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Modes de vie: les Européens accros au café

jeudi, 5 décembre, 2013 - 14:53

Sucré, serré, latte, galão ou frappé, au bistrot ou à emporter: tous les Européens aiment le café...mais pas forcément celui que prépare le voisin. 

Les Européens adorent le café. Pour preuve, l'UE est, devant les Etats-Unis, le premier importateur mondial de cet autre "or noir" venu du Sud. Mais contrairement aux idées reçues, les plus gros consommateurs ne sont pas ceux qu'on pourrait croire: les nordistes en boivent davantage que les Portugais, Grecs, Français ou Italiens. Ces derniers remplissent moins leurs tasses, mais le préfèrent plus torréfié.

En France: "le petit noir"

5,5 kg de café par habitant et par an.

90% des Français boivent du café, dont 85% tous les jours… Le café serait ainsi la boisson la plus consommée quotidiennement après l’eau (bien avant le vin!). Un plaisir de "grand": c'est généralement vers 20-22 ans qu'on devient accro. 

Contrairement à nos voisins allemands ou britanniques, c'est l’espresso qui a le plus la côte. Traditionnellement, le café se déguste en fin de repas, au comptoir ou en terrasse du café homonyme, mais aussi au bureau (la fameuse "pause café")… Au travail, neuf salariés français sur dix affirment acheter des boissons dans un distributeur automatique, et plus de la moitié optent pour du café. 

Mais ces modes de consommation évoluent. A la maison, les machines espresso détrônent de plus en plus les cafetières à filtre. Quant au bistrot de quartier, il est concurrencé par des enseignes telles que Starbucks. Elles ciblent un public plus jeune, qui a tendance à bouder l’amère boisson. Leurs arguments: une large gamme de produits (arômes, lait, frappé…), et la possibilité de gagner du temps avec des boissons à emporter. 

En Allemagne: en quantité et gourmand

7 kg par tête et par an

Les Allemands adorent le café! C’est leur boisson préférée, loin devant la bière et… l’eau minérale! 85% des allemands de plus de 14 ans en boivent au moins une fois par semaine, pour une consommation moyenne de 119 litres par personne et par an. Record européen! Et attention, selon le très sérieux Kaffeereport 2013, cette consommation ne cesse d’augmenter.

Ce que les Allemands préfèrent: le café filtre (1/3 du marché), c'est-à-dire pas trop serré et à déguster dans de grandes tasses, de préférence à la maison, chez des amis et au bureau. Ils l’aiment aussi sucré (43% des consommateurs) et au lait (36% d’entre eux). Une petite machine a d’ailleurs un succès fou dans les grandes villes outre-Rhin: le mousseur à lait, qui permet de se confectionner des capuccinos à la maison. Les plus gourmands y ajoutent de la crème fouettée, spécialité très allemande.

Le "café turc", şekerli, orta ou sade

500 gr par tête et par an

Grands consommateurs de thé, les Turcs n’en négligent pas pour autant le café. Le "café turc" se boit avec parcimonie, lors de grandes occasions telles que des rencontres professionnelles, familiales (mariages…) ou plus simplement entre amis. Très finement moulu, il est bouilli trois fois. C’est au moment de la commande que l’on décide de le boire şekerli (sucré), orta (moyennement sucré) ou sade (sans sucre), le sucre étant ajouté au moment de la préparation.

Servi très chaud, il ne remplit que la moitié de la petite tasse dans laquelle il est versé. Il faut le boire doucement car la partie restante est le marc, qu’on laisse au fond. La tradition veut que l’on renverse la tasse sur la soucoupe lorsque le café est fini. Certains déposent même leur bague ou laissent leur doigt sur la tasse retournée. Dix minutes plus tard, lorsque le marc a coulé, on peut y lire son avenir…

Au Portugal, une institution

4.70 kg par tête et par an

Le café au Portugal est une institution. 80% des portugais disent en boire tous les jours. La consommation annuelle par personne est de 4,7 kg, moins que la moyenne européenne de 6,4 kg. Mais comme en France ou en Italie, les portugais préfèrent et de loin, la bica (non pas le diminutif de arabica mais du nom de bec de percolateur en portugais): un petit noir très serré et succulent.

On termine une tasse en trois gorgées à peine, parfois cinq quand il est cheio (plein). On le décline aussi avec du lait. C’est alors une "demie de lait" ou un galão, un café au lait plus ou moins noir servi dans un verre haut, cannelé, placé dans une coupelle avec une longue et fine cuillère.

