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Les grandes villes se mobilisent pour le climat

mardi, 8 décembre, 2015 - 15:05

En marge de la Cop 21, les grandes villes mondiales se sont engagées à réduire plus vite leurs émissions. Partout en Europe, les métropoles annoncent des initiatives pour contrer le réchauffement. 

 

Chronique sur RFI - Les villes et le climat 

 

Réunis vendredi dernier en marge de la Cop 21 qui se poursuit à Paris, 700 maires de grandes métropoles mondiales se sont montrés résolus à prendre une large part dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Ils se sont ainsi engagés à réduire de 80% d’ici à 2050 les gaz à effet de serre (GES) alors que les zones urbaines sont responsables de 70% des émissions de carbone de la planète. Ils s’engagent par ailleurs à diminuer de 3,7 gigatonnes leurs émissions de GES d’ici à 2030 et à atteindre 100% d’énergies renouvelables à l’horizon 2050.

Beaucoup de mesures, mais des effets constrastés à ce jour

Depuis plusieurs années, les grandes villes européennes ont multiplié les mesures anti-pollution. Celles-ci ont jusqu’à maintenant produit des résultats mitigés si l’on en croit les compilations effectuées par le C40 – ce groupe de 82 métropoles mondiales qui est un peu l’équivalent du G20 – ou par le bureau européen de l’environnement.

Les données disponibles pour les villes européennes ne permettent pas toujours de faire des comparaisons pertinentes dans la mesure où, logiquement, plus l’agglomération est peuplée, plus elle pollue. Ainsi, dans le classement européen de la qualité de l’air de 100 grandes villes d’Europe, les plus importantes (Londres, Paris, Milan…) sont mal classées. Une exception toutefois : Berlin arrive à la 65ème place sur 100 alors que les autres métropoles se classent au delà de la 80ème place.

Des résultats différents pour le CO2 et le dioxyde d’azote

De fait, si l’on considère le pourcentage de la population exposée à des émissions excessives de dioxyde d’azote (ce gaz émis en quantité par les moteurs diesel et qui est très nocif pour les poumons), ont voit que Berlin n’expose que 6% de sa population, comme Amsterdam. En revanche, cette proportion passe à 23% pour Paris et 33% pour Londres. Les deux grosses villes italiennes font encore moins bien : 59% des Romains sont exposés et même la totalité des Milanais !

En revanche, la sitation est différente lorsque l’on considère les émissions de dioxyde de carbone, le fameux CO2. Avec 3,2 tonnes d’émissions annuelles par habitant, Paris est cette fois bien placée, mieux que Londres (4,7 tonnes), Milan (5,5 tonnes) ou Berlin (6,2 tonnes). Mais la pire capitale à cet égard est Varsovie (avec 7,3 tonnes). Quant à la meilleure, c’est de loin Copenhague (2,8 tonnes). En matière de CO2, ce qui compte beaucoup dans les villes, c’est le maintien, dans leur périmètre, d’activités industrielles polluantes, notamment si elles sont alimentées avec du charbon. Ce qui explique le mauvais classement de Berlin et de Varsovie.

Paris s’inspire de Copenhague

Ce n’est pas un hasard si la capitale danoise est bien classée. Cette capitale, qui vise la neutralité carbone dès 2025, a multiplié les initiatives depuis plusieurs années : installation d’éoliennes, zones de basses émissions ; véhicules publics électriques ; limitation à 30 km/h dans les zone résidentielles ; et, surtout, multiplication des pistes cyclables protégées qui a permis de faire baisser à moins de 30% le taux d’utilisation des véhicules automobiles.

La ville de Paris s’inspire d’ailleurs explicitement des mesures danoises. Si les utilisateurs d’automobiles y sont encore 40%, la capitale française a déjà autant de kilomètres de pistes cyclables que la capitale danoise à surface égale, avec toutefois une sécurisation bien inférieure. Toujours est-il que le plan présenté par la Maire Anne Hidalgo en début d’année prévoit une doublement de ce réseau d’ici à 2020. Les zones à basses émissions sont entrées en vigueur en juillet dernier et les pastilles identifiant les véhicules propres feront bientôt leur apparition. En attendant l’interdiction des véhicules les plus polluants l’an prochain et la prohibition complète du diesel annoncée pour 2020.

Zones de basses émissions à Berlin

Ces mesures ne vont pas manquer d’améliorer la qualité de l'air, notamment en termes de dioxydes d’azote et de particules fines puisque Paris, on l’a vu, n’émet pas beaucoup de CO2. L'exemple de Berlin est à cet égard édifiant. La capitale allemande a instauré depuis cinq ans une "zone à basse émission" dans le centre-ville. Résultat: les émissions polluantes, notamment les particules fines, ont été réduites de moitié dès la première année et Berlin arrive en tête des grandes villes européennes pour sa qualité de l'air. Il est vrai que les fraudeurs sont rares. Tout véhicule non habilité à circuler – cela se repère grâce aux pastilles – écope d'une amende de 40 euros et le conducteur perd un point sur son permis.

Ce qui n’empêche pas d’aller en limitant carrément le nombre de véhicules pouvant circuler sans tenir compte du niveau de gaz nocifs qu'ils émettent. On dispose pour cela de deux moyen: celui du péage à l'entrée de la ville et celui de la circulation alternée.

Péages à Londres et à Milan

La première capitale européenne à avoir instauré un péage a été Londres. Depuis 2003, pour pouvoir circuler de 7 heures et 18 heures du lundi au vendredi dans le centre de la capitale britannique, il faut s'acquitter d'un péage de 11 euros par jour. C'est gratuit uniquement pour les résidents dans  le centre et les utilisateurs de voitures électriques ou très peu polluants. Concernant la circulation, le centre-ville a été effectivement décongestionné. Mais pour la qualité de l'air, c'est très décevant car cette zone payante ne concerne que 3,5% de la circulation du grand Londres. D’où les résultats très médiocres de la ville en la matière.

Un autre pays a adopté ce péage urbain, c’est l’Italie. Pas dans la capitale, mais à Milan où un péage de 5 euros a été mis en place. En outre, la circulation alternée des véhicules ayant une immatriculation paire puis impaire s'est généralisée depuis longtemps dans la plupart des grandes villes italiennes lors des pics de pollution. A Rome, la mairie a instauré des dimanches «écologiques » où le trafic est pratiquement interdit dans le centre historique. Cela dit, Rome comme Milan restent des villes sévèrement polluées.

Reste que si l’on veut atteindre les objectifs affichés la semaine dernière par les grandes métropoles, il faut aller beaucoup plus loin. Et repenser globalement le chauffage urbain, l’organisation des transports publics, multiplier les immeubles à énergie positive, les espaces verts… etc  La tâche est considérable mais la volonté politique est désormais manifeste.




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