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La montée des élections primaires en Europe

mardi, 19 janvier, 2016 - 16:23

La droite française organisera en novembre ses primaires ouvertes. Et certains, à gauche, se prennent à rêver d’un scrutin parallèle. Dans le sud de l’Europe, ce mode de désignation des candidats a le vent en poupe. 

 

Chronique sur RFI - Les élections primaires 

 

En l’absence de rendez-vous électoral en 2016, l’année politique en France sera dominée par les primaires ouvertes organisées par les partis de la droite et du centre. Depuis quelques jours, on sait que ce scrutin à deux tours se déroulera les 20 et 27 novembre. 

Mais la surprise est venue il y a huit jours de la gauche, avec l’appel lancé dans « Libération » pour l’organisation de primaires au sein de la majorité actuelle. L’idée est de ne pas laisser la droite occuper l’espace médiatique mais, surtout, de construire une alternative à la candidature du président sortant. La proposition est naturellement fort contestée, le détenteur du pouvoir apparaissant pour beaucoup comme un candidat incontournable et « naturel ».

Un mode de désignation récent en Europe

Venue des Etats-Unis où cette pratique existe depuis plus d’un siècle, les élections primaires sont apparues en Europe il y a seulement une vingtaine d’années et elles n’y ont absolument rien à voir avec la nécessité d’organiser l’expression politique à l’échelle d’un vaste pays fédéral. Sur le vieux continent, il s’agit simplement d’impliquer davantage les citoyens dans la désignation de ceux qui vont les diriger et de les rendre ainsi plus légitimes.

En l’absence de définition juridique précise, on considère qu’il y a élection primaire si l’ensemble des adhérents d’un parti est appelé à désigner directement soit le candidat, soit le président du parti si cette fonction confère automatiquement la qualité de candidat. C’est ce que l’on appelle une primaire « fermée » puisqu’elle concerne exclusivement les membres d’un parti.

On parle en revanche de primaire « ouverte » lorsque l’élection implique tous les membres du corps électoral. A cette réserve près que, souvent, ont fait signer un document attestant l’attachement aux « valeurs » d’un courant politique. Ce qui, notons-le, n’empêche nullement des citoyens non sympathisants de participer au scrutin – des citoyens de gauche pour une élection à droite et vice-versa.

La première vraie primaire ouverte est italienne

En France, le parti socialiste français a fait désigner en février 1995 par 80.000 adhérents son candidat à l’élection présidentielle. Lionel Jospin l’emporta avec 66% des voix. Mais la première primaire « ouverte » eu lieu en Grèce en 2004 sous la forme d’un vaste sondage impliquant plus d’un million de participants afin de confirmer Georges Papandreou à la tête du parti socialiste grec, le Pasok.

Il s’agissait alors d’en finir avec les « dynasties politiques » puisque Papandreou était le fils et le petit fils d’anciens premiers ministres. Cela dit, il était l’unique candidat et c’est pourquoi l’on considère que la véritable première compétition primaire « ouverte » organisée en Europe le fut en Italie par la coalition de centre-gauche « la Marguerite ». Plus de 4 millions d’électeurs désignent alors à 75% Romano Prodi comme candidat et lui permettent d’accéder un an plus tard à la présidence du Conseil grâce à sa victoire sur Silvio Berlusconi.

Désormais, le centre gauche italien va organiser systématiquement des primaires ouvertes dont la dernière, en décembre 2013, a permis la désignation de Matteo Renzi à la présidence du Parti démocrate. Quelques mois plus tard, ce même Renzi en tirera la légitimité pour littéralement éjecter de la présidence du Conseil Enrico Letta, pourtant membre du même parti démocrate.

Une pratique marquée à gauche…

Pour l’essentiel, cette pratique des primaires s’observe à gauche. On le voit en Italie, en Grèce, en France et même au Portugal où le parti socialiste, qui organisait des primaires fermées depuis 1996, a fait désigner son candidat en septembre 2014 par 250.000 électeurs.

On le voit aussi en Espagne. Depuis 2014, le leader du PSOE est choisi par les adhérents du Parti. Ainsi, Pedro Sanchez a été désigné en juillet 2014 par 49% des 130.000 votants socialistes.

Au Royaume-Uni, le parti travailliste organise depuis longtemps des primaires fermées pour désigner le chef du parti. Et, depuis 2010, ce scrutin est ouvert à tous les membres individuels des syndicats adhérents au Labour. Ce qui a permis, en septembre dernier, à Jeremy Corbyn de l’emporter avec 59% des 610.000 votants malgré son positionnement très à gauche.

… mais jusque-là très rare à droite

Il faut noter qu’outre-Manche les conservateurs organisent eux aussi, depuis 2005, des primaires « fermées » à deux étages, le vote des parlementaires du parti étant légitimé ensuite par quelques 250.000 militants tories.

Cela dit, les primaires ouvertes de la droite française de novembre prochain consitueront bien une première en Europe pour des partis conservateurs. Car, au delà des pays évoqués, ce système n’a pas cours dans les autres pays du vieux continent, en tout cas au niveau national.

En Europe du nord, en Allemagne, en Autriche, en Europe de l’Est, ce sont en effet les délégués aux congrès ou aux conventions des partis qui désignent leur leader, ces derniers devenant automatiquement candidats à la direction du gouvernement lors des élections générales.

Pas de primaires pour les dirigeants au pouvoir

Quant à organiser une primaire au sein d’un parti dont le dirigeant est au pouvoir, l’idée – agitée par une partie de la gauche française – apparaît tout à fait iconoclaste. Les premiers ministres étant, dans la majorité des cas, leader de leur parti, ils sont certes soumis à réélection lors du congrès de ce parti.

Mais, outre qu’il ne s’agit pas de primaires, cette réelection est quasi automatique, comme on le constate par exemple en Allemagne avec les confirmations du leadership d’Angela Merkel, la dernière fois en 2014 avec 97% des votes.

Il se peut néanmois qu’un chef de gouvernement soit désavoué par son parti en cours de mandat. A cet égard, l’exemple le plus célèbre est celui de Margaret Thatcher, mise en difficulté par Michael Heseltine au premier tour de l’élection à la direction du Parti conservateur, le 19 novembre 1990.

Risquant d’être distancée au deuxième tour, l’emblématique Dame de fer préféra démissionner de son mandat et abandonner la direction du gouvernement. Mais personne ne songerait à en tirer le moindre parallèle avec l’avenir de François Hollande… 




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