Connexion

Syndicate content

Hollande laissé sur le bas côté européen par Renzi ?

Merkenzi : le nouveau couple moteur de l'Europe ?

Merkenzi : le nouveau couple moteur de l'Europe ? / cc - Palazzo Chigi

-A +A
Mer, 09/07/2014 - 15:31

Par  

Matteo Renzi est partout. Intronisé "nouvelle figure de l'Europe" par plusieurs médias, l'italien occupe l'espace. Un poids grandissant au détriment de François Hollande et de la France. Analyse

Dans un article titré "Merkel et Renzi sont les partenaires qui peuvent remodeler l'Europe" le Financial Times n'hésite pas à parler de "Merkenzi" pour désigner le duo germano-italien. Un successeur au "Merkozy" de l'époque Merkel-Sarkozy. L'acronyme révèle surtout que le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, est désormais avec Angela Merkel la seconde figure incontournable en Europe.

On parle même de "Renzimania".

Il faut dire que le jeune maire de Florence qui a pris les rênes de l'Italie le 22 février dernier, est un réformateur ambitieux et un homme pressé qui n'a cessé de vouloir renverser les tables, dans son pays comme en Europe.

Il est aussi l'un des rares dirigeants dont le parti est sorti vainqueur des élections européennes (près de 41% des suffrages). Dans une Europe marquée par la montée des partis europhobes et où les partis au gouvernement ont accusé, si ce n'est de sérieux revers comme en France, au moins des reculs, c'est une victoire d'ampleur.

A cela s'ajoute une popularité au zénith. Renzi, gonflé par ses succès affiche donc un volontarisme à tout va.

L'Italie, une présidente de l'UE active

Le calendrier lui est, en plus, favorable. L'Italie vient de prendre la présidence tournante de l'Union européenne le 1er juillet dernier, pour une durée de 6 mois.

Depuis le traité de Lisbonne, l'UE s'est dotée d'un président du Conseil européen (Herman Van Rompuy pour l'heure) ce qui atténuait quelque peu l'importance de cette présidence tournante. Mais le contexte post-élections et les changements de personnalités aux plus hauts postes de l'Union - notamment la confirmation de Jean-Claude Junker à la tête de la Commission -  prévus dans les prochaines semaines placent les institutions européennes dans une situation d'attente. Les équipes en place expédient les affaires courantes.

Un boulevard donc pour l'Italie, qui peut profiter de ce vide pour présenter une véritable feuille de route pendant que la Commission attend que l'automne et les nouveaux commissaires arrivent.

Matteo Renzi occupe ainsi l'espace. Et le Florentin semble bien décidé à prendre la tête de la gauche européenne et d'en porter les revendications, notamment concernant un assouplissement de l'austérité qui grève le retour de la croissance. Ce qui fait donc dire au Financial Times que le premier ministre italien est "l'homme du moment".

Reste à Renzi le plus dur à faire: convaincre Angela Merkel de la nécessaire réorientation de l'Europe. L'Italien est conscient que c'est par elle que passe les évolutions à venir de l'UE. Jusqu'à présent, la Chancelière allemande a toujours refusé d'envisager des assouplissements dans la rigueur budgétaire. Renzi ambitionne d'être celui qui obtiendra quelques concessions. Pour le Irish Times, il serait en réalité aujourd'hui le seul rival européen de Merkel.

Pour ce faire, Renzi compte s'appuyer sur le bilan italien. Rome a en effet réussi à réduire son déficit depuis quelques années pour repasser sous le seuil des 3%. D'importantes réformes structurelles ont aussi été engagées par ses prédécesseurs, Mario Monti et Enrico Letta, incluant de sérieuses coupes budgétaires qui lui permettent aujourd'hui de desserrer un peu la ceinture fiscale.

L'Italie a donc respecté les conseils de la Commission (et de Berlin). Mais l'économie ne redémarre pas pour autant. Preuve, pour Renzi, que l'austérité ne permet pas, à elle seule, de relancer la croissance, bien au contraire.

Coup de pied de l'âne de l'Elysée

Les discussions entre Angela Merkel et Matteo Renzi font ainsi l'objet de toutes les attentions. Lors du Conseil européen, c'est le Premier ministre italien qui est monté au créneau face à la Chancelière pour obtenir une inflexion. Au point qu'aujourd'hui, Renzi éclipse François Hollande.

