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Asile et réfugiés: la France est devenue inhospitalière

mardi, 19 mai, 2015 - 16:29

L'UE prépare une opération navale pour "identifier et mettre hors d'état de nuire" les passeurs de migrants clandestin en Méditerranée. Une alternative aux quotas de réfugiés refusés notamment par la France où le droit d'asile est accordé au compte-gouttes. 

 

Chronique sur RFI - L'accueil des réfugiés en Europe 

 

L’Union européenne a lancé hier une opération navale contre les réseaux de trafiquants en Méditerranée. Baptisée "EU Navfor Med", elle doit permettre "d’identifier, capturer et mettre hors d’état de nuire" les embarcations utilisées par les passeurs. Dans un premier temps, cette opération coordonnée par un amiral italien, se contentera de patrouilles et des missions de surveillance et de renseignement au large de côtes libyennes. Ceci dans l'attente d'un feu vert de l'ONU pour pouvoir passer à la phase opérationnelle.

Dans le même temps en France, la réforme du droit d'asile imposée par une directive européenne est examinée cette semaine au Sénat. Les Sénateurs veulent durcir le texte. Pourtant la France n'est plus vraiment une terre d'accueil pour les migrants.

Et en affirmant – également hier – qu'il "n’est pas question qu’il y ait des quotas d’immigrés, parce que nous avons des règles" sur "le contrôle des frontières et des politiques de maîtrise de l’immigration", François Hollande a, après Manuel Valls, laissé peu d'espoir aux réfugiés de trouver refuge en France. Le chef du gouvernement, avait, le premier, pris à contre-pied Bernard Cazeneuve. Le ministre de l'intérieur ayant, quant à lui, affirmé que France soutenait le principe de quotas obligatoires de réfugiés entre les pays de l'Union européenne proposé par l'exécutif européen.

Une "folie" pour Nicolas Sarkozy et Viktor Orban

Ceci d'autant plus que cela s'inspirait selon lui d'une proposition faite par la France. A l'inverse, pour Manuel Valls, cela "n'a jamais correspondu aux propositions françaises". Cette cacophonie gouvernementale illustre une nouvelle fois un manque de courage politique. Face aux drames humains en Méditerranée, bon nombre de responsables politiques, au pouvoir comme dans l'opposition s'interdisent de faire preuve d'un minimum de compassion de peur d'apparaître comme laxistes. 

Le premier ministre a bien tenté de rectifier le tir en évoquant une répartition "plus équitable" des réfugiés en Europe, mais c'était trop tard. Dans l'opposition, Nicolas Sarkozy avait déjà fait de la surenchère en expliquant que ces quotas étaient une "folie" la France ne pouvant  accueillir "des gens pour lesquels nous n’avons pas d’argent, pas de travail et pas de logement". Quant à Marine Le Pen, fidèle à elle même, elle dénonce la politique "d'immigration massive" de l'Union européenne soutenue par "l'UMPS"…

Pourtant la Commission européenne propose simplement avec ces quotas un peu plus de solidarité entre les pays de l'UE basée sur une répartition du nombre des demandeurs d'asile entre les différents pays de l'Union européenne selon la richesse, le nombre de chômeurs et la taille des pays de l'UE. L'idée de la Commission est de répartir chaque année à travers l'Union européenne 20.000 migrants arrivant sur les côtes européennes. 18% iraient ainsi en Allemagne, 14% en France, 12% en Italie, et 9% en Espagne…

L'Allemagne fait honte à la France

La France n'est pas la seule ni la première à être hostile à ce projet. Avant la France, le Royaume-Uni, la Hongrie ou la République tchèque, avaient déjà exprimé leur refus de ces quotas obligatoires. Ainsi, comme Nicolas Sarkozy, le chef du gouvernement  hongrois, le très nationaliste Viktor Orban, avait jugé cette idée "folle", ceci alors que les pays d'Europe centrale n'accueillement pratiquement aucun réfugié de Méditerranée. A l'inverse, l'Allemagne, la Suède, l'Italie, la France, le Royaume-Uni, et les Pays-Bas, accueillent la plus grande part des demandeurs d’asile en Europe.

Des demandes d'asile en forte augmentation avec l'afflux de réfugiés d'Irak, Libye, Syrie et, plus récemment Erythréens. Le nombre total de demandes d'asile en Europe est ainsi passé de 332 000 en 2012 à 434 000 en 2013, puis a explosé en 2014 avec 625 000 demandes. Et, selon les derniers chiffres l'office des statistiques de l'Union européenne Eurostat, les Syriens ont été, à eux seuls, 123 000 en 2014 à demander asile dans un pays de l'Union européenne, soit 20% du nombre total de demandeurs.

L'Allemagne le pays qui accepte le plus de demandeurs d'asile. Sur 203 000 réfugiés, 42% l'ont obtenu l'année dernière. Ils sont notamment  Syriens, et Érythréens.

Phobie de l'invasion

Mais avec plus de 81 000 demandes, la Suède est, proportionnellement à sa population, encore plus généreuse. Elle a accepté 77% des 81 000 demandes d'asile des réfugiés sur son sol. Vient ensuite l'Italie, pays d'arrivée des migrants qui échouent sur ses côtes. 65 000 y ont demandé l'asile en 2014 et 59% l'ont obtenu.

Presque autant de réfugiés demandent encore asile en France, mais sur les 63 000 demandes, seulement 22% obtiennent ce vital sésame.

Phobie de l'invasion, rejet de l'étranger, refus d'accueillir toute la misère du monde, ont fait du pays des droits de l'homme une nation inhospitalière contrairement à ce que voudraient faire croire les idéologues nationalistes et populistes. Ainsi la France est l'un des rares pays d'Europe où les demandes d'asile diminuent. Elles étaient en recul de 5% l'année dernière alors que dans le même temps, elles augmentaient de 60% en Allemagne et de plus de 50% dans 9 autres pays européens

Un dernier chiffre résume la situation: sur  les 122 800 Syriens ayant demandé en 2014 l'asile en Europe, seuls 2084 l'ont fait en France… Soit 1,7% des réfugiés d’un pays ayant été administré par la France pendant plus de 20 ans entre les deux guerres mondiales…


Article initialement publié le 19 mai et actualisé le 20 mai à 13h24 avec les dernières déclarations de François Hollande sur les quotas.




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