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L’Allemagne ne parvient pas à accueillir toute la misère syrienne

mercredi, 18 juin, 2014 - 08:27

L'Allemagne est un des pays de l'Union européenne qui accueille le plus de Syriens. Mais une fois sur place, ces réfugiés sont livrés à eux-mêmes. Quelques mois après leurs arrivées, beaucoup sont reconduits dans le premier pays européen où ils ont mis les pieds. 

Berlin. Tamin est un Syrien originaire de Damas. Il vit dans la capitale allemande depuis plus de cinq mois. Ingénieur en télécommunication, il aimerait que ses deux enfants entrent à l'école en septembre prochain, dans leur nouvelle ville d’accueil. Mais il craint que cette demande soit impossible à satisfaire.

En décembre, nous sommes arrivés en Europe par la France, en avion. Nous avions un visa valide. Nous sommes tout de suite venus à Berlin car nous y avons des parents. Il était important que les enfants aient un lien avec la famille. Mais les autorités allemandes me demandent aujourd’hui de retourner en France."

Aucune information précise ne lui est communiquée :

Quand serais-je forcé d’y aller ? Je ne le sais pas mais je ne veux pas partir. Cela fait un an que nous bougeons sans cesse d’un endroit à un autre, pour être en paix. Depuis six mois, j’apprends l’allemand et je me suis fait des amis ici. Ce serait trop difficile de tout recommencer à nouveau. De plus, je ne connais personne en France et je ne parle pas la langue." 

Tamim n’est pas le seul à être menacé d'extradition en Allemagne. Sami, un de ses amis est lui aussi originaire de Damas. Il est diplômé de littérature anglaise et est arrivé à Berlin il y a deux mois. Il est également menacé d’être renvoyé en Italie où il a accosté après une traversée périlleuse de cinq jours en bateau.

Je ne veux surtout pas y retourner ! C’était horrible là-bas ! Je me suis fait battre par les autorités locales et on m’a volé mon portable. Pourquoi retournerai-je en Italie alors que les Italiens eux-mêmes viennent en Allemagne pour trouver du travail ?"

L'Allemagne, terre d'accueil pour les Syriens

Tamim et Sami font partie des 32.000 Syriens venus demander asile en Allemagne depuis le début du conflit, en 2011. Tous partis de leur propre initiative, souvent de manière illégale. 90% d’entre eux sont pris en charge le temps de recevoir une réponse des services de l'immigration allemande et sont logés dans des centres d’accueil. Ils ne peuvent ni travailler ni se déplacer facilement dans le pays.

Près de 30% de ces nouveaux arrivants sont contraints de retourner dans le pays par lequel ils sont entrés en Europe, le plus souvent l’Italie ou la Bulgarie, comme l’exige le règlement de Dublin II.

Depuis le début du conflit, l’Etat fédéral a mis en place deux programmes spéciaux destinés à accueillir 10.000 réfugiés. De leur côté, les régions en ont reçus 5500. Ces derniers arrivent en Allemagne avec un visa en bonne et due forme délivré dans les pays voisins de la Syrie, comme le Liban et la Jordanie puis bénéficient d’un permis de séjour de 2 ans renouvelable ainsi que d’une autorisation de travailler. La sélection se fait sur plusieurs critères. Les Syriens qui possèdent un parent dans le pays ou qui sont en situation humanitaire grave sont avantagés.

Encore du pain sur la planche

La semaine dernière, les ministres de l’Intérieur des 16 Lander ont décidé d'accueillir 20.000 Syriens :

"L'Allemagne a conscience de ses responsabilités humanitaires. C'est pourquoi il est juste que nous aidions encore davantage", a indiqué le ministre fédéral de l'Intérieur, Thomas de Maizière.

Le pays se place ainsi en tête des Etats européens recueillant le plus de Syriens sur son sol. Mais cette annonce ne satisfait pas tout le monde, à commencer par les associations d’aide aux réfugiés.

"Il est évidemment très positif que 10.000 personnes de plus soient accueillies dans notre pays mais face à l’ampleur de la crise humanitaire en Syrie, c’est une goutte d’eau dans l’océan", explique Joachim Rüffer du Conseil des réfugiés de Berlin : 

Le Liban compte un million de réfugiés et la Turquie 700.000. Je pense que la République allemande peut mieux faire."

L’association Pro Asyl appelle de son côté Berlin à délivrer 80.000 visas aux membres des familles syriennes vivant dans le pays.

L'annonce des ministres de l’Intérieur laisse également Tamim sceptique. "C’est évidemment une bonne chose, reconnait-il, mais cela ne clarifie en rien la situation des Syriens déjà présents en Allemagne et dont la situation reste incertaine."

Sami, lui, fulmine : 

J’ai vécu le siège de Damas. J'ai vu mon père se faire assassiner. J’ai réussi à fuir mon pays en guerre et me voilà aujourd’hui en sécurité, mais pour combien de temps? Avant de venir, je pensais que la vie en Europe était comme dans les films à la télévision. Nous nous sommes faits piéger… piéger par le règlement de Dublin II."




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