Face à cet engouement médiatique pour l'ancien maire de Florence, le président français a tenté de reprendre la main en organisant une rencontre des chefs d'Etat et de gouvernement sociaux-démocrates à l'Elysée, quelques jours avant le Conseil européen du 26-27 juin. Car si Matteo Renzi est un allié de taille pour Hollande, il peut aussi vite s'avérer être un sérieux concurrent. L'Italien ambitionne quand même de réussir là où François Hollande a échoué il y a 2 ans : réorienter l'Europe.

Mais à l'Elysée, on tempère largement l'idée selon laquelle la président français serait relégué au second rang. Les Echos citent par exemple un des conseillers du Président pour qui Renzi n'est qu'une "étoile filante".
Même son de cloche dans Libération qui rapporte les paroles d'un collaborateur de Hollande : "Aujourd'hui, il y a trois voix qui comptent : celles de Hollande, de Merkel et de Draghi" (le président de la Banque centrale européenne).

La France marginalisée 

La question se pose néanmoins de la place accordée à la France dans le projet européen. L'influence française au Parlement européen (PE) est ainsi en chute libre. La délégation française n'a obtenu aucun poste de présidents de groupes, seulement deux postes de présidents de commissions (budget et… pêche), et un poste à la vice-présidence du Parlement.

Une marginalisation qui s'explique notamment en raison des résultats des Européennes. Sur les 74 sièges détenus par la France, le Front national en a obtenu 24. Or, le parti d'extrême droite n'a pas réussi à former de groupe au PE. Il ne peut donc prétendre à occuper des postes en commissions, ni influer sur le déroulé des discussions. La délégation française pouvant être véritablement active se réduit donc à 50 députés. L'équivalent de la délégation polonaise, et moitié moins que les 99 députés allemands.

L'influence déclinante française s'explique aussi par le peu de considérations accordées au Parlement européen. Pour les partis français l'élection européenne permet avant tout à des personnalités politiques en mal de poste national de rester au chaud pendant cinq ans. Et pour cela, ils n'hésitent pas à écarter des députés européens jugés compétents et ayant une forte influence sur certains dossiers parlementaires. Relégués trop loin sur la liste électorale des partis, ils ne sont pas réélus.

C'est par exemple le cas de Catherine Trautmann, députée européenne socialiste de 1989 à 1997 puis de 2004 à 2014, qui a été évincée de la tête de liste dans l'Est pour laisser la place à Edouard Martin. Le PS n'étant parvenu qu'à faire élire 1 député dans cette circonscription, Catherine Trautmann, députée historique, a donc dû faire ses bagages.

La délégation française est ainsi composée de nombreux primo-députés au Parlement européen, ou de députés célèbres dans toute l'Union pour leur absentéisme. Ajoutons un Jérôme Lavrilleux pris dans la tourmente judiciaire du scandale Bygmalion et on comprend vite pourquoi les députés français font l'objet de peu de considération de la part de leurs homologues européens. L'Allemagne, elle, envoie notamment à Strasbourg des députés élus depuis 3 mandats et donc fins connaisseurs des arcanes européennes.

A cela s'ajoute l'affaiblissement du Président Hollande confronté à une impopularité record en France, et qui ne peut pour le moment pas se targuer d'avoir obtenu de bons résultats économiques. Difficile pour lui, dans cette situation, d'obtenir des réformes européennes.

Un couple franco-allemand fragilisé

La France serait-elle donc en train de perdre sa place dans le jeu européen ? Pas forcément. Elle reste malgré tout un des piliers de la construction européenne qui s'articule depuis longtemps autour du couple franco-allemand.

L'affirmation du Financial Times selon laquelle le couple européen du moment serait plutôt germano-italien semble un peu aventureuse. Même si Angela Merkel a fait savoir que la volonté de réforme de Renzi lui plaisait, l'Italien n'en reste pas moins un opposant à la doctrine économique allemande actuelle. C'est donc loin d'être un couple qui marche main dans la main.

De plus, l'étroitesse et l'ancienneté des liens franco-allemands ne semblent pas pouvoir être balayées simplement par l'arrivée d'un jeune dirigeant ambitieux et actif. Pour autant, personne n'a jamais vraiment parlé de "Merkollande".

La stratégie de Renzi ne devrait donc pas forcément mettre à mal la place française en Europe, d'autant que les positions des deux pays semblent pour l'instant converger dans de nombreux domaines. En revanche, la France ne doit pas prendre sa position pour acquise. D'autres Européens sont prêts à occuper le terrain que les Français ont tendance à délaisser depuis quelques temps, englués dans leurs propres problèmes internes, qu'ils soient politiques ou économiques.




