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Terrorisme: un risque aléatoire à plusieurs variables

mardi, 29 mars, 2016 - 17:01

Après la France, la Belgique semblait une cible logique du terrorisme islamiste. Suivant le nombre de leur « djihadistes », des réfugiés qu’ils accueillent ou de l’intensité de leur engagement en Syrie-Irak, d’autres pays peuvent se faire du souci. 

Quelques heures après l’attentat du 22 mars à Bruxelles qui a fait 35 morts et près de 300 blessés, l’auto-proclamé « Etat islamique » a revendiqué cette action contre un « Etat croisé qui n’a cessé de combattre l’Islam et les Musulmans ». La référence aux « Croisés » figurait déjà dans la revendication des attentats de Paris du 13 novembre.

Daesh entend donc punir avant tout ceux qui le combattent directement en Syrie et en Irak. Mais le risque d’attentats terroriste est également fonction des liens qui peuvent se tisser avec les zones de combats au Moyen-Orient ou de l’existence de terrains propices à la mise en place de réseaux terroristes actifs.

Terrains propices

Sans vouloir stigmatiser aucune population d’origine immigrée, on peut d’abord estimer que la présence d’une forte population se réclamant de la tradition musulmane se traduit souvent par des phénomènes de concentration urbaine, ce que l’on appelle les « quartiers ». Ces regroupements rendent simplement moins visibles l’implantation d’éventuels activistes. En Europe, c’est la France qui accueille la plus forte population de culture musulmane qui représente 7,5% de la population. Viennent ensuite la Belgique, l’Allemagne, l’Autriche (autour de 6%), puis la Suède (5%) et le Royaume-Uni (4,6%). Espagne et Italie ne sont qu’aux environs de 2,5%.

S’il n’est pas sans corrélation avec les réalités démographiques, un élément plus directement déterminant est le nombre de résidents d’un pays partis en Syrie et en Irak faire le « Djihad ». Les chiffres publiés en décembre par un institut de renseignement basé à New-York, le Soufan Group, montrent, là encore, que la France est le premier pourvoyeur européen de ce type de combattants radicalisés. Sur un total de 5.000 combattants provenant de l’UE, 35%, soit environ 1.700 viennent de France.

On trouve ensuite les Allemands et les Britanniques (environ 800 pour chacun des deux pays). Mais la Belgique se distingue par le nombre le plus élevé de Djihadistes en proportion de sa population, avec 550 départs en Syrie et Irak. La Suède est également très concernée par ce phénomène (300 départs). Il touche, dans une moindre mesure, les Pays-Bas (220 départs) mais beaucoup moins L’Espagne ou l’Italie (respectivement 130 et 90).

Le contexte migratoire

Même si c’est dans une proportion infime, l’afflux de réfugié en provenance des zones de guerre facilite logiquement l’entrée d’individus hostiles qui peuvent se fondre dans la masse. Suivant le récent comptage d’Eurostat sur les premières demandes d’asile déposées en 2015, il se confirme que l’Allemagne est de très loin le premier pays d’accueil avec 440.000 demandes l’an dernier.

La Hongrie, malgré ses accès désormais cadenassés sur les Balkans, a vu pourtant 175.000 demandes d’asile être déposées. La petite Suède n’est pas loin avec 156.000 demandes. En revanche, un pays comme l’Italie n’enregistre que 83.000 demandes, mais c’est encore plus que la France qui ne compte que 70.000 demandes.

Encore une fois, la Belgique, avec 39.000 demandes, accueille beaucoup de monde en regard de sa population, même si cette fois c’est nettement moins que la Suède. Cela dit, comme le montrent à ce stade les situations respectives de la France et de l’Allemagne, voire de la Belgique et de la Suède, rien ne permet d’affirmer qu’un afflux de réfugiés accroit le danger terroriste.

Malheur aux « Croisés » anti Daesh

Daesh entend, de façon explicite, punir les prétendus « croisés » en Iraq et Syrie. L’essentiel de l’engagement militaire au Moyen-Orient est bien sûr le fait des Américains. Quant aux Russes, ils ont intensifié considérablement leurs actions depuis quelques mois.

Mais si l’on ne considère que les pays de l’Union européenne, la France apparait comme le pays le plus engagé avec 2.500 sorties aériennes sur 16.000 sorties pour l’ensemble des pays de la coalition. En outre, les Français annoncent avoir procédés à 320 frappes sur un total de 1.700.

Bien que les bombardements britanniques ne soient pas officiellement comptabilisés, il semble que les frappes de la Royal Air force aient été à ce jour moins nombreuses même si elles se sont intensifiées depuis l’automne 2015. De fait, selon les périodes, de 20 à 38 avions français ont été engagés sur le théâtre des opérations, contre une vingtaine d’avions britanniques.

Deux autres pays européens ont procédé à des frappes : il s’agit de la Belgique et des Pays-Bas qui, à eux d’eux, on engagé une quinzaine de supersoniques dans la région. Tous les autres pays européens, notamment l’Allemagne et l’Italie, se contentent d’un soutien logistique, de fournitures d’armes et d’envoi d’instructeurs militaires.

Des facteurs de risques inquantifiables

En mariant les différents facteurs de risques, on voit clairement que les deux pays victimes des attentats de Daesh, la France et la Belgique, sont en première ligne. On constate également que deux autres pays, la Suède et les Pays-Bas, seraient des cibles tout à fait plausibles. Sans oublier le Royaume-Uni, très engagé au Moyen-Orient.

Mais rien ne permet bien sûr d’en déduire de quelconques pronostics qui seraient parfaitement vains : les terroristes frappent avant tout là où une opportunité se présente.




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