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En France et en Europe, les taxis ne tiennent plus la route

vendredi, 18 juillet, 2014 - 10:41

L'année fut rude pour les taxis. Plusieurs fois, ils se sont mis en grève pour protester contre la concurrence des VTC. Ils manifestaient aussi ailleurs en Europe. Partout, la profession souffre. Myeurop a pris le taxi dans les principales capitales.

Le 11 juin dernier a constitué un nouvel épisode dans la guerre que se mènent taxis et véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) pour la conquête des villes: les taxis traditionnels se sont mis en grève dans plusieurs grandes villes européennes. A Milan, Paris, Berlin ou Madrid, la grogne, menée par les Black Cabs londoniens, était dirigée contre un ennemi commun : la société Uber, start-up américaine qui a permis aux VTC de gagner des parts de marché grâce à son application mobile de géolocalisation.

En France, le rapport taxi/VTC rédigé par le député PS de Saône-et-Loire, Thomas Thévenoud et rendu il y a quelques semaines, faisait 30 propositions pour apaiser les tensions. Deux axes d'action étaient envisagés. Tout d'abord la réglementation du secteur des véhicules de tourisme avec chauffeur, concurrents jugés déloyaux par leurs homologues taxis. Parmi les mesures envisagées, un forfait aéroports (les VTC sont très utilisés sur les liaisons aéroports-centres ville), mais surtout, au cœur du conflit, l'interdiction pour les VTC de se géolocaliser auprès de leurs clients, via smartphone en particulier. Un avantage technologique qu'ils ne comptent cependant pas abandonner.

Un second volet concerne la modernisation de la profession de taxi, aux pratiques parfois un peu anachroniques… Outre une couleur unique, le rapport préconise la suppression de la course d'approche et la généralisation du paiement par carte bancaire ; tout comme la possibilité de réaliser des "maraudes électroniques": les taxis et leurs clients se trouveraient plus facilement et plus rapidement grâce à leur géolocalisation respective. Exactement ce qui serait interdit aux VTC.

Une proposition de loi s'en inspirant a été votée le 10 juillet dernier par les députés. 

La France compte aujourd'hui un peu plus de 51.000 taxis, dont un tiers à Paris: 16.600, soit, si l'on tient compte de la zone d'intervention des taxis parisiens (Paris et la petite couronne) 1 taxi pour 330 habitants. 80% des chauffeurs ont le statut d'artisan. Les véhicules de tourisme avec chauffeur, en plein boum, sont désormais près de 10.000 en France et 2000 à Paris. Ce qui, malgré tout, n'est pas grand chose comparé à d'autres capitales.

Ailleurs en Europe, d'autres taxis rient jaunes…

A Londres aussi, les privés concurrencent les traditionnels 'Black Cabs'

Le mythe de l’imposant taxi noir londonien prend un sacré coup dans l’aile depuis quelques années. Les compagnies de taxis privés pullulent et ont dépassé, et de loin, le nombre de leurs célèbres homologues. En août 2013, il y avait en effet 22.168 taxis enregistrés à Londres (soit 1 pour 374 habitants) contre 49.854 taxis privés (soit un par 166 habitants) appartenant à 3.159 entreprises! Ces derniers ne sont reconnaissables qu’à l’autocollant posé sur leur vitre arrière: "location privée, pré-réservation uniquement". Donc, si l'on tient compte de l'ensemble des taxis (enregistrés + privés), la densité en taxi de l'agglomération londonienne est impressionnante: 1 pour 115.

A l’inverse des taxis et comme les VTC en France, ils ne peuvent donc pas chercher des clients sur la route et ne peuvent pas non plus utiliser les lignes de bus. Leur succès tient pourtant ailleurs: ils sont moins coûteux que les "Black Cabs" et surtout le tarif de la course est annoncé au moment de la réservation. Pour les taxis traditionnels, une course de dix minutes coûte généralement autour de 10-11 euros contre 8,50 euros pour une voiture privée, une course de trente minutes autour de 30 euros contre 25 euros, soit une différence d’environ 20%.

1.500 taxis de trop à Lisbonne?

Quelque 3.500 taxis circulent à Lisbonne, soit 1 taxi pour 142 habitants. C'est beaucoup, selon la mairie, qui estime que 1.500 véhicules seraient en trop. Il existe deux tarifs, le diurne et le nocturne, valable le weekend également. Le tarif de jour comprend une prise en charge de 3,25 € (3,90€ la nuit). Une augmentation de 20% a eu lieu en janvier 2013 après un début de grosse colère chez les taxis lisboètes.

