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Prostitution: le client coupable, faute de mieux

mardi, 24 février, 2015 - 16:47

Le Sénat devrait enfin se prononcer sur le projet de loi pénalisant les clients des prostituées. Un texte voté par les députés il y a plus d'un an. La France, avec à ses frontières les bordels belges, allemands, anglais et espagnols, suivrait ainsi l'exemple des pays nordiques. 

 

Chronique sur RFI - La prostitution 

 

Le projet de loi sur la pénalisation des clients de prostituées pourrait enfin être adopté dans les prochaines semaines par le Sénat. Le texte avait été adopté en décembre 2013 par les députés. Plus d'un an pour que les sénateurs se décident à donner leur avis, c'est un délai exceptionnel, même pour la Chambre haute.

Un train de sénateur bienvenu pour Dominique Strauss-Kahn. La pénalisation du client aurait sans doute compliqué la tâche de ses avocats lors du procès du Carlton. Le président  a ainsi pu se féliciter du "climat serein" qui a présidé aux débats sur les ébats tarifés avec l'ex-patron du FMI en guest star, et le procureur général a requis sa relaxe, DSK ayant toujours nié avoir été au courant que des prostituées étaient ses partenaires lors des soirées libertines auxquelles il était aimablement convié par ses complaisants amis lillois.

Tout se termine ainsi pour le mieux dans le meilleur des mondes du sexe payant et l'on a vite oublié les témoignages des prostituées expliquant la torture physique et psychologique à laquelle les soumettent leurs clients.

Une loi ambitieuse

La proposition de loi soumise aux sénateurs pénalise le client pour réduire la demande. Ils encourront, si la loi est finalement adoptée en l'état, une contravention pouvant aller jusqu’à 1.500 euros. En cas de récidive, l'amende sera de 3.750 euros. Le texte confirme aussi l'abrogation du délit de racolage, la lutte contre les réseaux et des mesures d'accompagnement social et professionnel pour celles qui veulent quitter la prostitution.

Pour le gouvernement comme pour les députés socialistes à l'origine de ce projet de loi, l'abolition n'est pas motivée par la morale, mais a pour but de réduire le nombre des prostituées qui sont victimes de violences de la part de réseaux mafieux, de proxénètes et, trop souvent, de clients.

Ailleurs en Europe, la situation des travailleuses et travailleurs du sexe n'est pas plus enviable quelle que soit la législation régissant leur métier.

On peut classer les pays européens en trois catégories. Il y a les pays qui interdisent, comme la Suède; il y a les pays qui réglementent, comme l'Allemagne; il y a les pays qui oscillent entre la dissuasion et la tolérance et, enfin, il y a ceux qui ne font rien, ou pas grand chose.

Mais comment interdit-on la prostitution ?  Juridiquement du moins, en pénalisant le client. Mais c'est comme la drogue, c'est illégal, mais ce n'est pas pour autant que la consommation a cessée.

Les failles du modèle suédois

La Suède a été le premier pays en Europe à criminaliser en 1999 l'achat de services sexuels en le rendant passible de six mois de prison. La Norvège et l'Islande ont fait de même en 2009. Le résultat est probant : le nombre de personnes se prostituant a diminué de moitié en Suède, et 8% des hommes ont encore recours à la prostitution contre 14% avant son interdiction.

Mais derrière ces chiffres un peu idyllique, la réalité est plus sombre, de l'aveu même de la direction des affaires sociales suédoise, la prostitution s'est déplacée vers des lieux en périphérie des villes et surtout sur internet.

Le grand bordel allemand

D'autres pays préfèrent légaliser la prostitution pour mieux la contrôler . C'est la solution choisie par l'Allemagne depuis 2001. La prostitution est reconnue comme un métier et les prostituées paient des impôts en tant que travailleuse ou travailleur du sexe.

Avec près de 3 500 maisons closes, l'Allemagne est ainsi devenue le pays des "sexodromes", ces supermarchés de la prostitution où l'on casse les prix. Certains proposant la nuit de "sexe à volonté" à partir de 50 euros.

Un commerce florissant. Il génèrerait un chiffre d'affaires de plus de 16 milliards d'euros réalisé par 200 000 prostituées dont 65 % seraient étrangères, notamment Bulgares et Roumaines.

En Belgique aussi, l'industrie du bordel se porte bien. Dodo La Saumure, qui procurait des prostituées pour les parties fines lilloises avec DSK, en dirige plusieurs. Les  "club privés"  et autres "bars à hôtesses", prospèrent notamment le long de la frontière le long de la frontière avec la France. Ils profitent d'une législation particulièrement ambiguë: Si le racolage et le proxénétisme sont illégaux, la prostitution est autorisée.

La presse anglaise fait peur aux clients

En Angleterre et au Pays de Galles aussi, une loi de 2010 punit d'une amende de 1.200 euros  l'achat de tout acte sexuel à des personnes prostituées "sous le contrôle d'un proxénète". Mais les contrevenants ont évidemment peu de peine à expliquer qu'ils n'étaient pas au courant de la situation. En revanche, les noms des hommes pris à s'adonner au sexe tarifé peut être publié par les journaux et sites internet, ce qui a plus que tout autre mesure, un effet dissuasif. Mais malgré tout, il y aurait plus de 1000 maisons closes à Londres, car on considère outre-Manche qu'elles sont ainsi à l'abri des proxénètes.

Et il y a les pays où il n'y a tout simplement pas de lois encadrant la prostitution. C'est le cas en Espagne et en Italie. Résultat, selon un organisme des Nations Unies, "l'Italie est une des premières destinations mondiales pour le trafic de prostituées". Quant à l'Espagne, les maisons closes y sont innombrables, notamment en Catalogne près de la frontière française avec la plus grande maison d'Europe à Gérone, à deux heures de Perpignan.

Finalement, aucun pays n'a trouvé la solution idéale et il est certain que l'on ne peut poursuivre à la fois tous les objectifs. Veut-on moraliser la société, défendre la dignité de la femme, veiller à la santé et à la sécurité des prostitué(e)s, ou démanteler les réseaux mafieux et criminels ? Si ce dernier objectif est privilégié, il faut à l'évidence que la profession puisse s'exercer au grand jour et qu'elle soit contrôlée.

Mais l'on ne dissuadera pas alors, surtout en période de crise économique, un nombre croissant de femmes et d'hommes de faire commerce de leur corps, souvent dans les pires conditions.




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