Connexion

Syndicate content

IVG : l’Eglise catholique fait toujours un blocage

mercredi, 8 avril, 2015 - 09:29

Quarante ans après sa légalisation l'IVG fait toujours débat en France et en Europe. La suppression de la semaine de réflexion obligatoire est critiquée par l'archevêque de Paris. En Belgique, le chef de l’Eglise estime que l'avortement est un drame national.

 

Chronique sur RFI - L'IVG à travers l'Europe 

 

A l'occasion du dernier week-end pascal, les plus haut dignitaire de l'Eglise catholique de Belgique et de France ont multiplié les propos contre l'avortement. En France, l'archevêque de Paris, Monseigneur André Vingt-Trois, "regrette profondément" la suppression du délai de réflexion imposé aux femmes qui souhaitent avorter "et encore plus l'argument qui a été donné de dire qu'un délai de réflexion est déresponsabilisant". Une suppression votée par les députés dans le cadre de la loi sur la santé de Marisol Touraine.

L'homélie de Pâques du primat de Belgique a été plus virulente. Le chef de l'Eglise catholique belge qualifie pour sa part, de "drame" la légalisation de l’avortement il y a un quart de siècle dans son pays. Pour l'archevêque, il y a eu depuis 1990 au moins 300 000 "enfants avortés". Des "agressions" contre des "petits enfants" devenus des "déchets biologiques".

Députée et présidente du Conseil des Femmes Francophones de Belgique, Viviane Teitelbaum estime que ces propos "moyenâgeux" sont d’autant plus scandaleux que "les ventres des femmes n'appartiennent pas à l'Eglise".

En France, la suppression du délai de réflexion pour les femmes ayant décidé d'interrompre volontairement leur grossesse a également été critiquée par l'opposition, notamment dans les rangs de l'UMP, mais en sourdine. La droite républicaine, toute à son unité retrouvée avec le centre, ne souhaitant de toute évidence pas relancer aujourd’hui le débat clivant sur l’avortement.

Marion Le Pen n'a, elle, pas eu cette pudeur en faisant un parallèle entre le délais de rétractation lors de l'achat d'un micro-ondes sur internet et les 7 jours de réflexion pour avorter.

Ce tweet caresse évidemment  dans le sens du poil tous les mouvements pro-life. Electoralement, cette stigmatisation de l'avortement est toujours payante auprès de la frange intégriste de l'électorat FN. Les nostalgiques de Monseigneur Lefebvre qui n'ont toujours pas accepté la loi Veil et l'interruption volontaire de grossesse.

Cela fait pourtant 40 ans qu'une femme a le droit de décider d'avorter si c'est ce quelle veut, ce quelle a décidé. Mais à l'époque, Simone Veil avait dû se battre seule face à une majorité d'élus, députés et même ministres, qui dans son propre camp, étaient fondamentalement hostiles à ce libre arbitre.

Elle avait donc alors été contrainte à des compromis. Ce délais de réflexion d'une semaine en était un, même Simone Veil l'avait officiellement justifié en expliquant qu'il permettrait de faire prendre conscience aux femmes que l'IVG était "une décision grave" ne pouvant être prise "sans en avoir pesé les conséquences". Depuis quatre décennies, les femmes doivent ainsi attendre une semaine de plus alors que, par ailleurs, l'IVG ne peut être pratiquée au delà de la 12ème semaine de grossesse. Un délai d'autant plus insupportable pour les femmes désirant mettre fin à leur grossesse qu'il insinue qu’elles agissent de manière irréfléchie.

L’IVG reste interdit dans de nombreux pays

Mais les Françaises ou les Belges sont loin d'endurer les vivent les Maltaises, les Irlandaises, les Chypriotes et les Polonaises. Le droit de disposer de leur propre corps leur est toujours interdit. Leurs pays continuent d’interdire l'IVG ou d'imposer des conditions drastiques pour pouvoir y recourir.

A Malte, pays catholique extrêmement conservateur concernant l'évolution des mœurs et qui autorise le divorce depuis seulement deux ans, l'IVG reste strictement interdit.

En Irlande, là aussi l'Eglise catholique freine des quatre fers. L'IVG est autorisée que si la vie de la mère est en danger. Une grossesse à la suite d'un viol ne peut être légalement interrompue et, en cas d’avortement illégal, les femmes ou le médecin encourent 14 ans de prison. Néanmoins plusieurs affaires de décès ont conduit le gouvernement à assouplir quelque peu, en 2013, la législation qui permet désormais l’IVG en cas de « risque réel et substantiel pour la vie ». Ce qui n’a pas empêché, en 2014, un refus d’IVG pour une femme victime d’un viol et ayant des tendances suicidaires. Cela dit, les Irlandaises peuvent avorter à l'étranger sans être passible de poursuites, ce que font de milliers d'Irlandaises chaque année.

A Chypre, la situation n'est guère meilleure pour les femmes si ce n'est que l'IVG est autorisé pour des raisons de santé ou en cas de viol. C'est également le cas en Pologne où l'avortement n'est permis que si la grossesse résulte d'un viol ou en cas de malformation du fœtus.

Et en Espagne, l'IVG a été remis en cause il y a deux ans par le gouvernement conservateur. Un projet de loi supprimant quasiment le droit à l'avortement a été approuvé par le Conseil des ministres. Mais finalement, face au tollé général et de nombreuses manifestions géantes, le gouvernement de Mariano Rajoy a fait marche arrière et les Espagnoles peuvent toujours avorter jusqu'à la 14ème semaine de grossesse.

Objection de conscience

En Belgique, on l'a vu, l'avortement est légal jusqu’à 12 semaines de grossesse comme en France. Mais malgré 20.000 interruptions volontaires de grossesse pratiquées annuellement en Belgique, de nombreuses Belges ayant dépassé ce délais se rendent aux Pays-Bas où les femmes peuvent avorter jusqu'à 22 semaines comme en Grande-Bretagne.

De nombreux médecins belges demandent donc une harmonisation de ces délais pour éviter à des femmes d'aller à l'étranger pour avorter. En France aussi, 4 000 femmes ayant dépassé le délai légal sont contraintes d'aller dans les pays où les délais sont plus longs. Mais certainement pas en Italie où l'IVG est légal si "la stabilité mentale ou sociale de la mère est en jeu". Mais de nombreux médecins refusent de pratiquer des IVG en évoquant l'objection de conscience.

La loi ne suffit donc pas. Les mouvements anti-IVG l'ont bien compris en exerçant une pression constante sur les élus et le corps médical.




Pays
Processing...
Thank you! Your subscription has been confirmed. You'll hear from us soon.
Inscrivez-vous pour recevoir directement nos articles par mail.
ErrorHere