Connexion

Syndicate content

L’Europe s’enferme dans sa forteresse

jeudi, 10 juillet, 2014 - 13:15

Amnesty International critique la politique migratoire de l’Union européenne. De plus en plus refermée sur elle même, la forteresse Europe se construit parfois au mépris des droits des migrants et des réfugiés.

Un drame humain se joue aux frontières de l’Europe. Des dizaines de milliers de migrants tentent chaque année de rentrer sur le sol européen. Parfois au prix de risques énormes. Le week-end des 5 et 6 juillet 2014, pas moins de 2600 réfugiés ont été secourus par la marine italienne. Selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, 64.000 personnes voyageant à bord de petits bateaux depuis l’Afrique du Nord ont rejoint l’Italie rien qu’en 2014. Un record.

Telle une forteresse, l’Europe se dresse face à ces migrants et renforce ses frontières. Une situation que dénonce Amnesty International dans un rapport publié le 9 juillet 2014.

L’UE continue de se barricader derrières des murs, physiques, politiques ou juridiques. Cette forteresse qui s’érige met en danger les hommes, femmes et enfants qui se présentent à nos frontières, et ne respecte ni leur dignité, ni leurs droits."

Ce rapport intervient au lendemain d’une réunion des ministres européens de l’Intérieur qui ont de nouveau refusé de modifier les règles de droit d’asile.

Foteresse européenne

Entre 2007 et 2013, l’Union européenne a alloué près de 4 milliards d’euros au programme de solidarité et de gestion des flux migratoires.

  • Elle aurait consacré 1,8 milliard d’euros à la seule surveillance des frontières, mais seulement 700 millions d’euros pour l’amélioration des conditions d'accueil et d'intégration des demandeurs d’asile et des réfugiés. Cette différence est aussi marquée dans l’utilisation des fonds alloués aux États membres.
  • Ainsi, la Bulgarie a reçu 4,3 millions d’euros pour l'aide des réfugiés, mais 9 fois plus pour la surveillance de ses frontières entre 2007 et 2013.
  • De même, l’Italie a reçu 36,1 millions d'euros sur la même période pour l'aide aux réfugiés et 7 fois plus pour surveiller ses frontières.

Ces contrôles renforcés aux frontières s’accompagnent souvent de reconductions à la frontière. Amnesty International a recensé de nombreux refoulements de migrants à la frontière turque en Bulgarie et en Grèce, en violation totale du droit d’asile.

La crainte de mauvais traitement, du refoulement et le renforcement des contrôles à la frontière poussent les migrants à changer de route."

Tirs à balles réelles ou en caoutchouc, coups et blessures, privations de liberté, vols de documents et d’affaires personnelles sont des témoignages récurrents de la part de migrants ou de réfugiés.

Renforcement des contrôles aux frontières, mais aussi fortification et repli derrière des “murs”.

En août 2012, la Grèce a lancé l’opération Aspida (“Shield”). 1 800 policiers ont été déployés et une clôture a été édifiée le long de la frontières gréco-turque. En cela elle suivait l’exemple de l’Espagne, de la Hongrie ou encore de la Slovaquie. Mais comme dans ces pays, loin de régler le problème, la Grèce ne faisait que le déplacer. Les routes changent. Au lieu d’emprunter les routes terrestres, les migrants ont tenté de rentrer en Europe par les îles de la mer Egée.

 

Zone tampon anti-migrants

Pour faire face aux changements de routes, l’Europe a décidé de réagir. Assurant la présidence tournante de l'Union européenne, l’Italie a fait de la politique migratoire sa priorité. Suite au drame de Lampedusa du 3 octobre 2013, Rome a lancé l’opération Mare Nostrum pour gérer les situations d’urgence liées à l’immigration clandestine.

Légendes:

 Principales routes migratoires
vers l'UE (source: Frontex)

 Principales portes d'entrée des clandestins
dans l'UE

 Nombre de migrants morts en tentant de traverser la frontière/mer,
entre 1993 et 2012 (source : Migreurop.org)

Bien que cette opération ait été jugée positivement par les Européens, elle apparaît limitée aux yeux du gouvernement italien. Pour prendre le relai, l’Italie milite aussi pour le renforcement de Frontex (l’agence européenne pour la sécurité et les frontières extérieures) : un “Frontex Plus”. Cela risque néanmoins d’être insuffisant selon Matteo Renzi, le chef du gouvernement italien estimant que cela doit aussi s’accompagner d’une collaboration renforcée avec des pays tiers.

L’Union européenne soutient les pays d'où partent bon nombre de migrants. Des accords avec le Maroc, la Turquie, l’Ukraine ou encore la Libye contribuent à créer une véritable zone tampon autour des frontières européennes. Une politique dénoncée là aussi par Amnesty International qui explique que l’UE a signé des accords avec des Etats voisins qui ne sont pas réputés être de grands défenseurs des droits des migrants et des réfugiés.




Pays