Les taxis ont le droit d’emprunter les couloirs de bus. Comme partout il existe des chauffeurs malhonnêtes, d’autres aux voitures mal entretenues. La plus grosse arnaque est à l’aéroport, ou une faune de taxis plus ou moins en règle cherchent à appâter le touriste et à lui faire faire "le grand tour". Les taxis ont un taximètre mais il faut vérifier qu'il est bien à zéro quand on monte dans la voiture. La course aéroport-centre ville (10 à 20 minutes) ne doit pas dépasser 15 euros, bagage compris (prise en charge de 1,60€). Dans l’ensemble, les taxis portugais sont corrects et affables. Leur condition se dégrade: avec la crise les clients se raréfient. Il n’est pas rare qu’ils travaillent 14 heures par jour pour s’en sortir.

Pendant longtemps les taxis étaient noirs et verts avant de devenir tous beiges. Aujourd’hui, le traditionnel noir et vert refait son apparition, avec un avantage qu’il est bien plus facile à repérer que ses congénères de couleur claire.

A Rome, les taxis frappés par la crise

Rome, la mairie a recensé 8.000 taxis, soit 1 taxi pour 338 habitants. Leurs conditions de travail sont un sujet aussi explosif qu'en France. "Les impôts, la maintenance du véhicule qui nous appartient, les cotisations sociales volontaires et la redevance versée chaque mois à la société qui nous procure notre clientèle: tout cela nous coûte 60 euros par jour!", s’énerve ainsi un chauffeur de taxi en colère. Il ajoute qu’avec la crise, la profession a perdu 50% de son chiffre d’affaire et que pour boucler les fins de mois, les chauffeurs doivent travailler sept jours sur sept pour une moyenne de 9 heures par jour.

Lorsque le gouvernement de Mario Monti a voulu libéraliser le marché en 2012, les chauffeurs sont montés au créneau. L’exécutif a dû faire marche arrière. En revanche, la mairie de Rome a passé un accord avec les syndicats pour rehausser de 8€ le prix de la course vers les aéroports, désormais proche des 48 euros en direction de Fiumicino. En ville en revanche, difficile de calculer une fourchette de prix, tout dépendant de la circulation même si les taxis peuvent emprunter les voies de bus.

Berlin: un tarif courte distance à 4€ la course

L’Allemagne compte 50.000 taxis dont 7.600 à Berlin, reconnaissables à leur couleur ivoire réglementaire. Avec 1 taxi pour 484 Berlinois, la capitale est l’une des mieux lotie du pays. Si les tarifs varient d’une région et d’une ville à l’autre, il vous faudra dépenser en moyenne 30€ pour une course de 30 minutes à Berlin et 15€ pour une course de 10 minutes (le compteur s’enclenche à 3,20€, les 7 premiers kilomètres sont facturés 1,65€ puis 1,28€). Ce tarif augmente en fonction du nombre de passagers (plus cher au-delà de 4 personnes) mais aussi du nombre de bagages placés dans le coffre et si vous montez dans le taxi à l’aéroport de Tegel.

Vous pouvez aussi demander le tarif Kurzstrecke pour les courtes distances: si vous faites moins de 2 kilomètres, vous ne débourserez que 4€. Les taxis berlinois ont, eux aussi, le droit d’emprunter les voies de bus.

A Athènes, le marché noir des licences

Reconnaissables à leur jaune criard, les très nombreux taxis font partie du quotidien des Grecs. Ils sont 15.000 à Athènes, soit 1 taxi pour 43 habitants, et plus de 30.000 dans le reste du pays. Très bon marché, ils pallient des transports publics déficients. La course moyenne en ville oscille entre 5 et 15€, avec un prix de prise en charge fixé à 1,50€. Leur qualité première n'est pas forcément l'amabilité ou le confort: véhicules en mauvais état, chauffeurs hommes -la majorité – fumant ou écoutant le match de foot à fond la caisse, course interrompue pour prendre au vol un client de plus, qui paiera sa course plein pot.

Les taxis ont un rôle stratégique dans ce pays touristique, notamment sur l'axe aéroport d'Athènes – port du Pirée (supp. de 5€ pour les courses despuis ou vers les aéroports), ainsi que sur les îles. La dérégulation du marché, dans le cadre de l'ouverture à la concurrence de plusieurs métiers protégés en Grèce (camionneurs, avocats ou ingénieurs), a entraîné ces dernières années plusieurs grèves.

Protégés de la concurrence par un ensemble de règles et de restrictions, la plupart des chauffeurs de taxis ont acheté leur licence dans des conditions opaques. Une licence de taxi, attribuée officiellement pour 1.000 euros, pouvait en fait s'échanger 100 fois plus, soit 100.000 euros (voir 200.000), le tout au noir. Ce qui explique la résistance à la suppression des licences: ceux qui ont acheté leurs plaques ces dernières années risquent de perdre gros.

Ce à quoi se rajoute la crise qui a fait chuté les revenus des taxis, les contraignant à des journées de travail de 15 heures pour compenser. Autre problème, un système de taxis parallèle, via une sous-location illégale des véhicules à des jeunes ou des émigrés réduits à l’état de véritables esclaves de la route.


Article publié le 24 avril actualisé le 11 juin 2014




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