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En Europe, Uber a perdu des batailles, pas la guerre

mardi, 2 février, 2016 - 14:36

Les taxis ont encore bloqué les villes françaises la semaine dernière. Uber est toujours dans leur collimateur, cette fois pour leur service VTC. Pour le numéro un du transport collaboratif, les interdictions se multiplient en Europe mais la firme californienne fait de la résistance.

 

Chronique sur RFI - Uber en Europe

 

Paris, Marseille, Toulouse, Lyon, Lille… les taxis ont de nouveau bloqué pendant trois jours les grandes villes françaises pour exprimer leur « raz le bol » face à la concurrence des VTC, ces véhicules de transport avec chauffeur. Toujours dans leur collimateur, la société californienne Uber dont le service UberPop avait été interdit l’an dernier.

Pourtant, depuis les premières manifestations en 2014, les taxis avaient déjà obtenu pas mal de choses. La loi Thévenoud d’octobre 2014 a précisé les conditions d’exercices de la profession de VTC et le service UberPop, qui faisait appel à des chauffeurs particuliers nullement enregistrés ni formés, a été interdit le 1er janvier 2015. En septembre dernier, le conseil constitutionnel a validé cette interdiction.

Sus à la « maraude éléctronique »

Mais les taxis français se plaignent toujours des pratiques du nouveau service d’Uber dénommé UberX qui emploie cette fois des chauffeurs disposant d’une licence VTC. Ils dénoncent en particulier le fait que ces chauffeurs ne respectent pas les interdictions prévues par la loi : à savoir pas de géolocalisation ou de stationnement sur la voie publique.

Car cela revient à contourner l’interdiction de prendre des clients « en maraude » puisque le fait de savoir qu’un VTC est géographiquement proche – par exemple s’il stationne dans le parking d’un aéroport – s’assimile à une « maraude électronique ».

Le conflit s’est finalement terminé vendredi 29 janvier sur l’assurance du gouvernement que les contrôles sur les VTC seraient renforcés et la promesse de mettre en place un système d’aide aux taxis en difficulté. En outre, la condamnation le 27 janvier d’Uber France à verser 1,2 million d’€ à l’union nationale des taxis a pu contribuer à faire baisser la tension.

Uber échappe aux sanctions à Londres…

Reste que la fronde anti-Uber secoue l’Europe entière, mettant en lumière la résistance de nos société à ce que l’on appelle « l’ubérisation » des économies, c’est à dire la suppresssion des entreprises intermédiaires par la mise en relation directe d’un prestataire et d’un client via une plateforme en ligne.

A Londres, où près de 100.000 VTC (pour 25.000 taxis) représenteraient 10% de la circulation dans le centre ville, plusieurs manifestations ont eu lieu mais le syndicat des taxis londoniens n’a pas réussi à faire condamner Uber.

L’autorité des transports de Londres envisageait l’an dernier des restrictions à l’activité des VTC en leur imposant 5 minutes de délai entre la réservation et la prise en charge. Elle a finalement renoncé à ce projet. Elle prévoit toutefois de priver les VTC de l’exemption du péage de 11,50€ que tous les automobilistes doivent acquitter pour pénétrer au centre de la capitale.

… mais pas aux restrictions en Allemagne ou en Espagne

Plusieurs pays et non des moindres ont restreint drastiquement les activités d’Uber. En Allemagne, un tribunal de Francfort avait prononcé en mars 2015 l’interdiction du service UberPop pour toute l’Allemagne.

Une interdiction finalement levée mais la société Uber a décidé de supprimer toutes ses activités à Francfort, Dusseldorf et Hambourg. Aujourd’hui, seules les villes de Munich et Berlin proposent encore des services Uber mais seulement sous forme de taxis Uber dans la capitale. En Espagne, UberPop est bien interdit depuis décembre 2014 même si Uber va lancer, dès cette année, le service de VTC low cost UberX, comme en France.

Italie et Portugal tapent dur

En juin 2015, comme en Espagne, le service UberPop a été interdit en Italie. Cette interdiction a été confirmée en juillet par un Tribunal de Milan qui en outre, a édicté des restrictions sévères sur l’utilisation du service haut de gamme Uber Black.

En Suisse, la ville de Genève a été jusqu’à interdire en avril 2015 tous les services Uber. Mais la Suisse est une confédération et ces services sont autorisés à Zurich tandis qu’UberPop continue de fonctionner à Lausanne.

Quant au Portugal, un Tribunal a enjoint à la firme américaine de cesser toute activité de transport par véhicules légers en mai 2015. Pourtant, arguant d’une faille juridique, Uber poursuit ses activités au grand dam des taxis qui ont manifesté à plusieurs reprises.

Dernier épisode de cette guerre de position : il y a dix jours, à l’occasion des élections présidentielles, Uber Portugal a offert de transporter gratuitement vers leur bureau de vote les électeurs de Lisbonne et de Porto !

Modus vivendi en Europe du nord et de l’Est

En fait, il n’y a pratiquement aucun pays, même à l’Est, où Uber ne suscite pas l’hostilité des taxis. Presque partout, ces derniers ont manifesté et les recours devant les tribunaux ainsi que les demandes d’encadrement réglementaire sont fréquents. Un des soucis est d’éviter le travail au noir.

Par exemple, en Estonie, le gouvernement a demandé à Uber de développer une plateforme permettant aux autorités de connaître les revenus des chauffeurs. Dans les pays scandinaves, notamment en Suède, une autorisation des autorités pour exercer le métier de chauffeur est obligatoire.

Au Danemark, les pouvoirs publics attendent pour agir que la cour européenne de justice tranche sur le fait de savoir si Uber est un service de transport ou un service informatique. Ce qui sera décisif pour l’avenir de toute l’économie collaborative.  

Au total, rien n’est joué pour Uber

Dans les pays où la profession de taxi est fortement réglementée, même le service de VTC UberX suscite une forte opposition dans la mesure où les chauffeurs ne respectent pas les consignes de stationnement, en particulier dans les gares et les aéroports.

Quant au service « sauvage » UberPop, son avenir paraît compromis en l’absence de garanties en matière de compétences professionnelles et donc de sécurité ainsi que de traçabilité fiscale et sociale des revenus perçus.

A l’heure de ce que l’on appelle « l’uberisation » de l’économie, il va falloir résoudre pour toutes les activités émergentes dans le domaine des transports, de l’immobilier ou des services à la personne une équation complexe : d’une part, laisser se développer des prestations peu onéreuses adaptées à la demande parce qu’elles éliminent le recours aux intermédiaires classiques ; d’autre part, préserver les financements fiscaux et sociaux qui permettent à nos sociétés démocratiques modernes de fonctionner.




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