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L’Ecosse indépendante, futur Etat de l’Union européenne ?

mercredi, 11 juin, 2014 - 12:00

A 100 jours du référendum sur l'indépendance écossaise, l'écart entre le "oui" et le "non" s'est considérablement réduit. L'hypothèse d'une scission du Royaume-Uni devient envisageable. Un casse tête pour l’Europe.

L'échéance approche. Le 18 septembre prochain, les Ecossais seront amenés à se prononcer sur l'indépendance de leur pays ou son maintien dans le Royaume-Uni. Un référendum rendu possible par les Accords d’Édimbourg d'octobre 2012 signés par le Premier Ministre britannique David Cameron et son homologue écossais, Alex Salmond. Une consultation qui suscite un important intérêt, tant du côté des électeurs que des médias.

Ainsi, avec un humour so british, la presse anglaise n’a pas lésiné sur les conséquences de l'indépendance écossaise pour le 1er avril : déploiement envisagé de casques bleus à la nouvelle frontière, passage à une conduite à droite décidé par le gouvernement écossais… Une fixation médiatique qui traduit bien l'importance de ce référendum dont le résultat est de plus en plus incertain.

Si, peu après l'annonce de cette consultation, les sondages prédisaient une victoire écrasante du "non" avec 24 points d'avance, le camp du "oui" n'a cessé de gagner des soutiens. Tant et si bien qu'aujourd'hui, l'hypothèse d'une indépendance de l’Écosse n'est plus irréaliste.

Un sondage pour le Financial Times du 7 juin donne ainsi le "oui" à 40%, tandis que le "non" représenterait 47% (et d'insister sur une marge d'erreurs de 3 points). Début mai, un sondage pour  la BBC révélait surtout que 20% des Écossais étaient encore indécis. Des indécis qui, selon le parti indépendantiste, opteraient au final majoritairement pour l'indépendance.

Europhobie anglaise et europhilie écossaise

Ce revirement peut s'expliquer par l'attitude contre-productive du gouvernement à Londres. Opposés à l'indépendance écossaise, David Cameron et ses ministres ont choisi de jouer la carte de la peur et n'ont pas hésité à user de menaces à peine voilées. Ainsi, alors que les indépendantistes ont annoncé vouloir conserver la livre sterling comme monnaie nationale (dans le cadre d'une union monétaire), George Osborne, ministre des finances du Royaume-Uni a déclaré en février que

si l’Écosse quitte le Royaume-Uni, elle quitte la livre sterling".

Un avertissement pas forcément du goût des Écossais comme le rapporte le Monde interrogeant un Écossais, jusque là indécis, qui va finalement voter oui : "Je ne veux pas que les Anglais me disent ce qu'il faut faire".

Alex Salmond, Premier Ministre écossais, membre du Scottish National Party, en est convaincu: la victoire du "oui" à l'indépendance est aujourd'hui possible. En poste depuis 2007, il ne cesse de distiller ses arguments. Il est vrai que d'un point de vue politique, Édimbourg et Londres sont loin d'être sur la même ligne. Pro-européenne, progressiste et de gauche, l'Ecosse ne se sent pas en accord avec l'europhobie ambiante, le conservatisme et la politique d'austérité du gouvernement de David Cameron.

Mais c'est surtout l'argument économique qui retient l'attention des Écossais. Salmond l'affirme : une Écosse indépendante serait une Écosse plus riche. Son atout? 97% des réserves d'hydrocarbures du Royaume-Uni sont en Ecosse. Mais pour les partisans du "non", les revenus de ces ressources sont bien trop fluctuants et condamnés au déclin, et ne permettraient pas à l’Écosse d’avoir les moyens de son schisme. Or dans son projet pour l’indépendance, le chef du gouvernement écossais prévoit la souveraineté fiscale.

D'autres questions internes devraient être difficiles à trancher comme la part de la dette publique qui reviendrait à l’Écosse, l'adhésion à l'OTAN, le devenir de l'arsenal nucléaire britannique qui stationne sur le territoire écossais…

Un casse-tête juridique

L'indépendance de l'Ecosse serait surtout un enjeu majeur pour l'Union européenne. Que faire d'un nouvel État s'affranchissant d'un membre de l'UE, et réclamant lui-même son intégration alors que sa population a le statut de citoyen européen depuis plus de 40 ans?

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne pour quelques semaines encore, a tranché la question, peut-être un peu hâtivement. Pour lui,

il serait extrêmement difficile, voire impossible"

que l’Écosse devienne membre de l'UE rapidement. Mais d'autres estiment que l'intégration de l'Ecosse à l'UE serait une évidence.

Un débat juridique des plus complexes s'est engagé, suscitant autant d'avis favorables que défavorables. En réalité, aucun texte communautaire ne traite de cette question. Les 28 se retrouveraient devant un vide juridique. Deux possibilités s'offriraient alors à eux: intégrer automatiquement l’Écosse à l'Union, ou la contraindre à subir le long et incertain processus d'examen de sa candidature.

La question est d'autant plus complexe que chaque nouveau membre doit en principe adopter l'euro. Ce que n'envisagent plus les indépendantistes depuis la crise économique et financière. Le débat reste donc toujours en suspens.

Paradoxalement, en ces temps de rejet de l'Europe dans de nombreux pays membres, c'est pourtant l'argument européen qui est de plus en plus avancé par les indépendantistes pour convaincre les indécis. Dans une région attachée à l'Union européenne, la menace d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union ne passe pas.

Crainte d'une vague indépendantiste 

La victoire récente de l'UKIP (le parti eurosceptique britannique) aux Européennes et la promesse de David Cameron d'organiser un référendum sur un éventuel retrait britannique de l'Union en 2017, poussent les Écossais à s'affranchir de la tutelle de Londres pour pouvoir s'assurer eux-mêmes de leur maintien dans l'Union.

Du côté de Bruxelles, au casse-tête juridique que poserait l'indépendance, s'ajoute la crainte d'un effet de contagion. L'indépendance écossaise pourrait donner du grain à moudre aux Catalans ou aux Flamands. Ce qui explique aujourd'hui que Madrid constitue la principale opposition à l'intégration automatique d'une Écosse indépendante dans l'UE.

Alors que la campagne bat son plein, des récents sondages montrent une nette opposition des Anglais et des Gallois à cette indépendance (les seconds craignant surtout que la partie anglaise du Royaume obtienne encore plus de poids). L'ensemble des partis historiques, les travaillistes, les conservateurs et les libéraux se sont tous prononcés contre l'indépendance.

Les médias semblent aussi prendre le parti du "non". Mais sur les réseaux sociaux, les partisans du "oui" ont un poids considérable. Une partie des Écossais semble, en réalité, utiliser ce référendum pour exprimer son rejet de la classe politique britannique, qui ne la représenterait pas. D'ailleurs, dans les catégories sociales les plus défavorisées, le "oui" l'emporterait largement.

Seule certitude, même si le "non" conserve son avance, Londres ne pourra probablement pas faire autrement que d'accorder encore un peu plus d'autonomie aux Écossais tant les nationalistes semblent avoir gagné en soutiens.

Si le "oui" finit par l'emporter, l'indépendance est prévue le 24 mars 2016, le temps d'effectuer la transition.
 




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