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Les pays où l’on peut rouler tranquillement et les autres

vendredi, 18 juillet, 2014 - 15:01

Radars, chauffards, routes plus ou moins bien entretenues et autres pièges, la route des vacances en Europe n'est pas toujours de tout repos. Voici quelques conseils indispensables pour éviter le stress et les imprévus.

En Europe 270 millions d’automobiles sillonnent les 4,6 millions de kilomètres de routes et d’autoroutes. Cela fait beaucoup chaque été sur les routes des vacances, l'auto restant le moyen de transport le plus utilisé par les Européens pour la grande transhumance estivale.

Mais, sans vouloir vous gâcher ces vacances sans nul doute bien méritées, ces routes restent potentiellment dangereuses pour votre avenir sur Terre. Chaque année, plus de 92.000 personnes trouvent la mort sur les routes européennes selon l'OMS. A cela il faut ajouter environ 2.116.000 personnes admises à l'hôpital tous les ans. Le coût indirect ou direct des accidents est colossal: de 0.36 à 3.86% du PIB selon les pays.

Au-delà de la froideur des chiffres, reste le pire, ce que l’on ne peut pas comptabiliser: la perte d’un proche, le handicap à vie, des existences broyées.

Car n’en déplaise à certains, il n'y a pas que la voiture qui tue en polluant l'air, il y a, aussi et surtout, les automobilistes.
Les victimes: leurs passagers et ceux qui se déplacent dans les rues ou sur les routes. Les hommes de 15 à 29 ans représentent plus du quart des morts dans les accidents de la circulation en Europe (29%).

Guerre déclarée contre les chauffards

Chaque année est ainsi rayée de la carte l’équivalent de la population d’une ville moyenne européenne comme Versailles ou Avignon.

L’Europe est donc entrée en guerre contre les chauffards : à coup de radars flasheurs, de permis dont les points s’envolent, de limitations de vitesse à respecter au kilomètre près, de taux d’alcoolémie extrêmement faibles et d’amendes extrêmement fortes, de confiscations de véhicules et parfois même de peines de prison fermes.

L’automobiliste européen ne serait-il plus qu’un animal traqué, à l’incivisme chronique, que seule la peur du gendarme et de la sanction extrême peut détourner des imprudences fatales ?

Cette vision répressive, et très française du problème, a une certaine efficacité. La France a divisé par deux le nombre de ses tués sur les routes depuis 2002. Pour la période 2010-2013 on constate une diminution de 19%.
Le recul est nettement plus important en Slovaquie avec une baisse de 39%. Les Espagnols font presque aussi bien avec un repli de 30%, tous comme les Danois.

En matière de sagesse automobile, il faut citer en tête, et de loin, le Royaume-Uni avec ses 29 morts sur les routes pour un million d’habitants ou encore la Suède avec 30 et Malte avec 27, pour l'année 2012.

Le record des routes qui tuent est, en revanche, détenu par les Roumains, les Lithuaniens et les Polonais avec respectivement 101, 99 et 93 tués pour un million d’habitants.

Il serait bien entendu très facile d’attribuer les comportements des uns ou des autres à on ne sait quel trait particulier du caractère national. La courtoisie britannique, la discipline allemande, l’exubérance italienne, la légèreté grecque, l’exaltation polonaise, expliqueraient tout… ou rien.

9000 vies sauvées

La réalité est, comme souvent, bien plus terre à terre. Les pays qui obtiennent les meilleurs résultats sont ceux qui, depuis des décennies ont mené une politique constante, suivie, vigoureuse pour réduire le nombre d'accidents.

C’est, encore une fois, indéniablement le cas de la Grande-Bretagne, si souvent citée en exemple dans les colloques sur le sujet. Ce pays a pourtant furieusement aimé l’automobile et la vitesse, enfanté la Mini et la Rolls, sans parler d’Aston Martin ou de Jaguar, donné naissance à des stars du volant tels Jim Clark, Graham Hill ou Jackie Stewart, inventé les Cooper de Charles et John du même nom ou les Lotus de Colin Chapman.

C’est pourtant dans cette île où l’on aime tant la course que l’on conduit le plus prudemment. Sans doute parce que risquer sa vie sur un circuit pour une première place ou un record n’a rien à voir avec risquer celle d’autrui ou de sa famille à la sortie d’un virage d’une petite route de campagne pris trop vite.