24/11/2014 - 18:01
Par Renaud de Chazournes (Paris)
Le Speigel, magazine allemand à grand tirage, laisse entendre que le rapport demandé par Berlin et Paris à deux é...
08/04/2014 - 18:06
Le match des entraineurs: Grande gueule bat Langue de bois Quand Blanc la langue de bois rencontre Mourinho la grande gueule, il n'y a pas...
17/07/2014 - 15:47
Par Etienne Cabot (Paris)
Pendant trois jours la moyenne d'âge du Parlement européen à Strasbourg a fortement baissé. Et pour cause, des...
18/11/2014 - 18:42
Par Renaud de Chazournes (Paris)
La libre circulation et d'installation des Européens chez eux, en Europe, a du plomb dans l'aile. En confirmant la semaine derni...
24/11/2014 - 18:01
Par Renaud de Chazournes (Paris)
Le Speigel, magazine allemand à grand tirage, laisse entendre que le rapport demandé par Berlin et Paris à deux é...
24/11/2014 - 18:01
Par Renaud de Chazournes (Paris)
Le Speigel, magazine allemand à grand tirage, laisse entendre que le rapport demandé par Berlin et Paris à deux é...
30/10/2014 - 10:09
Par Renaud de Chazournes (Paris)
Les dirigeants européens se sont mis d'accord vendredi dernier pour lutter contre le réchauffement climatique en se fixant des...
24/07/2014 - 12:58
Par Ariel Dumont (Rome)
Faire la queue pour les autres, voilà le job de Giovanni Cafaro, un Milanais resté au chômage plusieurs mois. L'idée...
06/01/2014 - 16:35
Par Ludovic Clerima (Paris)
Le ciel londonien pourrait bien changer à tout jamais. Depuis plusieurs années, les agences d'architectures Foster+Partners, Ext...
06/08/2014 - 11:29
Par Camille Selosse (Paris)
L'Assemblée nationale a finalement renoncé à augmenter le plafond de la taxe de séjour dont doivent s'acquitter...
13/08/2014 - 14:08
Par Grégory Noirot (Madrid)
Les sociétés évoluent, les langues aussi. De nouvelles expressions issues de l'étranger, du monde professionnel, de l...
04/07/2014 - 17:56
Par Etienne Cabot (Paris)
C'est aujourd'hui qu'étaient affichés les résultats du BAC. Les mains moites, le cœur serré, les...
08/07/2014 - 12:59
Par Virginie Riccio (Kiev)
La capitale ukrainienne, Kiev, est à trois heures de vol de Paris, à 1h45 de Saint-Pétersbourg, à une heure de Moscou. La...
25/08/2014 - 14:10
Par Antoine Vergely (Paris)
Pink Floyd est de retour dans les bacs des disquaires. Leur nouvel album "The Endless River" sortira en octobre. Ceci après une...
19/06/2014 - 14:06
Par Delphine Nerbollier (Berlin)
Semaine spéciale dédiée à la fête de la musique. Venez vibrer partout en Europe aux rythmes des groupes amateurs et...
05/06/2014 - 15:02
Par Effy Tselikas (Athènes)
Se déhancher au son des maracas dans les rues d'Athènes, commémorer le courage des soldats alliés en Normandie ou...
28/05/2014 - 17:27
Par Delphine Nerbollier (Berlin)
C’est avec un air grave qu’Angela Merkel a visité ce mercredi 28 mai l’exposition sur la Première Guerre mondiale...
22/07/2014 - 14:27
Par Delphine Nerbollier (Berlin)
Les Européens adorent le café. Pour preuve, l'UE est, devant les Etats-Unis, le premier importateur mondial de cet autre "or...
12/05/2014 - 13:33
Par Daniel Vigneron (Paris)
60, 70, voire 75 ou 80 eurodéputés qui seront élus du 22 au 25 mai prochains appartiendront à une formation "...
15/05/2014 - 16:59
Par Jean-Pierre Frigo (Helsinki)
Jusqu'en 2011 les Vrais Finlandais (VF) comptaient 39 députés sur 200. Mais l'un d'eux a été exclu l'an...
27/06/2014 - 13:47
Par Ludovic Clerima (Paris)
L'Italie, l'Espagne, l'Angleterre et le Portugal sont éliminés. Comment expliquez-vous l'échec de ces grandes...
21/01/2014 - 15:57
Par Effy Tselikas (Athènes)
Un contrôle de police de routine un retour de week-end. Pendant qu’un des policiers, le plus âgé, inspecte le vé...
Pays