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En politique, le mensonge sport à haut risque

mardi, 23 septembre, 2014 - 12:32

Réels ou supposés, les petits et gros mensonges des responsables politiques se multiplient. Mais il y a l'art et la manière de biaiser avec la vérité tout en protestant de son innocence. Nicolas Sarkozy ou Jean-Christophe Cambadélis sont orfèvres en la matière. En Grande Bretagne ou en Allemagne, c'est un péché mortel.

 

Chronique sur RFI - Les mensonges des politiques 

 

En politique, il y a les mensonges "droit dans les yeux" qui tuent et les mensonges par omission et autres petits arrangements avec la vérité pouvant eux aussi être à terme mortels. 

Dernier exemple en date, le compte rendu de la garde à vue de Nicolas Sarkozy à Nanterre en juillet dernier. Dévoilé ce matin par France Inter, il est sans appel: "le trafic d’influence ne fait aucun doute" explique la radio publique sur son site. 

Si le président sortant affirme sans sourciller qu'il ne pouvait pas mentir étant l'homme le plus exposé de France lors de son interview télévisée dimanche dernier, ce n'est pas l'avis des inspecteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales qui l'ont entendu pendant 9 heures. Nicolas Sarkozy aurait bel et bien tenté d'influencer la Cour de cassation qui devait juger de la validité de la saisie des agendas de Nicolas dans l'affaire Bettencourt concernant la validité de la saisie des agendas présidentiels.

Pourtant pour Nicolas Sarkozy, le menteur c'est pas lui, mais François Hollande. Lors de son interview télévisée dimanche, il a accusé son successeur à l'Elysée d'avoir menti pour promesses électorales non tenues.  L'anaphore "Moi Président" d'Hollande étant, selon lui, "une litanie de mensonges", ce qui est pour le moins excessif.

Cambadélis fait tâche !

Coller l'étiquette "menteur" sur un chef de l'Etat, n'est, il est vrai pas nouveau. Rappelons-nous les Guignols de l'info qui avaient en son temps fait de Jacques Chirac un "Super Menteur".

Mais pour l'Elysée le plus grave ne sont pas les accusations de son adversaire politique, mais les mensonges à répétions dans son propre camp. Quand Jean-Christophe Cambadélis, chef du parti au pouvoir est accusé d'avoir obtenu sa maitrise sans avoir préalablement obtenu sa licence, cela fait tâche ! Il aurait, dit-il, bénéficié d'une dérogation, mais qu'en penseront les étudiants qui se voient refuser, faute de places suffisantes, une inscription en 3ème cycle alors qu'eux, ont le bon diplôme pour cela.

Et il y a des mensonges beaucoup graves. Celui de Jérôme Cahuzac qui jure à l'Assemblée n'avoir pas de compte en Suisse restera dans annales de l'histoire du mensonge. La "phobie administrative" de Thomas Thévenoud pour justifier son mensonge fiscal va, elle aussi, rester un certain temps dans les mémoires…

On ne pourra jamais empêcher personne de mentir, en politique comme ailleurs. Mais la loi peut au moins augmenter les risques pris par ces Pinochio. Si l'allergie fiscale de Thévenoud a été révélée quelques jours après sa nomination comme secrétaire d'Etat au commerce extérieur, c'est bien parce que le contrôle fiscal des entrants au gouvernement est désormais automatique.

Faute impardonnable au Royaume-Uni…

Ailleurs en Europe, mentir est une faute beaucoup plus impardonnable. Au Royaume-Uni, le simple fait de cacher la vérité implique une condamnation sans appel. L'ex-ministre britannique de l’Environnement, Chris Huhne, a ainsi été contraint à la démission et a passé 8 mois en prison pour avoir menti à la justice: il avait pourtant seulement dit que son épouse conduisait sa voiture pour ne pas perdre 3 points sur son permis à la suite d'un excès de vitesse.

Le scandale des notes de frais abusives des députés britanniques a également été sévèrement sanctionné. De 2009 à 2011, plusieurs députés et des ministres ont été condamnés à des amendes et des peines de prison pour s'être fait remboursés des frais indus. Depuis les notes de frais de élus sont rendues publiques, mais cela n'a pas suffit. En avril dernier encore, la ministre de la Culture, Maria Miller, a démissionné pour s'être fait rembourser les traites d'un crédit immobilier.

…et en Allemagne

En Allemagne aussi on n'aime pas les menteurs. De simples accusations de plagia portées à l’encontre du ministre de la Défense allemand, Karl Theodor zu Guttenberg, ont finalement contraint Angela Merkel à accepter en 2011 sa démission.

Plus des deux-tiers de sa thèse de doctorat délivrée par l’Université de Bayreuth était empruntés à d'autres auteurs. Après avoir tenté de nier, il s'est excusé auprès des personnes plagiées et son titre de docteur en droit lui a été retiré pour "faute grave".

La Chancelière allemande ne pouvait dés lors pas garder un ministre dont l'autorité morale était sujette à caution dans un pays où l'on part du principe que si le ministre était capable de mentir pour obtenir un doctorat, sa parole pouvait être systématiquement mise en doute.

L'Italie à l'école du mensonge

A l'inverse, en Italie, mentir reste un péché véniel du moins pour le champion des mensonges reste Silvio Berlusconi. Il avait fait sienne la maxime de Yukio Mishima, "la politique s'apprend à l'école du mensonge".

Quand il était pris en flagrant délit de mensonge, c'est simple, il niait tout ! C'était un réflexe conditionné: nier, ne jamais avouer en usant jusqu'à la corde de son pouvoir.

Tous les moyens étaient bons: faire promulguer une loi sur mesure le mettant à l'abri de toute poursuite judiciaire ou faire voter par les députés des motions de dessaisissement des tribunaux.

Mais Silvio Berlusconi a enfin été rattrapé par la justice: il a été condamné en mai dernier pour fraude fiscale à des travaux d’intérêt général et se rend chaque semaine dans une maison pour personnes souffrant d'Alzheimer. Et il n'en a pas fini avec la justice avec un procès en cours à Naples pour corruption de sénateurs. L'enquête pour corruption de témoins dans l'affaire Rubygate n'est également pas close.

Aujourd'hui, Matteo Renzi, le premier ministre, veut changer les mœurs politiques dans son pays. Il s'inscrit ainsi dans une tendance générale à une moralisation de la vie politique en Europe. La rigueur budgétaire irait donc de pair avec plus de rigueur morale, le moindre dérapage étant jugé indécent. Comment, il est vrai, justifier qu'un ministre ne paye pas ses impôts alors qu'ils augmentent? C'est tout simplement impossible.

Mais des menteurs de haut vol comme Jérôme Cahuzac, hier certains de leur impunité, avaient-ils seulement conscience de leur inconscience?




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