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Podemos, les indignés à la conquête du pouvoir en Espagne

mardi, 3 juin, 2014 - 13:43

Ne les appelez plus Indignados mais Podemos. Le mouvement qui s'est fait connaître en 2011 après la crise s'est depuis constitué en parti politique. Forte d'un score honorable aux européennes, cette formation entend bien redistribuer les cartes du pouvoir en Espagne. 

C'est LA révélation des européennes en Espagne. Le parti Podemos (Nous pouvons) a remporté 5 sièges au Parlement européen avec un score de 7,97% soit 1,2 millions de voix. Devenu la 4ème force politique du pays, ce jeune parti créé il y a quatre mois propose de "convertir l’indignation" du mouvement Indignados de 2011 en "changement politique".

Le programme du jeune parti reprend les luttes des indignés contre la corruption, la dette dite "illégitime", les expulsions immobilières et les délocalisations hors de l’Europe. Il défend "le travail digne", un système de santé universel, l’éducation publique, les aides sociales et l’environnement.

Mais Podemos s’est surtout présenté comme une alternative aux politiques des deux partis majoritaires – le PP, équivalent de l’UMP, et le PSOE, parti socialiste espagnol – qui, pour la première fois, n’ont pas obtenu 50 % des votes à eux deux. Avec un financement basé sur le crowdfunding et une grande activité sur la toile (il est le parti politique espagnol le plus suivi sur les réseaux sociaux), Podemos a su convaincre les indignés mais aussi les déçus des partis politiques traditionnels.

Des candidats amateurs

Pablo Iglesias, jeune professeur de 36 ans en sciences politiques à l’Université Compultense de Madrid est devenu une figure incontournable des plateaux télé. Tête de liste du parti, son franc-parler a plu aux votants lassés des discours des éléphants de la politique. Ces derniers sont déconcertés par les propositions de ce "leader à queue de cheval".

Voulant éviter d’être catalogué comme "chef de file", Iglesias dit être le porte-parole du parti. Il veut représenter la voix des indignés… même si les bulletins de vote de ces dernières élections à son effigie laissaient entendre qu'il était devenu la figure emblématique du mouvement.

De leur côté, les autres députés de Podemos élus au Parlement européen se voient comme des amateurs de la politique. Pablo Echenique, scientifique du CSIC (le CNRS espagnol), est le cinquième eurodéputé de la jeune formation. Quelques jours après le scrutin européen, il rappelait que lui et ses compagnons étaient des personnes sans expérience qui voulaient appliquer une politique nouvelle.

Nous sommes ceux qui aidons l’économie à aller de l’avant. Nous sommes ceux qui travaillons réellement",

insistait-il à la fin de son discours.

Les trois femmes à siéger sous l'étiquette Podemos sont deux professeurs et une chômeuse après que l’ancien procureur Carlos Jiménez, a renoncé à son siège pour raisons personnelles. D’une moyenne d’âge de 33 ans, les cinq eurodéputés ont d’ores et déjà confirmé, comme promis dans leur programme, qu’ils limiteront leur salaire d’eurodéputé de 8 000 euros à trois fois le smic espagnol – soit 1 930 euros. Le reste sera reversé au parti ou à des ONG.

Des indignés à l’expérience bolivarienne

Depuis leur succès le 25 mai dernier, certains médias et autres partis politiques s’intéressent de plus près à l’idéologie des membres de la jeune formation. Outre les discours indignés, ce qui choque et attise les critiques sont les démonstrations de sympathie envers la révolution bolivarienne et Hugo Chavez.

Plusieurs vidéos de Pablo Iglesias, postées sur sa chaîne Youtube, ont notamment créé la polémique. Dans ses conférences, Iglesias vante les mérites de ce qu’il considère comme une "précieuse expérience" pour affronter les crises politiques. L’une d’entre elles fait même l'éloge des politiques d’Amérique du sud :

Les pays comme l’Équateur, le Venezuela, la Bolivie, le Brésil, l’Argentine ou l’Uruguay accumulent des expériences qui peuvent être très intéressantes à l’heure de proposer un projet politique de pouvoir dans le sud de l’Europe."

Et d’ajouter :

Pour étudier ces politiques qui sont cruciales pour le sud de l’Europe, il faut regarder l’Amérique latine, qui est l’un des rares endroits où l’on a essayé de faire de la politique d’une autre manière."

Soutien au parti grec Syriza

Au lendemain de l’élection, Iglesias a réitéré son soutien au candidat grec à la présidence de la Commission européenne, Alexis Tsipras, sur Twitter. Avec des programmes équivalents, leur alliance semble logique pour essayer de "contrer les sociaux-démocrates et les partis libéraux" au Parlement. Pablo Echenique est ainsi déterminé à 

s'opposer aux sociaux démocrates et libéraux qui avant étaient amants et vont maintenant se marier."

Interrogé sur une possible alliance avec le parti socialiste espagnol, il déclarait :

Une alliance avec le PSOE est impossible à moins qu’ils effectuent un changement radical de leurs politiques."

Quelques jours après les élections, Pablo Iglesias affirmait dans une conférence de presse : "Je suis convaincu qu'aujourd’hui nous avons beaucoup plus de soutien que dimanche dernier."

Tourné désormais vers les élections municipales et générales de 2015, Iglesias se réserve quant à sa possible candidature comme président du gouvernent espagnol et aux alliances avec les partis comme Izquierda Unida (Gauche unie). Cette formation regroupe les verts et les communistes.

Pour le moment, Podemos savoure sa victoire en écrémant les plateaux TV. Le "Yes, we can" ("Si podemos") espagnol a pu entrer dans la cour des grands. Reste à savoir si ces indignés pourront réellement provoquer comme ils le promettent "un changement politique" en Espagne. 




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