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La sécurité routière marque le pas en Europe

mardi, 6 octobre, 2015 - 13:10

Constatant une reprise de la mortalité routière, le gouvernement français vient d’annoncer en fin de semaine dernière un nouveau train de 22 mesures.  Après avoir divisé par deux en quinze ans le nombre d’accidents mortels, l’ensemble de l’Europe voit également ses résultats marquer le pas. Avec des nuances. 

 

Chronique sur RFI - La sécurité routière 

 

500 nouveaux radars, 10.000 « leurres », drônes pour détecter les conduites « à risques, intensification des tests d’alcoolémie ou des test salivaires pour dépister l’usage de stupéfiants… sans compter  les dispositions visant à s’attaquer à l’hécatombe des motards allant du contrôle technique renforcé à l’obligation du port des gants. Les 22 mesures annoncées vendredi par le premier ministre Manuel Valls sont censées faire repartir à la baisse le nombre des victimes de la route afin de redonner au pays les moyens de passer sous le seuil des 2000 morts sur la route en 2020.

Depuis 2010, on était bien parti pour atteindre cet objectif. Mais, en 2014, 3.384 personnes ont perdu la vie sur la route, soit 116 de plus qu’en 2013 et une hausse de 3,5%. Et cela continue : sur les huit premiers mois de 2015, le nombre de décès survenus dans les 30 jours suivant l’accident est encore en hausse de 4,6% sur la même période de l’an dernier.

Une rechute aux causes diverses

Et ce n’est pas une spécificité française. Si la mortalité routière dans l’Union européenne continue de diminuer, la baisse n’y a été que de 0,6% en 2014 contre un recul de 8% l’année précédente. De surcroît, à l’instar de la France, cette mortalité augmente de nouveau dans des grands pays comme l’Allemagne (+ 1%) et surtout le Royaume-Uni (+ 4%).

Les causes de ces rechutes sont diverses. Du moins si l’on en croit les explications fournies dans chaque pays. En France, on pointe du doigt l’augmentation des infractions, notamment pour excès de vitesse et surtout pour conduite alcoolisée. En Allemagne, on accuse l’hiver clément et le printemps ensoleillé, des facteurs diminuant la prudence des automobilistes. En Grande-Bretagne, les associations incriminent la baisse des crédits de la sécurité routière ainsi que la montée des débats sur le relèvement de certaines limitations de vitesse.

Mortalité : la France dans la moyenne

Si l’on se réfère aux données publiées par l’ETSC (European Transport Security Council), la France se situe exactement dans la moyenne européenne de 51 morts pour un million d’habitants. C’est un taux nettement moins bon qu’en Allemagne (42 morts), qu’en Espagne (36 morts) et surtout qu’au Royaume-Uni ou en Suède où la mortalité n’est que de 28 pour un million. A l’inverse, parmi les pays qui font moins bien, on  trouve l’Italie (avec 55) ou la Belgique (avec 64). Sans parler de la plupart des pays de l’Est qui dépassent allègrement 80 morts avec, en champion absolu, la Lettonie (106 morts).

La France est cependant un mauvais élève en ce qui concerne les motos. La situation y est vraiment préoccupante avec près de 20% de motards parmis les tués sur la route contre une moyenne européenne inférieur à 15%. Quasiment tous les pays font mieux que la France, à l’exception de l’Italie. On comprend mieux les mesures spécifiques aux deux roues annoncées par Matigon.

On constate en revanche que la France enregistre de bons résultats en matière de diminution des blessés graves sur la route, ceux qui nécessitent plus d’un jour d’hospitalisation. Depuis 2010, le nombre de ces blessés y est en effet en baisse de 12% et seule l’Espagne fait mieux avec une chute de 16%. Pour l’Europe, la baisse n’est que de 1,5% et l’Allemagne a même vu s’accroître de 7% le nombre de ses blessés. Des blessés qui sont en outre beaucoup plus nombreux outre-Rhin qu’ailleurs.

L’alcool, fléau absolu dans l’Hexagone 

Reste que la vraie faiblesse française, c’est la boisson. L’excès d’alcool est à l’origine de près de 30% de décès sur la route en France. Un chiffre effrayant dans la mesure où l’alcool ne cause en moyenne qu’un décès sur dix en Europe. Concrètement, sur les 2.600 décès dûs à l’alcool en 2013 dans toute l’Union européenne, plus du tiers se sont tués en France ! Même si l’on considère un pays réputé pour son intempérance comme la Pologne, on y trouve moins de 9% de tués sur la route du fait d’une alcoolémie excessive.

On ne doit bien sûr pas en déduire que l’Hexagone est le royaume des alcooliques. La réalité est que la consommation d’alcool y est plus culturelle et donc plus générale. Alors que les habitudes de consommation très excessive d’alcool se rencontrent dans les pays du nord ou au Royaume-Uni (ce que l’on appelle le « binge drinking »), la France est un pays ou beaucoup de gens boivent « un peu » mais régulièrement. Or, s’il faut être parfaitement irresponsable pour prendre le volant avec 2 grammes d’alccol dans le sang, on prend beaucoup moins garde si l’on n’accuse à l’éthylotest que 0,4 ou 0,5 grammes.

Les autoroutes allemandes plutôt dangereuses

Pour conclure ce panorama par une note plus rassurante, il faut savoir enfin que l’autoroute est un lieu relativement sûr en France puisque seulement 7% des accidents mortels s’y produisent. C’est un peu plus qu’au Royaume-Uni (5%) mais c’est un taux inférieur à l’Italie (10%) ou à l’Allemagne (12%) et c’est beaucoup moins qu’en Espagne (17%). Notons aussi que ces chiffres démontent les arguments des adversaires des limitations de vitesse : l’inexistence de celle-ci  sur une petite portion des autoroutes allemandes n’est manifestement pas sans conséquence sur le taux plutôt élevé des morts sur autoroute Outre-Rhin.




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