Connexion

Syndicate content

Lutte contre le réchauffement: où en est vraiment l’Europe ?

mardi, 1 décembre, 2015 - 15:33

Alors que la COP 21 s’est ouverte à Paris, l’Europe reste à la pointe du combat climatique. Mais si l’Union va globalement respecter ses engagements pour 2020, les nouveaux objectifs adoptés l’an dernier pour 2030 apparaissent à la fois moins ambitieux et plus difficiles à atteindre. 

 

Chronique sur RFI - L'Europe et le climat 

 

Depuis hier, la 21ème conférence des parties pour le climat, autrement dit la COP21, est ouverte à Paris. On en connait les principaux enjeux et, en particulier, celui d’aboutir à des engagements contraignants des 196 pays participants en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Ce qui, de l’avis général, sera extrêmement difficile à obtenir.

On sait que l’Europe est à la pointe de ce combat climatique et qu’elle vient de reprendre en 2014 des engagements dans le cadre du paquet énergie-climat 2030. Mais ces derniers engagements apparaissent plutôt en retrait par rapport au paquet énergie-climat 2020 qui avait été adopté en 2008 et à l’occasion duquel ont été mis en place les objectifs 20/20/20. C’est à dire 20% d'économies d'énergie par rapport aux projections faites en 2007, une part de 20% de la consommation finale d'énergie pour les énergies renouvelables et une réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à l’année 1990.

L’Europe respectera ses objectifs pour 2020…

Pour 2030, l’ambition reste forte en ce qui concerne les émissions de GES qui devront obligatoirement être réduites d’au moins 40% à cette date. En revanche, pour les économies d’énergie et la part des renouvelables, le nouveau seuil fixé n’est que de 27% et surtout, ces deux objectifs ne sont pas contraignants pour les Etats-membres.

Pourtant, les objectifs fixés pour 2020 seront respectés globalement pour l’ensemble de l’Europe. En 2014, on a déjà dépassé la baisse de 20% des émissions de gaz à effet de serre. Sur l’efficacité énergétique, la consommation d’énergie primaire (celles qui est disponible dans la nature avant toute transformation) a diminué de 18% par rapport à 1990 et la part des renouvelables atteint 16%.

Ces chiffres additionnent les efforts des 28 Etats-membres mais certains pays sont à la traine. Notamment en matière de réduction des GES, domaine qui était assorti d’objectifs nationaux très différents pour tenir compte en particulier de la situation économique. Ainsi l’Espagne, en plein rattrapage économique entre 1990 et 2005, s’est vu assigner un objectif de 10% de réduction entre 2005 et 2020 tandis que le Portugal s’est même vu autoriser une augmentation de 1% de ses émissions. Ces deux pays ne devraient pas avoir de difficultés à remplir leurs objectifs.

… mais des pays sont à la traine

En revanche, un pays – auquel on ne s’attend pas a priori – n’a pas des résultats flamboyants : ce sont les Pays-Bas. Mais, après avoir pris du retard, les Néerlandais devraient néanmoins non seulement atteindre mais dépasser leur objectif de réduction de GES car le gouvernement de La Haye a été condamné l’an dernier par un tribunal local à adopter des mesures plus strictes pour aboutir en 2020 à une baisse de 25% de ses émissions.

Quant à la France, elle a déjà dépassé ses objectifs de réductions de GES. En revanche, l’Allemagne est en retard du fait de la réactivation des centrales à charbon après l’abandon du nucléaire. Mais les problèmes concernant les émissions sont plutôt devant nous. L’objectif de réduction de 40% des GES en 2030 paraît assez ambitieux, même si les réductions devaient atteindre 25% en 2020.

Sur les GES, l’objectif 2030 est très ambitieux

Trois explications: d’une part, on l’a vu, les objectifs nationaux pour 2030 ne sont pas contraignants ; d’autre part, il est plus facile de commencer à réduire ses émissions que de continuer à un rythme soutenu ; enfin, si les prix du pétrole et du gaz devaient rester durablement déprimés et que la croissance européenne redémarre franchement, de nombreux pays dont l’activité reposent largement sur les énergies fossiles auront du mal à faire de gros progrès. On pense à l’Allemagne, mais aussi à la Grande Bretagne qui est franchement à la traine en matière d’énergies renouvelables.

Royaume-Uni, Pays-Bas, France en délicatessse sur les renouvelables

Alors que les Britanniques s’étaient engagés sur un objectif de 15% de renouvelables en 2020, ils n’avaient atteint que 6% en 2014. Même chose pour les Pays-Bas : avec un objectif de 14%, il n’étaient l’an dernier qu’à 5%. A l’inverse, l’Italie a déjà dépassé son objectif national de 17% de renouvelables. Quant à l’Allemagne, elle ne doit pas relâcher ses efforts : à 13,7% de renouvelables en 2014, elle est encore assez loin de son objectif de 18% en 2020.

Et la France est dans une situation encore plus délicate. Son niveau de l’an dernier – 15,6% – la place devant l’Allemagne mais elle s’est engagée à atteindre 23% en 2020. Un objectif national dont le niveau élevé s’explique pour trois raisons. Premièrement, on sait que l’énergie nucléaire domine en France. Elle est considérée comme non polluante mais, surtout, son rendement est très important. Ce qui veut dire que la France consomme moins d’énergie primaire que les autres pour produire une même quantité d’électricité. Sur un total qui augmente moins, il lui est donc plus facile d’accroître plus vite la part des énergies renouvelables.

Deuxièmement, la production hydraulique de la France est la plus importante d’Europe puisqu’elle est à l’origine de près de 25% de la production et de 60% de la consommation de renouvelables. Si l’on veut que le pays développe au même rythme que les autres la production d’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque, il faut donc lui assigner des objectifs supérieurs. Des objectifs qui n’en demeurent pas moins très éloignés de ceux de la Finlande qui tire des renouvelables 40% de sa consommation finale d’énergie tandis que la Suède dépasse les 50% !

Des économies d’énergie dues à la stagnation conjoncturelle

Si l’on en vient au dernier objectif climat 2020, celui des économies d’énergies, on peut dire que l’on revient de loin car on était très retard il y a trois ans. Mais ce rétablissement ne s’est pas produit pour le bon motif. Il se trouve que la stagnation économique de nombreux pays européens entre 2010 et 2014 a permis de réduire la consommation d’énergie primaire.

Sans même parler de la Grèce, il n’est qu’à observer les excellents résultats dans ce domaine de l’Italie et de l’Espagne qui ont diminué respectivement de 14 et de 16% leur consommation par rapport à 2005. Cela dit, la performance de la France dont la croissance n’a pas été flamboyante – c’est le moins que l’on puisse dire ! – est tout à fait médiocre puisqu’elle n’a réduit que de 5,4% sa consommation, à peine plus que l’Allemagne (4,6%) et bien moins que le Royaume-Uni (plus de 12%).

En fait, il est loin d’être acquis que l’Allemagne et la France atteignent leur objectif en 2020 et si l’Europe y parvient, c’est grâce à tous les pays frappés par la crise qui « surperforment ». Là encore, l’objectif de 27% d’économies d’énergie à l’horizon 2030 paraît ardu. 




Pays