Le café est surtout un acte social. Près de 80% des portugais le boivent à l’extérieur. D’abord, parce qu’ils sont gourmands: ils adorent accompagner leur café d’une douceur. D’ailleurs les bars ressemblent à des boulangeries-pâtisseries…à moins que ce ne soit l’inverse! Les Portugais observent deux pauses réglementaires par jour, matin et après-midi. Voir quelqu’un, prendre rendez-vous est souvent l'occasion de se voir proposer un café. Les déjeuners et dîners familiaux ou entre amis se terminent souvent par une virée au bar du coin, pour un café.

Lisbonne est une des capitales européennes où subsistent encore des brûleries et des boutiques où l’on concocte mélanges et moutures. Le Portugal possède une entreprise familiale d’import-export de café, un label apprécié, qui vend -entre autres choses- du café encapsulé…..aux Africains.

Au Royaume-Uni: tea or coffee?

2.80 kg par tête et par an

Le café n’est pas la boisson traditionnelle des Britanniques. Mais petit à petit, il gagne du terrain. Si chacun prend soin d'avoir toujours son mug à portée de main, pour avaler des litres de thé à longueur de journée, on croit aussi aux vertus d’une petite tasse de café pour rester éveillé.

Le café est aussi annonciateur de la détente du début du week-end. On le sirote dans un bar ou un pub à l’occasion d’un brunch, non loin des toasts, des baked beans et des œufs au plat. Ces derniers sont parfois remplacés, selon une mode assez récente et branchée, par des œufs pochés accompagnés de saumon fumé, d’épinard ou de jambon aspergés de crème hollandaise.

Il est rarement bu noir, mais plutôt latte, c’est-à-dire comme le thé: sans sucre et avec du lait. Les traditions ont la vie dure sur les îles britanniques…

En Grèce, le café "cuit" à la flamme

5.43 kg par tête et par an

En Grèce, le café, autant la boisson que le lieu, est une institution. Il est toujours accompagné d’un verre d'eau glacée et parfois, d’une petite douceur. Il se boit très lentement afin que le marc se redépose au fond de la tasse après chaque goulée. Comme en Turquie, il faut le commander sketo (sans sucre), metrio (moyen, avec un peu de sucre) ou glyko (bien sucré). Il est similaire à celui qui est consommé en Europe Occidentale, à cela près qu’il est moins torréfié et surtout moulu beaucoup plus fin (en jargon du métier: "moulu farine"). Autre particularité: il "cuit" dans le briki, sorte de petit récipient cylindrique avec un long manche, chauffé par une flamme. Toute cuisine grecque, même celles des appartements les plus luxueux, est donc équipée d’un petit camping-gaz!

Quant au café, le bistrot, il est le centre de la vie sociale. En ville, assis à une table avec des amis (paréa), on y discute de foot ou de politique, on observe tranquilement le spectacle de la rue…Dans les villages, les arrangements politiques comme les affaires ou les embauches s'y négocient.

Mais un concurrent sérieux a fait son apparition depuis une quinzaine d’années: le Frappé (en roulant les "r").  Il s'agit d'un café soluble mélangé avec de l'eau et de la glace pilée, donnant une mousse plus ou moins blanche selon la quantité de lait. C'est une boisson très rafraîchissante en été qui se boit aussi avec une paille. Cette boisson est devenue le symbole (parfois caricatural) de la jeunesse grecque, traînant de longues heures à la terrasse des cafés. On le retrouve aussi en France, mais il n'y a pas connu autant de succès.

En Hongrie, l'héritage des Habsbourg

1 kg par tête et par an

De la famille royale des Habsbourg, le pays a hérité de splendides temples du café. Le Café New York ou le Café central témoignent de l'ébullition intellectuelle qu'entretenait l’élite magyare au tournant du 20ème siècle. Fermés pendant le régime communiste, certains ont été rénovés. Aujourd'hui encore, le café est servi à table (presque jamais au comptoir), sur un plateau argenté, accompagné d’un mini pot à lait, d’un verre d’eau souvent gazeuse, et d'un voeu: "bonne santé!"

Le presszó (espresso) et ses dérivés lactés se boivent à toute heure et s’accompagnent souvent de pâtisseries. L’été, le café est servi glacé. Parfois, une boule de glace à la vanille se glisse dans le verre. Récemment des cafés branchés ont ouvert à Budapest, certains organisent des dégustations d’arabica. D’autres servent une alternative bienvenue au Starbucks (qui a ouvert son premier établissement en 2010 en Hongrie): des cafés soigneusement torréfiés, prêts à emporter dans un verre en carton.


Source consommation par an et par habitant: l’Organisation internationale du Café (OIC) (chiffres 2011).




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