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Sécurité routière: la France obnubilée par la vitesse

mardi, 12 mai, 2015 - 12:56

La France teste la limitation de vitesse sur les routes à 80 km/h. D'autres pays en Europe n'ont pas tout misé sur la peur du radar pour réduire la mortalité routière. Avec succès.

 

Chronique sur RFI - Les limitations de vitesse 

 

Les radars et la vitesse au volant sont sans nul doute les sujets de prédilection des Français. Avec inévitablement la comparaison des radars à la française avec le no-limit des autoroutes allemandes. Mais les adeptes fast and furious du pied au plancher devront plus que jamais ronger leur frein.

Bernard Cazeneuve, vient d'annoncer une limitation à 80 km/h sur quelques rares portions (81 km seulement au total) de route nationales (RN 7, RN 151 et RN 57) "très accidentogènes".

Le ministre de l’intérieur veut ainsi vérifier qu'une baisse de 10km/h de la vitesse permettrait d’éviter 350 à 400 décès par an comme l'affirment les experts du conseil national de sécurité routière (CNSR).

Il avance cependant avec la plus grande prudence, alors que, selon les sondages, deux-tiers des Français sont contre cette nouvelle réduction de la vitesse. Ceci alors que le nombre de morts sur les routes françaises est reparti à la hausse l'année dernière malgré un nombre record de retraits de points et d'amendes pour excès de vitesse.

Le nombre de tués sur les routes françaises avait pourtant été divisé par deux depuis 2002, mais avec 3.388 morts, 2014 , soit une augmentation de 3,7% par rapport à 2013, on s'éloigne de l'objectif gouvernemental de réduction du nombre de morts à moins de 2 000 par an d’ici à 2020.

A l'inverse, l’Allemagne – qui protège ses puissantes berlines – refuse d’axer sa politique de sécurité routière sur la vitesse. On peut donc rouler sur les autobahn sans avoir le nez rivé sur son compteur.  Mais attention, une vitesse de 130 km/h est néanmoins "recommandée" et, en cas d'accident, le non respect de cette recommandation peut être retenu contre l'automobiliste. De plus, la vitesse est limitée sur de nombreux tronçons d’autoroute jugés dangereux. Et gare alors à qui la dépasse ! Les amendes peuvent dépasser les 600 euros. Quant aux routes, la vitesse y est cette fois limitée, mais seulement à 100 km/h.

Belles et gratuites autoroute allemandes

Les autoroutes et les routes allemandes sont-elles pour autant plus dangereuses ?  Pas vraiment. Six personnes pour 100.000 habitants meurent dans accident de la route en Allemagne contre près de 9 en France.

Mais cette sécurité sur les autoroutes publiques et gratuites allemandes a un coût: 300.000 euros par an pour la maintenance d’un kilomètre, soit deux fois plus que pour les autoroute privées et payantes françaises… Cherchez l'erreur.

A l'inverse, le réseau secondaire est dans l'ensemble en moins bon état que le réseau français qui est pourtant beaucoup plus important, avec plus de 940 000 kilomètre contre 615 000 kilomètres outre-Rhin, alors que l'Allemagne représente en superficie moins des deux-tiers de la France.

Les routes britanniques sont également relativement sûres avec 5,6 tués pour 100 000 habitants. Certains adeptes du particularisme anglais en concluront que la conduite à droite est plus sécurisante maid, plus sérieusement, c'est sans nul doute la politique de prévention qui est particulièrement efficace outre-Manche.

Bien avant la France, et avec des images chocs d'accidents mortels, la Prévention routière britannique a multiplié des spots télé et cela a calmé les fous du volant.

Les Néerlandais champions du volant

Avec 4,6 décès sur ses routes pour 100 000 habitants, les Pays-Bas reste néanmoins le pays où il y a moins d'accidents mortels. Sans doute parce que le pays est parfaitement plat et que les embouteillages y sont nombreux… Les Néerlandais devancent de peu les Suédois.

A l'opposé, le pays où il est recommandé de faire sa prière avant de prendre la route, c’est la Pologne. Les Polonais sont trois fois plus nombreux que les Néerlandais à perdre leur vie sur la route.

Cela dit, on ne peut nier que la politique répressive en France a été efficace. La peur du gendarme et des radars a contraint les chauffards à lever le pied, ce qui a réduit le nombre d'accidents.

Mais cette politique a atteint ses limites. Elle est aujourd'hui considérée comme injuste alors que les dépassements de vitesse minimes et non dangereux engendrent l'essentiel des amendes et des suppressions de points. De plus, ces amendes ne servent pas à financer l'amélioration du réseau routier mais à renflouer les caisses de l'Etat. L’amende est donc perçue le plus comme une taxe injuste n'ayant plus aucune vertu préventive.

Pas de solution miracle

Réduire de nouveau la vitesse maximale peut sans nul doute contribuer à réduire le nombre de victimes mais pour être acceptée par les automobilistes les autres facteurs d’accidents doivent également être pris en compte.

La Prévention routière en a retenu 9 principaux : l'alcool, la vitesse, les distances de sécurité, le téléphone au volant, la somnolence, le défaut de ceinture, les obstacle fixes, les drogues ou médicaments et l'absence de permis.

On pourrait notamment rajouter l'état du réseau routier. Et la Prévention routière se refuse à "établir de hiérarchie entre tous ces facteurs d’accident" qui souvent se cumulent. Il faut donc agir sur tous ces facteurs et non pas sur ceux qui sont le plus facile à sanctionner, comme la vitesse.




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