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L’Europe victime expiatoire des migrants morts en Méditerranée

mardi, 28 avril, 2015 - 15:47

Les 23 700 migrants noyés en Méditerranée ces dernières années sont aussi les victimes d'un manque de courage politique des dirigeants des pays européens face à la xénophobie attisée par les partis populistes. 

 

Chronique sur RFI - Les migrants en Méditerranée

 

Face aux naufrages à répétition d'embarcations de migrants tentant de rejoindre les côtes italiennes, l'Union européenne a finalement décidé de tripler le budget consacré à la surveillance de ses frontières navales en Méditerranée. Une mesure largement insuffisante alors que rien n'est fait pour mettre fin au trafic organisé par des passeurs sans foi ni loi.

Les deux derniers naufrages au large de la Libye, les 12 et 18 avril qui ont coûté la vie à 1200 personnes ont contraint les dirigeants européens à réagir. Ils ont triplé le budget alloué à la mission européenne de surveillance "Triton" au large des côtes italiennes.

Mais au delà de l'effet d'annonce, ce triplement est en fait comme un retour à la case départ. Car ce budget correspond au coût de Mare Nostrum, la précédente opération de sauvetage financée uniquement par l'Italie. Rome dépensait alors 9 millions par mois, comme se sont engagés à le faire la semaine dernière les 28 pays de l'Union européenne. Cela va donc coûter en moyenne à peine plus de 300 000 euros par mois et par pays. Soit, pour la France, l'augmentation de son endettement en une minute ! On frise l'indécence humanitaire.

Retour à la case départ

Et pour le moment les pays européens prêts à envoyer des navires supplémentaires sont peu nombreux. La France s'est engagée à mobiliser un navire patrouilleur, un remorqueur de haute mer et des avions de surveillance, l'Allemagne deux navires et la Belgique un seul.

Le Royaume-Uni s'est dit, quant à lui, prêt à envoyer trois navires, mais à la stricte condition que les migrants recueillis soient débarqués dans le pays le plus proche, c'est-à-dire, le plus souvent, l’Italie. Avec interdiction pour eux de demander l’asile en Grande-Bretagne…

De plus, le champ d’action de cette flotte européenne ne sera pas élargi. Elle patrouillera  uniquement dans une zone limitée à 30 milles nautiques de la côte italienne, soit 55 kilomètres.

C'est néanmoins toujours mieux qu'aujourd'hui. Avec un budget 2,9 millions d’euros mensuels, Triton ne disposait jusqu'à présent que de 7 navires: 4 patrouilleurs de haute mer, 1 navire de patrouille côtière, 2 patrouilleurs côtiers ainsi que 4 avions et 1 hélicoptère.

C'était dérisoire comparé à l'opération italienne de sauvetage des migrants "Mare Nostrum" qui avait mobilisé d'octobre 2013 à novembre 2014, plus de 900 militaires, 32 navires avec des hélicoptères, un avion et des drones, avec un rayon d'action de 170 milles nautiques, soit 315 kilomètres. Les Italiens ont ainsi sauvé 100.000 migrants et arrêté 728 passeurs. Autres chiffres qui sont l'illustration de son efficacité comparée à l'opération européenne qui a suivie: alors que le nombre de migrants qui ont rejoint l'Italie est quasiment le même sur les quatre premiers mois de 2014 et 2015, le nombre de noyés est en revanche passé de 90 à près de 1600 !

Inavouable espoir

Les 1200 noyés dans les deux récents naufrages ont péri au large des côtes libyennes où embarquent aujourd'hui des Syriens, Erythréens, Irakiens, Somaliens et Soudanais.

Mais tant que les navires européens seront cantonnés au large des côtes italiennes, ces damnés de la terre seront aussi des damnés de la mer. Les épaves dans lesquels les passeurs les poussent couleront le plus souvent avant même d'avoir atteint la zone où les navires européens sont susceptibles de leur porter secours.

Face à l'importance de ce flux migratoire, nombreux sont ceux qui estiment, comme Nadine Morano, que l'Europe n'a plus les moyens d'accueillir les réfugiés.
Et, de fait, les dirigeants européens misent sur le risque pour les migrants de périr en mer. En privilégiant la surveillance sur le sauvetage et en ne faisant rien pour enrayer le fructueux business des passeurs, ils font de la Méditerranée un cimetière avec l'inavouable espoir que les migrants ne se lanceront plus dans cette aventure suicidaire.

Quant à l'Europe elle a bon dos. L’hypocrisie consiste à mettre en avant sont impuissance. La responsabilité de l'Europe est pourtant celle de ses gouvernants qui, incapables de faire face à la montée de la xénophobie attisée par les partis populistes et nationalistes, n’ont même pas le courage de s'entendre sur le nombre de réfugiés qu'ils seraient prêts à accueillir.

Migration régulée

Lors du sommet européen de la semaine dernière, l'Allemagne était pour un quota par pays, mais les autres dirigeants ayant envisagé d'accueillir 5 000 réfugiés en Europe, Angela Merkel a été la seule à estimer que c'était insuffisant. François Hollande s'était, quant à lui, dit prêt à en accueillir entre 500 et 700 Syriens. Une goutte d’eau alors que trois millions qui ont fui leur pays.

Quant à David Cameron, en pleine campagne électorale pour le renouvellement de son mandat, il n’en veut pas un de plus.

L'Europe est ainsi une nouvelle fois dans l'impasse faute de dirigeants à la hauteur de ce drame humanitaire, même s'ils savent bien que seule une migration régulée et équilibrée entre les pays européens permettrait de réduire la pression migratoire venue d'Afrique et de plus faire de la Méditerranée un vaste cimetière.

En quinze ans, 23.700 migrants ont déjà perdu la vie par noyade ou par asphyxie dans les cales de leurs embarcations de fortune en tentant de rejoindre l'Europe par la mer.




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