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Les députés français disent oui à l’Etat palestinien

mardi, 2 décembre, 2014 - 17:30

Les députés français ont adopté la résolution demandant au gouvernement la reconnaissance d'un Etat palestinien. Un vote symbolique alors que le processus de paix avec les Israéliens est plus que jamais dans l'impasse. Et qui n'est pas le premier en Europe. 

 

Chronique sur RFI - Européens et Palestiniens 

 

La quasi-totalité de la gauche (socialistes, écologistes, Front de gauche) et quelques députés UMP et UDI, ont adopté avec une large majorité cette résolution (339 voix pour, 151 voix contre). La plupart des députés de la droite ont voté contre.

Certains avec force, comme le député franco-israélien UDI Meyer Habib, qui, lors du débat sur le sujet vendredi dernier a été vivement applaudit par son collègue du FN, Gilbert Collard, quand il a expliqué que les socialistes initiateur de la résolution "embrassent le Hamas et le terrorisme".

A l'inverse, pour Élisabeth Guigou, présidente de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée, il s'agissait d'un "geste pour la paix". Une paix aujourd'hui, il est vrai bien improbable. Mais c'est justement pour cela, alors que l'espoir suscité par les accords d'Oslo signés il y a 21 ans par Yitzhak Rabin et Yasser Arafat paraît bien mort, que la pression internationale doit se renforcer. Et ce vote n'est rien de plus qu'un toute petit pas dans ce sens.

Valeur d'exemple

Mais ce que l'on redoute surtout coté israélien, c'est que ce mouvement de reconnaissance de la Palestine fasse tâche d'huile en Europe. Cela explique la ferme mise ne garde de premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, pour qui "la reconnaissance d'un Etat palestinien par la France serait une grave erreur".

En fait, les députés français ne font que prendre le train en marche en Europe. Fin octobre, la Suède a reconnu l'Etat Palestinien. Selon Stockholm, cet Etat remplissait tous les critères de droit international, à savoir un territoire, un gouvernement et une population. A Londres, quelques semaines plus tôt, la Chambre des Communes avait officiellement exhortée le gouvernement de David Cameron à reconnaitre "l'Etat de Palestine au coté de l'Etat d'Israël".

Les députés britanniques n'étaient pas les premiers. Les parlementaires espagnols et irlandais avaient, avant eux, demandé à leurs gouvernements de reconnaître la Palestine.

Alors certes, les députés français et, c'est moins certain, les sénateurs, ne peuvent, comme dans la plupart des pays européens, que demander aux gouvernements de les suivre, mais ce n'est plus qu'une question de temps. Laurent Fabius en est d'ailleurs convaincu. C'est pour ministre des affaires étrangères, "une évidence" mais il faut que ce soit, selon lui, au meilleur moment pour que cela contribue à un "règlement définitif du conflit". Le "meilleur moment" c'est une notion qui, en particulier diplomatie, est bien subjective…

Les opposants à cette résolution mettent par ailleurs en avant le fait que si135 pays dans le monde ont déjà reconnu la Palestine, cela n'a pas pour autant contribué à un règlement de la question palestinienne.

L'Europe tente sa chance

Mais qui peut faire pression aujourd'hui sur Israël et les dirigeants palestiniens pour relancer les négociations de paix? Alors que la diplomatie américaine a échoué cet été lors de sa dernière tentative de médiation en Israéliens et Palestiniens, l'Union européenne a pris le relais avec la nomination de Federica Mogherini au poste de représentante pour les Affaires étrangères de l'Union. Elle affirme que l'Europe doit jouer "un rôle politique accru" et elle s'active pour relancer des pourparlers directs entre les deux camps.

Cette implication européenne est d'autant plus indispensable que l'administration américaine va rester en retrait, Barak Obama n'ayant plus de marge de manœuvre depuis qu'il a perdu la majorité au Congrès. 

Enfin, il ne faut pas oublier que si les eurodéputés restent profondément divisés sur cette question de la reconnaissance de la Palestine, l'Union européenne est le principal bailleur de fonds de l'Autorité palestinienne. Elle a, depuis 2007, versé prés de 3 milliards d'euros pour les territoires occupés et sans l'aide européenne, bon nombre de fonctionnaires palestiniens de la bande de Gaza, notamment les médecins et les enseignants ne seraient plus payés. Hors aujourd'hui, alors que ce territoire est à reconstruire, cette aide est plus que jamais vitale.

Etat sans certificat de naissance

Est-ce suffisant pour convaincre les Palestinien qu'une solution négociée avec Israël reste la seule issue possible? Peut-être pas, mais cela compte, comme compte sans nul doute ces amorces de reconnaissance de leur Etat par plusieurs pays de l'Union européenne. 

La reconnaissance internationale d'un pays passe par le Conseil de sécurité de l'ONU. Pour Mahmoud Abbas la reconnaissance d'Etat à Etat de la Palestine par la France et le Royaume-Uni, pays membres de ce Conseil, serait donc une avancée importante. Car aujourd'hui, la Palestine, bien que reconnue par plus de la moitié des pays dans le monde, doit se contenter d'un strapontin bancal à l'ONU avec un statut d' "observateur non-membre" aux Nations-Unies. Un statut totalement bâtard pour un pays sans frontières fixes et sans certificat de naissance…

Et ceci alors que la résolution 181 de l’Assemblée générale de l'ONU recommandait déjà en 1947 le partage de la Palestine en un Etat juif, un Etat arabe et une zone "sous régime international particulier".




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