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Le terrorisme, coup dur ou coup de pouce pour la croissance ?

mardi, 24 novembre, 2015 - 14:45

Réservations annulées, magasins désertés, les attentats de Paris vont-ils porter un coup à la reprise en France et en Europe ? L’histoire nous enseigne que le risque est faible. Quant aux dépenses de sécurité annoncées, elles pourraient avoir un effet stimulant. 

 

Chronique sur RFI - L'économie face au terrorisme 

 

Dix jours après les attentats de Paris, la France est encore traumatisée et Bruxelles est en état de siège depuis ce week-end. Malgré quelques « couacs » politiques, les criminels n’ont pas réussi à entamer l’unité nationale et l’état d’urgence a été voté en France pour une durée – exceptionnelle – de trois mois.

Mais, au delà de l'émotion, certains commencent à se demander si les terroristes – dont le but avoué est de déstabiliser nos sociétés – ne vont pas réussir à porter un coup à nos économies dont la reprise est encore très fragile.

Une désaffection touritique… provisoire ?

Avec une hausse de 0,3% du PIB au troisième trimestre, la France a retrouvé, selon Eurostat, un rythme de croissance de 1,2% par rapport au même trimestre de 2014. Si le quatrième trimestre poursuivait sur cette lancée, le pays terminerait l’année avec une croissance presqu’honorable de 1,3%.

Seulement voilà : les attentats vont-ils casser la consommation à six semaines de Noël ? Au vu des magasins vides des derniers jours, au vu surtout des annulations de séjour des étrangers dans la capitale alors que le tourisme pèse plus de 7% du PIB français, on pourrait le craindre. Et l’on pourrait même craindre que cette désaffection touristique soit contagieuse pour des capitales comme Rome, Londres, Bruxelles, Madrid dont on n’est bien sûr pas certain qu’elles ne vont pas être les prochaines cibles du terrorisme.

Car le continent explicitement ciblé par les caciques de Daesh draine 41% des recettes touristiques mondiales. Cela dit, il est invraisemblable que l’on assiste à un recul massif du tourisme comme celui observé, par exemple, en Tunisie. Dans des pays développés comme la France ou ses voisins, on ne se sent quand même pas à la merci des terrorristes et la mobilisation sécuritaire actuelle rend assez peu plausible la répétition immédiate de ce type d’attentats.

L’effet « bravache »

En outre, il y l’effet « bravache » dont parlait récemment le psychologue social Pascal Molinier sur le site latribune.fr. Beaucoup d’Européens, voire même d’Américains, sont bien décidés à ne pas se laisser impressionner et se disent : « on veut nous faire peur, eh bien c’est raté ». En réalité, la vie et la sérénité reprennent très vite le dessus : on annule un voyage dans l’émotion. Quinze jours après, on ne le fait plus.

En ce qui concerne la consommation globale, l’observation économique montre qu’elle n’est jamais durablement affectée par des évènements dramatiques mais ponctuels. On se souvient des craintes exprimées à cet égard en janvier dernier après Charlie hebdo et l’hyper-casher, mais il se trouve qu’au premier trimestre 2015, la consommation en France a progressé de 0,8%, soit la plus forte hausse depuis deux ans !

Et ce sursaut a été observé dans toute l’Europe. En outre, nous entrons dans la période de Noël. Peut-on imaginer que la population renonce à s’échanger des cadeaux le 25 décembre ? Ce pourrait être même le contraire. Dernier point, ceux qui hésiteraient à se promener dans les grandes surface pourront toujours faire leurs achats en ligne.

La fin des 3% ?

Autre sujet économique, la politique de redressement des finances publiques. En affirmant "le pacte de sécurité passe avant le pacte de stabilité", François Hollande a paru vouloir la mettre sous le tapis.

La formule a d’ailleurs été diversement appréciée en Europe, les partenaires de la France ayant une fois de plus le sentiment que Paris les met devant le fait accompli au moment où la Commission venait d’estimer que la France ne serait pas en mesure de ramener, comme promis, son déficit sous les 3% du PIB en 2017.

Bien sûr, quand il s’agit de défendre une population, qui peut songer à brandir le respect de l’austérité budgétaire ? Pour le gouvernement français, la question est celle de la solidarité européenne face au terrorisme, tant en ce qui concerne les dépenses de sécurité intérieure que les charges d’intervention en Syrie ou en Irak. Sur ce point, Paris a demandé l’assistance de l’Union en vertu du Traité européen.

L’échec des politiques d’austérité

Mais davantage qu’une sorte de chantage (« si vous ne m’aidez pas, je laisse filer le déficit »), on peut voir dans cette déclaration une indication que le gouvernement songe désormais à infléchir une politique économique qui n’a pas donné de résultats probants.

Au demeurant, le FMI et même plusieurs dirigeants européens reconnaissent qu’à se focaliser uniquement sur les coupes dans les dépenses publiques, en particulier dans les dépenses d’investissement, celles-ci produisent ce qu’elles devaient produire : du chômage et une faible croissance sans pour autant que s’améliorent les finances publiques.

Depuis 2011 et le vrai début des politiques d’austérité, la dette publique française s’est accrue de 10 points, à 95% du PIB. Et c’est pareil pour tous les pays d’Europe qui ont serré la vis budgétaire : la dette s’est accrue de 28 points en Espagne, de 19 au Portugal, de 16 en Italie… Quant à la dette grecque, depuis son allègement de 100 milliards d’euros en 2012, elle a repris 20 points de hausse ! Il est vraiment clair que seule la hausse du PIB peut faire baisser la dette. On le voit en Allemagne.

Une stimulation keynesienne

Contrairement à ce que l’on croit trop souvent, les dépenses publiques sont aussi stimulantes que les dépenses privées. Si l’Etat forme et embauche plusieurs milliers de fonctionnaires indispensables dans l’armée, la police, la justice, il crée de l’emploi productif et de la consommation.

S’il dote ses secteurs de nouveaux équipements (des armes, des véhicules, des bâtiments, du matériel informatique…), ce sont de nouveaux investissements et du chiffre d’affaires pour de nombreuses entreprises. Et donc de la croissance qui produira des recettes fiscales et fera diminuer le déficit.

Une conclusion s’impose : il faudra du temps pour gagner la guerre militaire, policière et idélologique contre l’Etat islamique. Mais sur le terrain économique, Daesh ne devrait pas gagner la bataille. 




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