parlement au second semestre. Parmi les mesures phares, on peut retenir :

  • L'inscription "en amont" des candidats au jihad identifiés par la police ou le renseignement intérieur sur le fichier des personnes recherchées(FPR) et le système d'information Schengen (SIS) par les préfets.
  • Le retrait du passeport des jihadistes potentiels identifiés par les forces de l'ordre.
  • L'interdiction de sortie du territoire des personnes engagées dans des filières jihadistes vers la Syrie.
  • L'adoption d'un texte de loi permettant de développer les cyber-patrouilles et la veille sur Internet des sites "à risques".
  • L'accélération des décrets d'application des moyens d'interception à distance des données des filières djihadistes en France.
  • L'adoption prochaine d'une loi pour développer les cyber-patrouilles et la veille sur Internet des sites à risque.
  • La mise en place d'un numéro vert (0 800 005 696) à destination des parents qui soupçonneraient leurs enfants de vouloir s'engager dans la guerre sainte.

Près de 121 familles auraient d'ailleurs déjà eu recours à cette ligne téléphonique depuis son ouverture le 29 avril dernier selon le ministre de l'Intérieur.

Bilan mitigé au Royaume-Uni

Ces mesures s'inspirent plus ou moins de celles adoptées depuis plusieurs années outre-Manche. Le jihadisme fait peur au Royaume-Uni. Surtout depuis les attentats commis le 7 juillet 2005 par des musulmans radicalisés qui ont fait 52 victimes. La guerre civile en Syrie a encore accentué ces risques.

 

Pour y faire face, les autorités ont mis en place la stratégie "Prevent" (voir le détail des mesures ci-dessus). Elle vise à arrêter la propagation d’idéologies extrémistes, identifier les personnes vulnérables avant leur radicalisation et les aider à trouver une place dans la société.

Elle différencie les musulmans respectueux de la loi et les terroristes",

explique Sara Silvestri, maître de conférence en politique internationale à City University London, et spécialiste de l’Islam en Europe.

En théorie du moins. Dans les faits, tous les musulmans sont surveillés car les autorités ne savent pas comment les gens se radicalisent et elles considèrent donc que tous peuvent devenir des terroristes."

Les sermons des imams, les rencontres entre musulmans, même les échanges de mails et les appels téléphoniques, sont ainsi scrutés. Pendant les années 2000, le gouvernement fournissait des subventions aux associations locales, en échange de quoi leurs responsables gardaient l’œil sur leur communauté. Avec les mesures d’austérité, la manne financière s’est tarie et les autorités organisent à la place des débats publics où les musulmans peuvent s’exprimer.

Le bilan de Prevent s’avère cependant très mitigé. Les autorités annoncent régulièrement l’arrestation d’apprentis terroristes et le démantèlement de petits réseaux. Mais ses principales difficultés se résument dans le meurtre d’un soldat commis l’an dernier dans le quartier londonien de Woolwich par deux jeunes islamistes. Comment repérer des personnes radicalisées de manière autonome?

Les Belges s'inquiètent surtout du retour de Syrie

En Belgique, certains médias affirment que 160 jeunes auraient rejoint les forces combattantes en Syrie. Les autorités, elles, tablent sur 50 et 80 personnes. D'autres parlent même de plus de 300 apprentis jihadistes. Il est impossible de déterminer avec précision le chiffre exact.

Les filières de recrutement sont diverses. Des pages Facebook arborent des photos de combattants, sourire aux lèvres et Kalachnikov en bandoulière. L'association bruxelloise  "Le Resto du Tawhid" (voir ci dessous), proche de Sharia4Belgium – un mouvement salafiste radical officiellement dissous – distribue des repas chauds aux plus démunis entre deux discours enflammés sur la guerre sainte. Pour la ministre de la Justice, Joëlle Milquet, cette "surmédiatisation" ne fait qu'attiser le prosélytisme.

Ce qui frappe surtout, c'est le jeune âge des candidats au jihad – certains sont toujours mineurs – et la diversité de leurs profils: jeunes issus de l'immigration tentant de se construire une identité à travers une aventure en terre musulmane mais aussi, jeunes issus de familles flamandes catholiques comme Jejoen Bontinck, un jeune Anversois de retour de Syrie.

Car, aujourd'hui, la préoccupation majeure, c'est la réintégration dans la société de ces personnes qui ont connu l'enfer.  C'était d'ailleurs l'objet central de la réunion internationale qui rassemblait en Belgique, le 8 mai dernier, l'ensemble des pays concernés : la Belgique, bien sûr, mais aussi la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l'Espagne, la Turquie…  

La Belgique, qui avait mis en place dès avril 2013 une "task force" pour empêcher les jeunes de partir en Syrie, tente aujourd'hui de gérer au mieux leur retour.

La chasse aux jihadistes est ouverte en Espagne

En Espagne, le ministère de l’Intérieur a également entrepris la chasse aux jihadistes. Vendredi 30 mai dernier, six Espagnols, soupçonnés de recruter des combattants pour les envoyer au Mali et en Libye, ont été arrêtés à Melilla, une enclave située au nord du Maroc. Parmi les personnes arrêtées, un ex-soldat espagnol est suspecté d’être revenu du Mali après être passé par les camps d’entrainement du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO).

La veille, le directeur de la Police Nationale espagnole, Ignacio Cosidó, avait insisté sur l’importance de la "menace jihadiste" pour le pays lors d’une réunion organisée par Interpol à Grenade sur le terrorisme :

C’est une chose à laquelle nous prêtons attention en permanence et sur laquelle nous travaillons avec beaucoup d’intensité, comme l’ont révélé quelques-unes de nos récentes opérations."

Le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, avait également manifesté son engagement pour lutter contre ce type de terrorisme à l’occasion de la commémoration des attentats du 11 mars 2004 de Madrid. Il avait en outre rappelé que, depuis ce jour funeste, 472 jihadistes avaient été arrêtés en Espagne contre 105 avant le drame.

En mars dernier, trois jours après les commémorations, une autre opération de ce type s’est soldée par l’arrestation de sept personnes (trois à Melilla, trois autres au Maroc et une à Malaga) dont deux Français. Ce coup de filet a permis de démanteler une cellule qui envoyait des combattants en Syrie, au Mali et en Libye.

En Allemagne les femmes aussi font la guerre sainte

Le nombre d’Allemands actuellement en Syrie ou ayant combattu aux côtés des rebelles ne cesse d’augmenter. Selon Hans-Georg Maaßen, le directeur des services de renseignements fédéraux, ils étaient plus de 270 en début d’année, contre 200 quelques mois plus tôt et sont de plus en plus jeunes.

Phénomène récent, des femmes souvent jeunes se rendent aussi en Syrie, le plus souvent pour soutenir leurs époux jihadistes. Elles seraient une vingtaine actuellement. Quant aux jihadistes allemands tombés au front, ils seraient une quinzaine dont Burak Karan, 26 ans, un ancien espoir du football allemand.

Le cas de ce jeune germano-turc a été longuement disséqué par la presse allemande. Avant de se radicaliser et de partir pour la Syrie, il a été membre de la sélection nationale des moins de 16-17 ans. Selon le service fédéral de protection de la constitution, ces militants extrémistes viennent essentiellement de Frankfort, Berlin, Hambourg, Cologne et Bonn.

Le nombre croissant de jihadistes allemands présents en Syrie inquiète les autorités du pays qui craignent que ces combattants ne commettent des actes violents ou terroristes à leur retour en Allemagne. Certains hommes politiques exigent des forces de sécurité qu’elles oeuvrent davantage pour empêcher le départ de ces jihadistes en Syrie.




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