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Fin d’UberPop en France, et demain en Europe ?

mercredi, 1 juillet, 2015 - 16:08

UberPop, c'est terminé en France et l'avenir de ce service de covoiturage payant dans les métropoles européennes est très incertain. Les taxis vont maintenant propablement repartir en guerre contre VTC pour tenter de retrouver coûte que coûte leur monopole dans les rues des métropoles du Vieux continent.

 

Chronique sur RFI - UberPop dans le collimateur des taxis européens 

 

Thibaud Simphal, le directeur général d'Uber France, a annoncé le 3 juillet  la "suspension" d'UberPop en France. Il renonce à ce service "pour préserver la sécurité des chauffeurs Uber" qui "ont été victimes d’actes de violence ces derniers jours". Les taxis sont mobilisés contre UberPop dans plusieurs pays européens, mais le conflit n'a jamais été aussi violent qu'en France lors des manifestations anti-UberPop de la semaine dernière à Paris.

Mais cette fronde contre Uber qui ne se limite pas à l'Europe. En Inde, en Thaïlande, en Corée du sud, en Thaïlande, à Taïwan ou même en Californie, les recours en justice sont nombreux. Que ce soit pour interdire UberX qui propose des VTC, ou sa déclinaison UberPop qui se veut être un service de covoiturage payant. Ceci pour de multiples raisons qui varient selon les villes ou les pays.

Cela peut être pour exercice illégal de la profession de taxi, pour concurrence déloyale, pour pratiques trompeuses, pour non-respect de règles de sécurité ou du droit du travail. Des recours qui aboutissent souvent. Cela peut aller jusqu'à l'interdiction pure et simple d'UberPop, comme en Espagne, aux Pays-Bas et en Inde.

Interdiction en Allemagne et au Portugal

En Allemagne, l'application UberPop a également été interdite en mars dernier par le tribunal régional de Francfort. Les juges allemands ont estimé qu'en mettant en relation des particuliers et des conducteurs non professionnels sans autorisation officielle tout en fixant les prix des courses, Uber ne pouvait pas prétendre être une simple entreprise de covoiturage. De plus, ce jugement stipule que l'application UberPop devait être interdite au niveau national puisque l'on peut l'utiliser avec un smartphone partout en Allemagne. Mais Uber a, comme ailleurs, fait appel.

Au Portugal, c'est le site internet d'Uber qui est visé. Le tribunal civil de Lisbonne vient d'ordonner sa fermeture ainsi que ses applis smartphone.

En France, le gouvernement et le chef de l'Etat ont estimé illégal UberPop et  les Boers, la police des taxis, avait été mobilisée ces derniers jours. Ses 83 agents avaient reçu le renfort de 220 fonctionnaires de police pour traquer les chauffeurs UberPop. L'effet avait été immédiat. Les chauffeurs n'avaient pas pris le risque de lourdes amendes et ne prennent plus le volant.

Uber calme le jeu

Pourtant, au lendemain de la manifestation des taxis, Uber leur avait fait un pied de nez en organisant à Paris deux sessions d’information et de recrutement pour les nouveaux chauffeurs d'UberPop. Mais depuis les deux principaux responsables d'Uber, Thibaud Simphal et Pierre-Dimitri Gore-Coty, le directeur pour l’Europe de l’Ouest d’Uber, ont, par la suite, préféré calmer le jeu alors qu'il seront jugés le 30 septembre en correctionnelle pour "pratique commerciale trompeuse, complicité d’exercice illégal de la profession de taxi et traitement illégal de données informatiques".

Ceci au titre de la loi interdisant votée le 1er octobre 2014 interdisant de transporter à titre onéreux des personnes "sans être ni des entreprises de transport routier […], ni des taxis, ni des voitures de transport avec chauffeur". Pourtant cette loi n'est pas applicable pour le moment, la cour d'appel de Paris se refusant à statuer tant que le Conseil constitutionnel n'a pas validé le délit de "mise en relation de clients pour un service de covoiturage payant". 

Mais il n'y a pas qu'UberPop dans la ligne de mire des taxis français. Ils protestent également contre la concurrence des véhicules avec chauffeur. Pour eux, les VTC faussent le marché car ils ne paient pas de licence et prennent toujours des clients. Or à Paris, cette licence, ils l'ont achetée à prix d'or, jusqu'à 240 000 euros !

Londres capitale des VTC

La France compte aujourd'hui un peu plus de 51.000 taxis, dont près d'un tiers à Paris. Ils sont 16.600 dans la capitale et de la petite couronne, soit un taxi pour 390 habitants. Le nombre de véhicules VTC, avoisine, lui, les  2000.

C'est nettement moins qu'à Londres où les compagnies de véhicules avec chauffeur pullulent et ont dépassé, et de loin, le nombre de "blacks cabs". Il y a 22.168 taxis enregistrés à Londres, soit un pour 374 habitants. C'est donc un peu moins qu'à Paris. Mais, si l’on y ajoute les 49.854 voitures privées, – notamment les "mini-cabs " qu’il faut réserver – alors là, tout change puisque que cela fait un véhicule faisant office de taxi pour 115 londoniens !

On ne les distingue des traditionnels "cabs" qu’à l’autocollant posé sur leur vitre arrière précisant qu'il s'agit d'une "location privée avec pré-réservation uniquement".

Mais ils ont un avantage décisif : ils sont moins chers que les taxis traditionnels et surtout, on connaît – comme pour UberPop –  le tarif de la course au moment de la réservation. Pour les taxis traditionnels, une course de dix minutes coûte généralement autour de 12-13 euros contre 9 euros avec un VTC, une course de trente minutes autour de 30 euros contre 25 euros.

Reste à savoir si UberPop et les VTC expliquent, à eux seuls, les difficultés actuelles de taxis. En fait, ces nouveaux concurrents cristallisent aussi un malaise antérieur à leur arrivée. Ainsi à Rome, où il y a 8.000 taxis, soit deux fois moins qu'à Paris, le syndicat des taxis affirme qu'avec la dégradation de la situation économique, ils ont perdu depuis 2007 près de la moitié de leur chiffre d’affaires et qu'ils doivent maintenant travailler sept jours sur sept pendant 9 heures en moyenne.

A Berlin, ça roule !

Il n'y a qu'à Berlin que cela roule mieux pour les taxis. On circule assez facilement dans la capitale allemande. Les taxis prennent donc plus souvent des clients, n'étant pas scotchés pendant des heures dans des embouteillages. L’Allemagne compte 50.000 taxis dont 7.600 à Berlin, soit 1 taxi pour 484 Berlinois. Dans l'absolu, c'est peu et pourtant on trouve un taxi facilement dans la capitale allemande. Cela prouve que la fluidité de la circulation est essentielle pour les taxis.

Autre avantage des taxis berlinois, ce sont toujours des voitures récentes, propres et bien entretenues. Un exemple à suivre pour leurs collègues parisiens avant de jeter la pierre – au propre comme au figuré – sur leurs concurrents. Avec le sourire en plus, une bouteille d'eau les jours de canicules pour leurs clients et la généralisation des applications smartphone, notamment pour les taxis indépendants qui ne sont pas encore abonnés à des centrales de réservation proposant la géolocalisation, ils pourraient certainement regagner bien des courses perdues.




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