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La France s’enlise dans le nucléaire

jeudi, 12 juin, 2014 - 12:55

Le rapport de la commission d'enquête parlementaire sur le coût du nucléaire est sans appel: la modernisation des centrales est une fuite en avant qui va rendre cette énergie encore plus chère. Mais le démantèlement revient encore plus cher. Ségolène doit présenter ses solutions la semaine prochaine. 

Six mois d'enquête et plus de 70 auditions. La Commission d'enquête, présidée par le député PS François Brottes avec pour rapporteur l'écologiste Denis Baupin, sur les coûts du nucléaire a présenté hier un rapport inquiétant, et  invite fortement le gouvernement à prendre des décisions… et à les mettre en pratique. L'Etat doit également être plus transparent sur les financements, le recyclage des déchets et la durée de vie des réacteurs.

Mais l'Etat, actionnaire à 83% d'EDF, ne semble pas pressé de s'exprimer sur la question. Bien au contraire. Matignon a annoncé vendredi 6 juin le report de la loi sur la transition énergétique à 2015, report aussitôt démenti par la ministre de l'écologie Ségolène Royal. Ce fait divers est révélateur d'un certain malaise au sein du gouvernement sur la politique énergétique…

Les prix flambent

Si, aujourd'hui, la France dispose des coûts de production de l'énergie nucléaire les plus bas d'Europe, la situation devrait changer très rapidement dans les prochaines années. Actuellement, le prix du KWH est de 0,15 euro seulement tandis qu'il avoisine les 0,20 euros en moyenne dans la zone euro. Comme la Cour des comptes, la Commission d'enquête a déjà constaté une augmentation de 20,6% des prix du KWH entre 2010 et 2013, à laquelle s'ajoute deux nouvelles hausses de 5% chacune en août 2013 et 2014. Au total, en moins de 4 ans, le prix de l'électricité a ainsi augmenté de plus de 30% !

Un gouffre financier

Le parc nucléaire français est vieillissant. Or, EDF souhaite prolonger la durée de vie des réacteurs qui est actuellement de 40 ans à 50. Selon la Cour des comptes, cet allongement devrait coûter d'ici 2033 près de 110 milliards d'euros. Le rapport souligne également le manque de sécurité sur les sites des centrales. Les sous-traitants subiraient à eux-seuls, près de 80% des radiations! La commission d'enquête demande le lancement d'un "plan de modernisation" permettant notamment l'amélioration de la protection des travailleurs dans les centrales.

La facture du démantèlement sous-évaluée

Actuellement, sur les 125 installations, près d'une trentaine sont en cours de démantèlement. Mais le manque d'informations précises sur les coûts réels de ces travaux pose problème et conduit à de nombreuses sous-évaluations. Claude Bartolone a également souligné, lors de la remise du rapport, l'impact du démantèlement des centrales sur les populations locales. L'implication directe concerne évidemment la disparition d'emploi, mais aussi la nécessité de diversifier l'approvisionnement énergétique des régions concernées. Cela pourrait créer 330 000 emplois.

Le cas de Bure (Meuse) a fait réfléchir la Commission. Le projet Ciego mené dans cette région a déjà englouti plusieurs millions d'euros pour l'enfouissement des déchets radioactifs à près de 500 mètres de profondeur. Cependant, les estimations globales pour le projet sont très variables: entre 14 et 28 milliards d'euros selon les différents acteurs du projet. De quoi pousser les députés de la Commission à envisager de nouvelles solutions.

La confiance atomisée 

L'âge d'or du nucléaire français avec ses retombées économiques est terminé. Maintenant la France va devoir payer au prix fort ses années de confiance aveugle dans le nucléaire. Pour la Commission d'enquête, il est grand temps pour l'Etat de prendre ses responsabilités et de définir, notamment dans le cadre de la loi sur la transition énergétique présentée la semaine prochaine par Ségolène Royal, l'orientation future de la France en matière d'énergie. 

De manière générale, ce rapport pourrait aller dans le sens de la promesse faite par François Hollande de passer de 75 à 50 % d'électricité nucléaire d'ici à 2025. C'est pourquoi, le rapport de la commission d'enquête parlementaire adopté à une courte majorité par les députés, de nombreuses contestations, de la part notamment d'opposants UMP, ont aussitôt brouillé le débat et le gouvernement, dans la foulée, a décidé qu'il était urgent d'attendre…




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