Même philosophie chez les Suédois, dont les constructeurs automobiles, Volvo plus encore que Saab, ont toujours mis la sécurité du conducteur et des passagers au centre de leurs objectifs industriels et commerciaux. La ceinture de sécurité est d’ailleurs installée pour la première fois, en 1959, dans une Volvo Amazon.

Pour la deuxième année consécutive, en 2012 et 2013, le nombre de morts sur les routes européennes a chuté. A ce train là l'Union Européenne pourrait remplir son objectif qui était de réduire de moitié le nombre de tués sur les routes entre 2010 et 2020. En 4 ans, près de 9000 vies ont été sauvées.

Mesures répressives disparates

Il n’y a pas de secret. Lorsque la sécurité routière est un choix de société consenti par tous, mise en œuvre par des autorités résolues à agir, elle progresse.

Apparemment, le consensus pour plus de sévérité à l’égard des conducteurs dangereux existerait partout, du cercle polaire au détroit de Gibraltar, des côtes du comté de Kerry, le plus à l’ouest de l’Irlande, aux contreforts des Carpates. Ce qui ne veut pas dire que toutes les sanctions seraient acceptées partout de la même façon.

Selon le rapport Sartre (Social Attitudes to Road Traffic Risk in Europe, traduisez "Comportements sociaux à l’égard du risque routier en Europe") réactualisé régulièrement depuis 1991, il existe de vraies disparités d’appréciation des mesures répressives, et elles tiennent à des facteurs socioculturels, au niveau de développement des pays et à leur tradition.

Là encore, on reconnaît des groupes de pays qui pourraient laisser à penser que les brumes du Nord calment les esprits, quand le soleil du Sud les échauffe. Ce n’est bien sûr pas si simple.

Celui qui conduit, c'est celui qui ne boit pas… ou presque

En ce qui concerne la consommation d’alcool, par exemple, dans les pays du Nord on ne boit pas souvent, mais beaucoup d’un coup, surtout si l’on fait la fête. Et dans ceux du Sud, on boit peu, mais souvent. La réglementation tend à s’unifier autour de 0,5 gramme d’alcool par litre de sang comme limite au-delà de laquelle on est sanctionné.

Les Suédois vont plus loin avec 0,2 et nombre d’États de l’Est européen ont adopté un seuil de tolérance de 0 gramme d’alcool dans le sang. Un niveau très sévère dans des pays où l’on boit parfois beaucoup et souvent ? Reste à savoir comment cette réglementation est en réalité appliquée, là où la corruption règne et où l’indulgence vis-à-vis des ivrognes est de mise ?

En tout cas, plus des trois-quarts des conducteurs européens acceptent l’idée d’un taux d’alcoolémie limité au volant. En Finlande, en Suède, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, l’idée que celui qui boit ne conduit pas est généralement respectée. Le même principe de précaution s’impose, peu à peu, plus au Sud.

Mais à petite vitesse: les Italiens auraient une nette tendance à l’ignorer en estimant le risque d’être contrôlé "très faible". Ils sont 46% à penser ne jamais être confronté à un contrôle d'alcoolémie selon le dernier rapport Sartre publié en 2012.

Les Néerlandais ou les Suédois aussi qui, pour autant, évitent de conduire s’ils pensent avoir dépassé le taux légal d’alcoolémie. Civisme contre peur du gendarme, respect de la loi contre goût de la transgression…

Prise de conscience

La diversité européenne apparaît partout. En ce qui concerne la limitation de vitesse, par exemple. Majoritairement, les conducteurs avouent qu’ils la dépassent surtout sur autoroute.

Par ailleurs, ils la respectent dans l'ensemble, en particulier dans les zones résidentielles. Mais l’idée d’un contrôle encore accru n’a pas l’accord de tout le monde : 37 % des Suédois contre 52 % des Hongrois. Il est vrai que les routes magyares sont sensiblement plus "accidentogènes" que celles des Scandinaves. Les plus réticents sont les Slovènes (67%) devant la France et la Pologne.

Il est nécessaire de se renseigner sur les habitudes de nos voisins européens avant de commencer son road trip. En effet il peut être utile de savoir qu'en Grèce la bande d'arrêt d'urgence est souvent utilisée comme une voie de circulation normale ou encore qu'en Allemagne refuser la priorité à un piéton peut être très mal perçu.

Reste que malgré toutes ces différences, la grande majorité des conducteurs interrogés dans l’enquête Sartre (83 %) sont conscient du danger de la route et se sentent concernés. C'est déjà ça.




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