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Les charmes de Marine Le Pen ne séduisent pas les eurodéputés

mardi, 24 juin, 2014 - 14:59

Le Front national devra attendre. Le parti de Marine Le Pen n'a pu trouver suffisamment d'alliés en Europe et ne pourra pas constituer de groupe au Parlement européen. En revanche, l'Ukip britannique a transformé l'essai et formé le groupe EFD, les idées de Nigel Farage apparaissant moins "choquantes" que celles des amis du FN. Une question de présentation...

Echec et mat pour le Front national. Le "premier parti de France", comme il prétend l'être depuis sa victoire aux élections européennes, doit renoncer à créer un groupe au Parlement européen faute, non pas de députés, mais d'une insuffisance de nationalités représentées. Depuis 2008, le règlement du Parlement stipule qu'il faut réunir 25 députés d'au moins un quart des pays de l'UE pour former un groupe. Marine Le Pen devait donc rallier à sa cause eurosceptiques et xénophobes des partis originaires d'au moins six autres pays d'Europe. Jusqu'ici, seules quatre formations politiques étaient prêtes à la rejoindre:

  • Le PVV de Geert Wilders
  • le Parti de la liberté autrichien (FPÖ)
  • la Ligue du Nord italienne
  • le Vlaams Belang flamand

Il manque donc encore à la présidente du Front deux alliés européens. Mais les eurosceptiques auront bien un groupe constitué lors de la première séance du Parlement européen le 1er juillet prochain. Nigel Farage, le président de l'Ukip, a réussi à créer le sien: Europe liberté et démocratie (EFD). Depuis quelques mois, l'Ukip et le Front national se disputaient la place de leader d'un grand front eurosceptique au Parlement.

Nigel Farage veut se distinguer du parti de Marine Le Pen qu'il qualifie de formation "antisémite". La satisfaction de ce dernier doit être d'autant plus grande qu'il parvient à créer un groupe grâce au ralliement de dernière minute d'une ex-élue frontiste, Joëlle Bergeron.

L' EFD est composé de :

  • 2 membres lituaniens du parti Ordre et Justice
  • 23 membres de l'UKIP
  • 4 membres du parti Pologne Solidaire
  • 1 ex-membre du Front national
  • 17 membres du M5s, le mouvement du populiste italien, Beppe Grillo
  • 2 membres des Démocrates suédois
  • 1 membre de l'Union des verts et paysans lettons
  • 1 membre du Parti des citoyens libres de République-tchèque

En Europe, le FN reste infréquentable

Si la dédiabolisation du Front national est quasi actée en France, il n'en est rien en Europe. Le parti est toujours considéré comme une formation antisémite et raciste. L'héritage de Jean-Marie Le Pen et ses multiples provocations demeurent présentes dans les esprits (voir vidéo). Marine Le Pen a d'ailleurs accusé son père d'être en partie responsable de son échec.

Or le racisme et l'antisémitisme n'est pas la norme chez tous les partis populistes en Europe. Qui plus est, les amis du Front national traînent tous une réputation plus que dérangeante.

Geert Wilders, président du PVV, n'hésite pas à faire le tour des télévisions néerlandaises pour clamer à la terre entière sa haine de l'islam. Le Vlaams Belang belge est plus une planque d'anciens collabos et jeunes nazillons en crise identitaire. La Ligue du Nord italienne pousse la peur de l'immigration jusqu'à l'excès. Même le FPÖ autrichien, lui aussi en quête de respectabilité, ne parvient pas à tenir ses troupes comme l'illustre le dérapage récent d'un ancien eurodéputé du parti, Andreas Mölzer, qui qualifiait le Parlement européen de "conglomérat de nègres".

Quant aux partis extrémistes que sont le Jobbik hongrois et le parti néonazi grec Aube Dorée, Marine Le Pen ne peut envisager de s'en rapprocher ouvertement. Car s'allier aux deux grands infréquentables du Parlement réduirait à néant les tentatives de dédiabolisation du Front national. Même si l'idée pourrait probablement séduire Jean-Marie Le Pen…

L’absence d'une véritable cohésion de groupe aura également manqué à la formation voulue par Marine le Pen. Son rapprochement avec les Polonais du Congrès de la nouvelle droite (KNP) n'était pas du goût de Geert Wilders. Le chef du PVV aurait même menacé de quitter le groupe si Janusz Korwin-Mikke, leader du KNP rejoignait les amis de Marine Le Pen. Le FN a dû trancher en faveur de Wilders. Rappelons que KNP s'est illustré pour des déclarations anti-avortements et des propos négationnistes comme cette phrase lâchée par Janusz Korwin-Mikke :

Hitler devrait être certes pendu pour avoir commis de nombreux crimes, mais pas pour l’Holocauste."

Lors d'un point presse, ce matin, la présidente du Front national a déclaré qu'elle espérait tout de même atteindre son objectif dans deux mois. En attendant, elle va devoir faire une croix sur la manne financière que lui aurait apporté la constitution d'une formation au Parlement européen. Selon Euractiv, le groupe, s'il avait existé, aurait empoché la coquette somme de 4.4 millions d'euros par an.

Le jeu trouble de Beppe Grillo

Les membres du nouveau groupe "Europe liberté et démocratie" sont plus présentables. Le succès de l'Ukip, c'est avant tout celui d'une formation à la droite de la droite, ultra-conservatrice et xénophobe, mais sachant mesurer ses propos. Car si l'on regarde la composition du groupe de Nigel Farage, on est loin du sulfureux Geert Wilders et de ses films sur les dangers de l'islam. Les dérapages racistes ou antisémites sont toujours condamnés et sanctionnés à l'UKIP. 

Le seul parti qui dérape, c'est celui du Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo. Les fidèles du trublion italien n'avaient d'ailleurs pas compris pourquoi leur leader souhaitait s'allier à l'Ukip. Pour Ferdinando Imposimato, juge-émérite de la Cour de Cassation et référence du M5s ce fut un choc:

Je n’avais jamais entendu parler de ce Farage. Je me suis documenté et j’ai eu envie de m’arracher les cheveux ! Ce type est dingue. Il est la quintessence du racisme et du nationalisme. Le Mouvement 5 étoiles ne peut pas s’allier avec ce monsieur !. "

La position de Beppe Grillo et son parti sur l'échiquier politique n'a jamais été très claire. Il oscille entre l'extrême gauche et l'extrême droite. On peut d'ailleurs s'étonner que Nigel Farage ait choisi de s'allier à l'ex-comique italien.

Faudrait-il rappeler à M. Farage les nombreuses saillies antisémites de celui qu'on appelle souvent le Dieudonné italien? Grillo ne cache pas son admiration profonde pour Maurizio Blondet, journaliste et essayiste transalpin qui dirige un site profondément antisémite. Plus récemment, son détournement d'une des photos du camp de concentration d’Auschwitz avait scandalisée la communauté juive italienne.

Il est donc fort à craindre que le groupe de Nigel Farage ne soit pas si modéré qu'il le prétend devant les caméras…




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