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Le séisme politique espagnol affaiblit la droite en Europe

mardi, 22 décembre, 2015 - 17:32

La montée des partis anti-système en Espagne rend peu vraisemblable le maintien au pouvoir d’un gouvernement conservateur. Si les socialistes et Podemos parvenaient à former une coalition, la gauche serait nettement majoritaire dans l’Union européenne.

 

Chronique sur RFI - Bilan politique européen 2015 

 

C’est un tremblement de terre politique qui est sorti des urnes espagnoles dimanche. Alors que la majorité absolue au Congrès des députés est de 176 voix, le recul de 63 sièges (à 123) du Partido Popular (PP) de Mariano Rajoy rend extrêmement improbable la formation d’un gouvernement de centre-droit. Car le nouveau parti libéral-unitaire Ciudadanos, qui a remporté 40 sièges, n’entend nullement s’allier avec un parti traditionnel.

L’Espagne dans une perspective de gauche

A gauche, le plus mauvais score historique des socialistes du PSOE (tombé à 90 sièges) offre a priori encore moins de perspective d’un retour au pouvoir de la gauche. Cela dit, la performance excellente de la gauche alternative de Podemos – 69 députés – rebat toutes les cartes. Si les divergences sont profondes entre Podemos et le PSOE – en particulier sur l’unité de l’Espagne – le mouvement de Pablo Iglesias n’exclut pas formellement de gouverner avec les socialistes. Il suffirait à une telle coalition de s’adjoindre 15 députés supplémentaires issus des formations régionalistes (catalans, basques, galiciens…) pour atteindre la fameuse majorité absolue de 176. Une tâche difficile, mais pas impossible…

Ce succès de partis anti-sytème positionnés à la fois à gauche et au centre-droit est inédit en Europe. En Grèce, il y a bien sûr le phénomène Syrisa, mais c’est un cas unique. Ce que l’on voit en revanche, c’est l’émergence de forces désormais en capacité de remettre en cause la bi-polarité traditionnelle de la vie politique : le Front national en France, l’UKIP au Royaume-Uni et bien sûr Podemos et Ciudadanos en Espagne.

Huit élections en Europe en 2015

Reste que cette « non-victoire » de la droite espagnole a toutes les chances de modifier l’équilibre général des forces politiques en Europe. Et pourrait retourner la tendance d’une année politique européenne 2015 très fertile en évènements puisque pas moins de huit élections générales se sont déroulées dans l’UE. Jusque-là en effet, la droite avait plutôt le vent en poupe. Sur les sept élections législatives qui se sont déroulées cette année avant le scrutin espagnol, elle en a remporté quatre contre seulement deux pour la gauche. La septième consultation, en Estonie, a reconduit en mars une coalition dirigée par le centre droit allié avec le parti social-démocrate.

Quatre victoires pour la droite…

A droite, la grande victoire de l’année est la reconduite – plutôt inattendue dans son ampleur – des conservateurs de David Cameron au Royaume-Uni. Ce dernier a envoyé au tapis non seulement ses adversaires travaillistes mais également ses anciens partenaires du précédent gouvernement, les Libéraux démocrates.

En Pologne, le parti très conservateur « droit et justice » a remporté le 25 octobre  la majorité absolue à la Diète, évinçant du pouvoir les libéraux de centre droit emmenés par l’ancienne premier ministre Eva Kopacz. C’est une autre femme, Beata Szydlo qui la remplace à la tête du gouvernement, cinq mois après l’élection à la présidence de la république d’Andrzej Duda, lui aussi membre de droit et justice. La Pologne est donc totalement aux mains d’un parti qui, à maints égards, notamment sur l’immigration et l’euroscepticisme, peut être qualifié de populiste.

Les formations populistes ont également le vent en poupe en Scandinavie. En Finlande, le parti des « Vrais Finlandais » fait son entrée au gouvernement puisqu’il fait partie de la coalition de centre-droit victorieuse le 19 avril et dirigée par Juha Sipilä. Ce dernier remplace à la tête du gouvernement le libéral Alexander Stubb (chtoub) qui gouvernait jusque-là avec les sociaux-démocrates.

Enfin, au Danemark, la première ministre sociale démocrate Helle Thorning Schmidt a été vaincue en juin par une coalition emmenée par le libéral Lars Rasmussen. Une coalition soutenue par les populistes du parti du peuple danois.

… deux pour la gauche

Quant à la gauche, elle affiche deux victoires. En Grèce, pour la deuxième fois cette année, Alexis Tsipras et sa formation Syrisa – dont le radicalisme de gauche initial n’est plus si évident – ont été confirmé à la tête du pays. C’était le 20 septembre.

Deux semaines plus tard, un autre pays a cette fois basculé à gauche : c’est le Portugal ou le centre droit du premier ministre Pedro Passos Coelho a finalement été vaincu par une alliance de gauche emmenée par le parti socialiste d’Antonio Costa. Après une période de flottement, ce dernier a été nommé premier ministre.

En prenant en compte ces sept élections, on peut dresser le tableau de la situation politique européenne. La grande majorité des gouvernements européens étant des coalitions, il apparaît de prime abord plus simple de considérer la couleur politique des premiers ministres.

15 premiers ministres à droite, 13 à gauche

Fin 2015, il y a 12 premiers ministres de centre-gauche et 15 de centre droit ou de droite. Si l’Espagne devait basculer à gauche, on serait proche de l’équilibre avec 13 contre 15. Il faut cependant noter que les gouvernements conduits par la gauche n’exercent leur autorité que sur 42% de la population de l’Union, la droite en dirigeant 58%. L’Espagne à gauche ramènerait la droite à 53%. Cette comptabilité n’est pas neutre : le poids des Etats-membres lors des votes au conseil est fonction de leur population et de leur PIB.

Bien sûr, la réalité politique est plus complexe puisque dix gouvernements comprennent des ministres de centre-gauche et de centre droit. Et au moins trois d’entre eux forment des « grandes coalitions » droite-gauche comme l’Allemagne, l’Autriche ou les Pays-Bas. Sans l’Espagne, ces forces « multicolores » gouvernent le tiers de la population européenne, moins que la gauche (36%) mais plus que la droite (31%).

Une majorité d’Européens gouvernés à gauche

Cet avantage pour la gauche s’accentuerait singulièrement si une coalition PSOE-Podemos s’assurait du pouvoir en Espagne. Dans ce cas, 42% des Européens seraient dirigés à gauche et seulement 28% par les conservateurs.

Bref, la constitution du gouvernement espagnol va peser lourd dans la géopolitique européenne. On sait déjà que dans sept pays – soit le quart des Etats-membres – des mouvements populistes soutiennent ou font partie du gouvernement. A l’évidence, l’échiquier politique européen est entré dans une phase de recomposition.




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