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Le scandale Volkswagen remet en cause le diesel en Europe

mercredi, 30 septembre, 2015 - 17:46

Le premier constructeur mondial pris en flagrant délit de falsification des mesures de pollution, voilà qui fragilise une construction automobile européenne produisant 40% de véhicules diesel. Tous les marchés nationaux sont impactés, mais certains beaucoup plus que d’autres.

 

Chronique sur RFI - La crise du diesel 

 

Volkswagen, premier producteur automobile mondial et premier constructeur de véhicules diesel, vient de se faire prendre par l’administration américaine en flagrant délit de falsification des mesures de pollution. Plus précisément, la firme de Wolfsburg est convaincue d’avoir intégré dans les ordinateurs de régulation de ses moteurs diesel un logiciel minimisant considérablement les émissions de dioxyde de carbone au moment des tests de contrôle.

Si l’on n’a pas encore démontré que des mécanismes analogues ont été installés sur des véhicules d’autres marques, on sait de toute façon que plusieurs tests effectués, notamment en Europe, ont montré que les émissions des véhicules diesel étaient cinq fois supérieures aux normes européennes lorsque les mesures étaient effectuées en condition réelle d’utilisation.

Des test systématiquement faussés

En fait, les tests d’homologation ne sont pas du tout probants car ils sont effectués en condition très optimale et les constructeurs ont de multiples astuces pour minimiser les émissions. Tels qu’ils sont pratiqués en Europe, ces test ne permettent donc pas de vérifier si les normes européennes sont respectées. Ce qui donne à penser que le « diesel propre » est un mythe, sinon une escroquerie. Or les constructeurs européens ont fait de slogan l’axe principal de leur communication depuis quelques années.

Alors que l’opinion publique prend vraiment conscience des conséquences du changement climatique et de la nécessité de réduire drastiquement la pollution, on comprend l’importance de cette stratégie : en 2014, les constructeurs européens ont équipé en diesel 40% des véhicules qu’ils produisaient tandis que ce type de motorisation représentait 53% du marché européen.

La France n’est plus le champion du diesel

Jusqu’en 2012, la France constituait le marché le plus dieselisé d’Europe puisque ce type de motorisation représentait 73% des immatriculations de voitures neuves. Mais la donne a récemment évolué. L’an dernier, cette part du diesel n’était plus que de 64% dans l’Hexagone,  alors qu’elle atteignait 65% en Espagne et plus de 70% au Portugal et en Irlande. De surcroit, sur les sept premiers mois de 2015, le chiffre français est même tombé à 58%. On est encore cependant au dessus de la proportion de véhicules diesel vendus l’an dernier en Italie (55%) au Royaume-Uni (50%) ou en Allemagne (48%).

Par ailleurs, on parle depuis longtemps d’une fiscalité française hyper-favorable au diesel. Cela reste vrai, mais la France ne se distingue moins de ces voisins. A 1,18 € le litre en moyenne à la mi-septembre, le diesel y reste certes beaucoup moins cher en France qu’au Royaume-Uni (où il coûte 1,50 €), en Italie (1,45 €) ou en Suisse (1,37 €). Mais il est plus cher qu’en Espagne (1,11 €) et, ce qui est moins connu, plus cher qu’en Allemagne où il est vendu 1,13€.

Surtout, l’écart entre diesel et sans plomb 95 se resserre. Le diesel est 11% moins cher dans l’Hexagone. Mais il coûte 15% de moins en Belgique, 17% de moins en Allemagne et 20% de moins aux Pays-Bas. Cela dit, on est toujours très loin de la situation suisse ou le diesel se paie 2 centimes d’euro… de plus que l’essence !

La « dédieselisation » sera lente

La tendance à la « dédieselisation » – notamment en France – est inexorable mais le chemin promet d’être long. Car si les Français achètent moins de véhicule diesel, le parc existant est équipé à 68% en diesel. Reste que l’opinion est de moins en moins favorable à ce carburant et que les initiatives tendant à limiter voire interdire le diesel dans les villes se multiplient.

On a entendu récemment la Maire de Paris Anne Hidalgo se donner pour objectif d’une capitale sans Diesel à l’horizon 2020. En Allemagne, on sait que 40 villes – dont Berlin – limitent déjà sévèrement l’usage des véhicules diesel.

Un autre facteur, industriel celui là, pousse à la sortie du diesel. Les compagnies pétrolières européennes, tout spécialement en France, cherchent à redynamiser leurs activités de raffinage. Or les raffineries françaises, conçues à l’époque où l’essence dominait le marché, produisent beaucoup plus d’essence que de gazole. Du coup, l’Hexagone importe 50% du gazole qu’il consomme et exporte 35% de l’essence qu’il produit en excédent.

Un reflux du diesel, ce pourrait être aussi un moyen de consommer « français », en quelque sorte …




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