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Barcelone dit non au tourisme barbare

vendredi, 9 mai, 2014 - 09:50

Presque toutes les grandes villes européennes sont touchées par le tourisme de masse. Barcelone est l'un des symboles de cette "invasion" souvent barbare. Une vidéo fait le buzz: Bye Bye Barcelona, donne la parole à des Barcelonais qui en ont ras-le bol. Mais les touristes font aussi tourner l'économie locale...

Les visiteurs en raffolent. Selon l’Organisation mondiale du tourisme (voir ci-dessous), l’Espagne est le 2ème pays (devant la France et derrière les États-Unis) qui engrange le plus de recettes touristiques. Sans vouloir "cracher dans la soupe", le documentaire du Vénézuélien Eduardo Chibás laisse s'exprimer les associations de voisins qui en ont ras-le-bol, mais aussi les professeurs, les écrivains, ou encore les guides touristiques de la capitale catalane.

Depuis 2000, le nombre de touristes à Barcelone est passé de 3,1 à 8 millions par an. Une surpopulation qui pose, comme le souligne le documentaire, le problème du manque d’espace dans la cité. Il faut dire que ces millions de voyageurs se concentrent essentiellement dans trois quartiers : la Ciutat Vella (vieille ville), la Barceloneta (front de mer) et la Sagrada Familia.  

Avec la crise économique, les 20 millions d’euros par jour et quelques 100 000 emplois générés par le tourisme sont des arguments de poids à l’heure où les responsables politiques locaux doivent choisir entre les besoins de leurs résidents et le confort des voyageurs. Le tourisme représente aujourd’hui 15% du PIB de la ville.

Le documentaire qui fait le buzz

Voilà un peu moins d’un an qu’Eduardo Chibás, installé à Barcelone depuis plus de dix ans, a eu l’idée de réaliser un reportage sur le tourisme de masse dans sa ville d’adoption. Tout a commencé l’été 2013 lorsqu’il s’est retrouvé au milieu d’une manifestation contre le nouveau "plan urbain" du quartier de la vieille ville. Il prévoit, entre autre, de permettre aux hôtels d’acquérir les immeubles faces au port.

Eduardo, professionnel de l’audiovisuel chômeur à l’époque, s’est intéressé au sujet, vivant lui-même à deux pas de la Sagrada Familia.

Mon idée, à la base, était de réunir les témoignages des voisins des quartiers les plus affectés et de dépeindre leur réalité… car, évidemment, il existe plusieurs réalités ! On m’a critiqué pour ne pas donner la parole à d’autres, mais mon travail était tourné vers le témoignage, sans prétention journalistique." 

En libre accès sur Youtube, son film a vite connu le succès sur les réseaux sociaux. Près de 150 000 vues pour un documentaire d’une heure ne sont pas négligeables… Les médias espagnols et internationaux ont rapidement contacté Eduardo :

Tout a commencé avec un article d'El País puis The Atlantic City ou encore le Daily Mail, au niveau international… Je ne m’attendais pas à ça mais je pense que c’est un sujet qui touche plusieurs villes et qui intéresse les gens. On est arrivé à un stade où on se demande : Qu’est-ce qu’on est en train de faire avec nos villes ?"

Des efforts jugés insuffisants

Afin de répondre au mécontentement populaire, la mairie de Barcelone a pourtant effectué quelques changements dans les zones affectées mais, pour les résidents, ils sont insuffisants et engendrent même parfois de nouveaux problèmes.

Aux abords de la Sagrada Familia (monument le plus visité d’Espagne), les bus touristiques n’ont désormais plus le droit de stationner, suite à un accident de 2011 dans lequel un car avait renversé et blessé trois personnes. Garés quelques rues plus bas, ils sont devenus moins dangereux pour les passants, mais amènent des vagues incessantes de groupes d’une centaine de personnes qui occupent les trottoirs inadaptés du quartier résidentiel.

En 2005, un "plan urbain" a été mis en place pour interdire la construction de nouveaux hôtels dans la vieille ville. La Ciutat Vella arrivait à saturation. Mais le dernier plan, voté en juillet 2013, prévoit finalement de laisser aux groupes hôteliers la possibilité de s’installer sur les grands axes du quartier, en front de mer ou dans les immeubles historiques abandonnés. "Un équilibre plus précis" selon la mairie, perçu comme une trahison pour les voisins du quartier.  

Pour contrer la polémique des appartements touristiques, le plan de 2013 oblige ces logements à être regroupés d’ici six ans dans des immeubles spécifiques… ce qui ne règle pas le problème de ceux qui sont loués illégalement et provoquent, selon certains, des nuisances dans les immeubles résidentiels.

Le Parc Güell a également subi quelques changements, voulus par la mairie. L'entrée est payante (8 € l’entrée), depuis le début de l'année 2014. L'objectif était de réguler l’affluence touristique. Mais cette décision a créé la polémique auprès des Barcelonais qui critiquent la "privatisation" d’un parc offert à la ville par la famille Güell et gratuit pour tous jusqu’alors.

Le tourisme festif critiqué

Mais le tourisme à Barcelone n’est pas seulement un problème d’espace, les visiteurs qu’attire la ville sont aussi remis en question. Eduardo confie :

Je n’aime pas dire ça mais Barcelone attire un tourisme de mauvaise qualité. Pour le reste des Européens, c’est une ville bon marché. Ici, ils peuvent manger une paëlla pour neuf euros dans le centre… sans parler des plages et du climat ! La culture et l’architecture sont secondaires pour eux."

Le résultat ? Des groupes de jeunes ivres à n’importe quelle heure de la journée, déguisés ou en petites tenues en plein centre-ville. Des enterrements de vie de garçons/filles, la prolifération de boutiques souvenirs vendant des chapeaux mexicains et des bars à mojitos pas chers… Même s’il ne représente pas la totalité des 8 millions de visiteurs, ce "tourisme festif" agace et détériore l’image de la ville.

Selon le professeur Santiago Tejedor, Barcelone est la 4ème ville qui déçoit le plus les voyageurs. Et Eduardo d'en conclure que:

Barcelone doit choisir ce qu’elle veut être: une ville pour les touristes qui ne reviendront pas ou pour les voyageurs en quête d’authenticité et culture. Je crois que la partie négative du tourisme de masse nous la souffrons tous : voyageurs et résidents."

 


Crédit photo : Chez Julius Livre 1 sur Flickr




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