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Ukraine : Kiev, capitale angoissée d’un pays en guerre

mardi, 8 juillet, 2014 - 11:12

Alors qu'à l'Est de l'Ukraine, l'armée a repris le contrôle de Sloviansk par les armes, à Kiev on vit dans un calme précaire et angoissant. Témoignages et impressions sur le vif.

La capitale ukrainienne, Kiev, est à trois heures de vol de Paris, à 1h45 de Saint-Pétersbourg, à une heure de Moscou. La ville, berceau du peuple slave, n’est pas une capitale européenne mais brigue à le devenir. 

Kiev compte près de 3 millions d'habitants, soit un peu plus que Paris. Une ville composée d’immeubles staliniens, de bâtiments coquets, de tours modernes et de grands ensembles à sa périphérie. Cette cité un rien anarchique dans son urbanisme qui a su pourtant préserver une âme. Slave, bien sûr, mais surtout pas russe, aux dires de ses habitants.

En se promenant dans ses rues, notamment, sur la place Maïden où les affrontements ont fait près de 100 morts l’hiver dernier, les rouleaux de papiers toilettes à l’effigie du président déchu, Victor Ianoukovitch, sont vendus avec force : "Prends-en un, vas-y", s’exclame un vendeur ambulant de souvenirs.

Et sur chaque étal, les mêmes rouleaux sont omniprésents, le must have du moment, comme si l’histoire d’amour avec Moscou appartenait au passé… L’avenir serait avec les Merkel, Hollande et Renzi.

"Ici, la vie est trop difficile"

La ville comme ses habitants adorent l’Europe et les marques occidentales… Toutes les enseignes de luxe sont représentées. Deux étudiantes déambulent déguisées en Minnie et Mickey. Elles improvisent un show pour venir grappiller quelques Grivnas aux promeneurs :

Nous aimons l’Europe, l’avenir est avec vous. Ici la vie est trop difficile, beaucoup de gens sont pauvres, on gagne peu d’argent. Tu nous donne 20 Grivnas chacune, ca va nous aider dans nos études",

insiste Elena souriante.

Dans un café, un jeune homme, Viktor, interpelle des étrangers : "Tu es de l’ambassade ? Je veux partir d’ici. Tu pourras m’aider", continue-t-il.

Inlassablement, il cultive l’espoir d’échapper, au plus vite, à cette ville. Son rêve, rejoindre un cousin parti faire fortune aux Etats-Unis. L’eldorado pour fuir une vie paraissant chaque jour un peu plus lourde.

Le salaire moyen ukrainien en dit long sur les difficultés de la population : à peine 200 euros. En contrepartie, la vie ne coûte pas vraiment cher : on y mange pour 4 euros, la pinte de bière flirte avec les 2 euros et le paquet de cigarette effleure 1,80 euros… Kiev est d’ailleurs une mine pour le consumer européen qui se donne la peine d’y venir.

Les soldes sont quasi permanentes : -50%, -70% sur des prix, au départ, assez bas. Crise financière oblige, la monnaie s’est effondrée en 2008 et la capitale est devenue la vitrine idéale du bobo européen en mal de bonnes affaires.

Calme précaire

C’est une étrange impression de calme (avant la tempête ?) qui règne dans la ville ; elle semble tellement paisible. Pourtant, à 600 kilomètres, une région du pays est en guerre, une guerre civile murmure-t-on ici. On a peine à y croire.

Jusqu’à ce que la réalité éclate, saute aux yeux, quand sur la place Maïden, l’immense campement militaire abrite encore ses contestataires pacifistes (des centaines peut-être) : des sans-abris, des clochards, mais aussi des manifestants et des apatrides originaires de l’Est du pays (Donetsk, Kharkov…) qui ne peuvent plus rentrer chez eux, sous peine de devenir la proie des séparatistes russes… Leur seul tort : avoir manifesté ici, à Kiev, pour l’indépendance de leur pays. Il suffit d’échanger avec quelques personnes pour mesurer l’importance de cette guerre :

Nombreux sont ceux qui ont un ami, l’ami d’un ami là-bas, dans les régions de l’Est et du Sud de l’Ukraine, qui se bat ou qui subit les combats",

rappelle une correspondante française à Kiev.

On estime à 400 morts déjà, les victimes des affrontements. De source ukrainienne, il se dit qu’il y aurait même des disparus. Si nos rédactions européennes peinent à parler de "guerre civile", préférant évoquer "des combats", en y regardant de plus près, le processus semble bien engagé.

Le 27 juin dernier, l'Ukraine et l'UE signaient un accord d'association. Gageons que cette date entrera dans l’histoire. Non pas celle qui bégaie, mais plutôt celle qui permettra au pays de prendre son destin en main.




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