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Pour Radio France, France TV, BBC, ZDF, c’est la fin de l’âge d’or

mardi, 14 avril, 2015 - 16:45

La grève à Radio France a révélé le mal-être de l'audiovisuel public soumis à la rigueur budgétaire en France comme en Grèce, en Grande-Bretagne, en Espagne, au Portugal et en Italie et, dans une moindre mesure, en Allemagne. Mais les télés et radios ont jusqu'à maintenant échappé à l'ultime sanction: la privatisation.

 

Chronique sur RFI - L'audiovisuel public en Europe 

 

Confrontées à l'austérité budgétaire, les chaines de télévision et radios publiques européennes doivent faire face à une réduction des financements publics, quand ce n'est pas le risque d'une privatisation pure et simple.

Cette crise de l'audiovisuel public en Europe a atteint son paroxysme lors de la fermeture brutale, le 11 juin 2013, de l’ERT (Radio Télévision hellénique), l’audiovisuel public grec. Les écrans noirs et silence des ondes des 5 chaînes nationales de télévision, 7 radios nationales, 19 radios régionales, 3 orchestres, un site Internet et qui employait 2650 salariés, fait l'effet d'un coup de tonnerre sans précédent en Europe.

Le gouvernement conservateur de l'époque a, par la suite, recréé un nouveau groupe audiovisuel public de taille beaucoup plus modeste, baptisé Nerit – Nouvelle Radio-Internet-Télévision hellénique -.  Quant à l'actuel chef du gouvernement, Alexis Tsipras, il avait promis la réouverture de l'ERT. Mais pris en tenaille entre ses promesses électorales et les créanciers de la Grèce, le gouvernement a prévenu que si ce groupe allait être rebaptisé ERT, il n'était pas question de revenir à "l'ancien régime" et de réembaucher à tout va, l'équilibre budgétaire restant de rigueur.

Mêmes causes, mêmes remèdes

Mêmes causes mais, heureusement, pas mêmes remèdes, à Radio France aussi, la direction veut rééquilibrer les comptes.Radio France prévoit un déficit de 21 millions d'euros cette année. Pour le réduire, son PDG, Mathieu Gallet avait programmé 300 à 380 départs volontaires des salariés les plus âgés sur un effectif total de 4300 personnes. Ceci en plus de l'abandon de la diffusion en grandes ondes, de la restructuration des orchestres, du développement de la publicité et de la création de webradios.

Quant à France Télévisions et ses cinq chaînes, c'est 2,85 milliards d'euros de budget. Privé pour l'essentiel de recettes publicitaires et financé principalement par la redevance, son déficit cette année serait de l'ordre de 10 millions. Ce serait un net progrès par rapport au trou de 40 millions de 2014. La réduction de ce déficit fait suite au plan de départs volontaire et la suppression de 340 postes qui a permis à France Télévisions de passer sous la barre des 10 000 salariés.

Ailleurs en Europe l'audiovisuel public est également mis à la diète et les mesures mises en œuvre sont toujours plus ou moins semblables.

En Espagne, dès 2013, l'enveloppe de soutien direct de l'Etat à la RTVE, la radio et télévision espagnole, a été réduite de 204 millions, soit une baisse des dépenses de 38%. Outre cette dotation, la télévision publique espagnole se finance par le biais d'une taxe sur le téléphone, les médias publics ne pouvant plus depuis 2009 diffuser des publicités commerciales. Cela s'est traduit par de nombreux licenciements.

La télé portugaise échappe de peu à la privatisation

Et chez son voisin ibérique portugais où la réduction des dépenses publiques est particulièrement sévère, le remède envisagé était radical. La Radio-Télévision portugaise échappé de peu à la privatisation. Il y a trois ans, le gouvernement avait prévu de vendre une partie de la RTP, notamment l'une des deux chaines publiques, mais finalement cette vente a été annulée du fait de divisions au sein du gouvernement. Depuis, le gouvernement a limité ses aides directes à la RTP à moins de 50 millions d'euros par an et prés de 500 personnes sur 2000 salariés ont été contraintes de quitter le RTP.

L'essentiel du budget repose désormais sur la redevance. Prélevée sur les factures d’électricité, elle rapporte 140 millions par an. Avec ces maigres ressources, il n'est évidemment plus questions de dépenses somptuaires. Ainsi, quand en décembre dernier, la RTP a voulu acheter pour 18 millions les droits de retransmission de la Ligue des Champions, la sanction est tombée: le gouvernement a demandé au conseil d’administration de la télévision publique de démissionner.

En Italie, la RAI avait espéré un ciel plus clément avec le départ du pouvoir de Silvio Berlusconi, son ennemi juré et par ailleurs patron de trois chaînes de télévision privées. Mais en fait, s'il est vrai que la télévision publique italienne a retrouvé un peu plus de marge de manœuvre vis à vis du gouvernement, les parlementaires ont gardé la mauvaise habitude d'interférer dans sa gestion. Par ailleurs, les plans de départ en préretraites se succèdent depuis trois ans. Mais ce n'est ici pas la volonté de l'Etat, la RAI se finançant par la redevance et la publicité, sans aide publique directe. Cependant ses recettes publicitaires ont diminué  du fait de la crise et de la concurrence de multiples chaines privées nationales et régionales.

La BBC au régime sec

Au Royaume-Uni la BBC est, elle, souvent citée en exemple  pour le redressement de ses comptes. Cette institution nationale, avec huit chaînes de télévision nationales et 54 radios, est le plus grand groupe audiovisuel public au monde. Mais ce vénérable mastodonte (dont le budget pèse deux fois plus lourd que celui de France Télévisions et Radio France réunis) a été le premier en Europe à être mis à la diète.

Depuis le début de la décennie, avec le retour des conservateurs au pouvoir, la "Beeb"  qui emploie plus de 20 000 personnes, soit 42% de plus que l'audiovisuel public français, doit faire face au gel de la redevance qui reste néanmoins élevée (200 euros contre 136 en France). Redevance qui lui a rapporté quand même 4,3 milliards d'euros l'année dernière, ce qui lui permet au groupe d'équilibrer ses dépenses et revenus avec les recettes complémentaires générées par la publicité sur BBC Wordwide et les ventes de programmes à l'étranger. Un rétablissement financier dû à la sévère cure d'austérité mis en place depuis 2011 dont l'objectif final est une réduction de 20% de ses dépenses en 2017.

Pour faire face, ses moyens de production ont été mutualisés et les émissions les plus onéreuses supprimées. La dernière annonce d'économie en date, est la diffusion uniquement sur internet de la chaîne BBC 3. Et, comme ailleurs, les effectifs ne sont pas épargnés. Plus 400 emplois doivent encore être supprimés dans les deux prochaines années, ce qui fera au total 2000 postes en moins depuis 2011.

Reste l'Allemagne. Bénéficiant du dynamisme économique du pays et de la dette publique maitrisée, l'audiovisuel public, financé par la redevance  et la publicité, est relativement épargné outre-Rhin. Ce qui n'a pas empêché Angela Merkel de demander aux 9 chaines publiques régionales du réseau ARD et à la chaîne publique ZDF de faire des économies pour ne pas augmenter la redevance (qui est déjà de 215 euros !).

L'austérité pour l'audiovisuel public allemand reste néanmoins relativement douce comparée aux autres pays d'Europe. Sur un budget de 2 milliards par an, la ZDF a économisé 75 millions d'euros au total depuis 2011. Le réseau international radio et télévision de la Deutsche Welle, financé uniquement par l'Etat, a, quant à lui, dû fusionner ses rédactions.




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