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Chômage: l’Europe commence à s’en sortir… sans la France

mardi, 10 novembre, 2015 - 12:21

En dépit de la baisse annoncée pour septembre, le taux de chômage stagne à un niveau élevé en France. La situation de l’emploi est pire dans les pays du sud mais, au moins, elle s’améliore depuis plusieurs mois.  

 

Chronique sur RFI - L'emploi en Europe 

 

Il y a quinze jours, l’annonce d’une baisse de 24.000 du nombre de demandeurs d’emplois en septembre pouvait faire espérer un début d’embellie sur le front du chômage en France. Hélas, les prévisions de la Commission européenne rendues publiques jeudi dernier ont fait l’effet d’une douche froide. Selon les experts de Bruxelles, le taux de chômage dans l’Hexagone devrait rester inchangé en 2015 et en 2016 – à 10,4% selon les calculs harmonisés de la Commission – et il devrait de surcroit à peine diminuer en 2017.

La France reste donc un mauvais élève de la classe européenne. Si l’on prend les derniers chiffres harmonisés de l’office européen des statistiques Eurostat, ceux du mois d’août, l’Hexagone se classe 21ème sur 28 pays avec un taux de chômage de 10,8%. On peut essayer de se rassurer en se disant que sept pays font pire, notamment la Grèce et l’Espagne (25,2 et 22,2 %) mais aussi l’Italie et le Portugal (11,9 et 12,4%).

Bref, très clairement, les mauvais élèves sont au sud de l’Europe tandis que les bons sont au nord : d’abord le meilleur, l’Allemagne, avec un taux de 4,5%, le Royaume-Uni (5,5%), le Danemark ou encore les Pays-Bas (6,3 et 6,8%). En gros, les pays qui ont été ravagés par la crise ont du mal à se rétablir.

Partout ailleurs, la courbe s’inverse

Le problème, c’est que la récession de la France n’a pas été si sévère que cela en 2009 mais son marché de l’emploi semble frappé de langueur et c’est pratiquement le seul à ne pas s’améliorer. Depuis 2013, pratiquement tous les autres pays ont connu la fameuse inversion de la courbe du chômage.

Si l’on regarde les chiffres d’Eurostat depuis un an, on constate que le nombre de chômeurs dans la zone euro a diminué de près de 900.000 personnes. Rien qu’en Espagne, il y a 430.000 chômeurs de moins qu’au mois d’août 2014, et la diminution atteint  200.000 au Royaume-Uni et 160.000 en Italie. A l’inverse, la France compte 150.000 chômeurs de plus et le seul pays qui ait connu une dégradation équivalente en proportion de sa population est la Finlande avec 26.000 sans emplois supplémentaires.

Croissance lente et marché du travail rigide

Il faut dire que la croissance française tourne actuellement autour de 1% et seuls quatre pays de l’Union européenne font moins bien. Parmi eux, l’Italie, dont le PIB s’accroit d’un très faible 0,5% est un exemple intéressant. Ce pays créé des emplois malgré une croissance deux fois plus lente que celle de la France. Mais le chef du gouvernement Matteo Renzi est parvenu à faire adopter fin 2014 une réforme du marché du travail audacieuse qui limite les possibilités de recours judiciaires en cas de licenciement et instaure surtout un contrat à protection croissante. Ce à quoi songeait d’ailleurs Nicolas Sarkozy en 2007 mais qu’il n’a jamais réalisé.

Donc, la rigidité du marché du travail est un facteur explicatif important puisque, chez la plupart de nos voisins (à l’exception de la Belgique et de la Suède), cela coûte moins cher de licencier et les patrons peuvent plus facilement prendre le risque d’embaucher. Mais il est un autre facteur tout aussi déterminant, c’est la confiance en l’avenir.

L’indice du sentiment économique publié par Eurostat montre que la France est loin derrière ses partenaires à l’exception de la Grèce et de la Finlande. Notons que ce dernier pays est en récession du fait de la crise russe et que son gouvernement n’est pas parvenu à faire accepter un nouveau pacte social visant à abaisser les coûts du travail.

Jeunes et seniors : moins catastrophique qu’on ne le dit

En France, 42% des chômeurs sont sans emploi depuis plus d’un an. C’est beaucoup, mais en Italie, en Espagne, au Portugal, on trouve des taux de 50, voire de 60%. C’est ce que montre une étude comparative de l’INSEE publiée la semaine dernière. Par ailleurs, toujours selon l’INSEE, on observe en Europe un début d’amélioration sur le front du chômage des jeunes, y compris en France où 24% des jeunes sont sans emploi.

C’est plus que la moyenne européenne de 22% mais évidemment beaucoup moins que le chômage des jeunes en Italie (45%) et en Espagne (52%). Il faut néanmoins relativiser ces taux très élevés qui reflètent d’abord le fait qu’une très forte majorité des 15-24 ans  – 62% en France et jusqu’à 84% en Italie – ne sont pas en activité car ils poursuivent des études. Voilà pourquoi, sur la totalité de la classe d’âge des 15-24 ans, les jeunes chômeurs ne sont que 7% en France.

En ce qui concerne les seniors, le taux d’activité des 55-64 ans progresse en Europe (à 54%), y compris en France où il atteint désormais 47%. Mais l’on reste très éloigné de l’Allemagne où deux seniors sur trois sont actifs. Contrairement aux idées couramment véhiculées, le taux de chômage de ces seniors en activité est en général inférieur au taux de chômage global : il n’est que de 7,5% en France contre 10,8% pour l’ensemble de la population. En Italie, l’écart est encore plus manifeste (6% contre 12%).

Attention au biais du temps partiel

Malgré des différences de croissance, de compétitivité, de législation du travail, le retard de l’économie française n’est quand même pas tel qu’il justifie un chômage plus de deux fois supérieur à celui de l’Allemagne ou du Royaume-Uni. La grande différence est le travail à temps partiel, beaucoup plus développé Outre-Rhin et Outre-Manche qu’en France, et qui a pour effet de faire sortir du chômage beaucoup de gens dès lors qu’ils travaillent un petit peu.

En fait, les disparités ne sont plus si fortes entre les trois pays si l’on prend en considération le nombre de personne qui travaillent à plein temps : elles représentent 57,5% de la population en Allemagne et au Royaume-Uni et 56,5% – soit presqu’autant – en France.  




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