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Revenu jeunes : la France à la traine d’une Europe généreuse

mardi, 26 avril, 2016 - 09:59

Le gouvernement français envisage de mettre en place un revenu minimum à partir de 18 ans. Depuis longtemps, de nombreux pays européens assurent des minima sociaux pour les jeunes tandis qu’ils soutiennent les étudiants. En attendant le revenu universel.

Encore une réforme censée être mise en chantier avant la fin du quinquennat : le 18 avril, le premier ministre Manuel Valls a annoncé le lancement « très rapide » d’une simplification des minima sociaux comportant la mise en place d’un revenu minimum pour les jeunes de 18 à 25 ans.

Il s’agirait à terme d’instaurer une couverture-socle commune pour les personnes en situation de précarité, un revenu minimum d’existence de 400 € par mois dont pourraient bénéficier les moins de 25 ans actuellement peu concernés par le Revenu de Solidarité Active, le fameux RSA.

Les jeunes français très peu aidés

De fait, les jeunes français de moins de 25 ans sont rarement bénéficiaires d’une des 9 prestations sociales constituant actuellement ce que l’on appelle les minima sociaux qui représentent 25 milliards d’€ de dépense publique par an. Sur les prestations concernant les jeunes, une seule ne les discrimine aucunement : c’est l’allocation de solidarité spécifique (l’ASS) qui est versée, pendant six mois renouvelables, aux chômeurs en fin de droit. Mais il faut avoir travaillé cinq ans pour percevoir l’ASS, un délai réduit jusqu’à 2 ans si le salarié a dû élever des enfants.

Pour ce qui est de l’allocation adultes handicapés, il faut avoir plus de 20 ans pour la percevoir mais seulement plus de 16 ans si l’on n’est pas à la charge de ses parents.  Enfin, le principal minimum social, le RSA, ne concerne que 176.000 jeunes de moins de 25 ans sur un total de deux millions et demi d’allocataires. Pour le percevoir avant 25 ans, il faut avoir des enfants à charge ou bien avoir travaillé deux ans sur les trois dernières années. Pas évident de remplir ces conditions à 18 ou 19 ans …

Quatre pays européens se montrent peu généreux

Dans deux pays d’Europe occidentale, la Grèce et l’Italie, la question des minima jeunes ne se pose même pas puisque les 18-25 ans sont traités exactement comme le reste de la population et personne, jusque-là, ne bénéficiait d'un revenu minimum. Toutefois, un tel revenu devrait le jour l’an prochain en Italie mais les jeunes ne sont pas particulièrement ciblés.

Au Luxembourg et en Espagne, les jeunes se voient appliquer un régime assez semblable à celui de la France car il faut avoir 25 ans pour prétendre toucher une allocation. Cela dit, en Espagne, le revenu minimum d’insertion est de la compétence des régions autonomes qui parfois abaissent l’âge requis. C’est le cas en particulier de la région de Valence qui met en œuvre un revenu garanti de citoyenneté ouvert à tous. Un système également à l’étude en Catalogne.

Le modèle « beveridgien » ne discrime pas entre citoyens majeurs

Dans tous les pays dont le système de protection sociale est basé sur le modèle promu par l’économiste britannique William Beveridge, les jeunes sont éligibles à recevoir des allocations dès qu'ils sont majeurs. Car ce système est à la fois universel, il s'adresse aux besoins de l’individu et il est financé par l’impôt. Il en est ainsi dans les pays scandinaves, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Irlande.

Peu importe que les jeunes travaillent, qu’ils vivent ou non encore chez leur parent, ils sont considérés à leur majorité comme des citoyens à part entière et ont un droit automatique aux prestations. Cela, à partir de 18 ans et parfois moins.

Ainsi au Royaume-Uni, l’allocation de soutien au revenu est accordée à partir de 18 ans, mais à un taux minoré jusqu’à 25 ans, soit une allocation d’environ 300 € mensuels. Bien entendu, les étudiants à plein temps ne sont pas concernés sauf s’ils sont parent isolé. Cela dit, dans ce pays, il existe pour les étudiants un système de bourses assez développé tandis que les jeunes quittent assez tôt leur famille et doivent souvent travailler pour payer leurs études.

Les pays scandinaves se montrent sans surprise très généreux, tout spécialement le Danemark où le revenu d’insertion pour les plus de 18 ans non étudiants peut atteindre 900 €, montant de plus cumulable, jusqu’à un certain seuil, avec un revenu salarié complémentaire. Ce revenu est cependant divisé par deux si le jeune habite chez ses parents. Pour leur part, les étudiants qui ne vivent pas chez leurs parents peuvent percevoir à partir de 20 ans une allocation de 600 € mensuels sans condition particulière de ressources.

En Suède, l’allocation est moindre (450 € environ) mais elle est intégralement versée même si le jeune vit dans sa famille. Quant aux Pays-Bas où, notons-le, tous les étudiants bénéficient d’une bourse de base mensuelle de 100 à 300 €, l’accès aux minima sociaux des jeunes varie en fonction de la situation des parents.

Très généreuse Belgique

En Allemagne aussi – et cela dès quinze ans – le jeune peut bénéficier d’une prestation de base de 320  € mais seulement s’il a quitté le foyer familial pour des motifs d’insertion sur le marché du travail. Pour les étudiants, il existe un système de bourses et de prêts avantageux.

Mais la Belgique se montre nettement plus généreuse. Le montant du revenu moyen d’existence versé aux non-étudiants à partir de 18 ans peut y atteindre 850 € par mois, les ressources complémentaires étant cependant déduites de ce montant et la situation familiale prise en compte. En outre, il existe en Belgique un « minimum étudiant » de 617 € mensuels dont viennent logiquement se déduire les bourses perçues.

Bientôt le revenu universel en Finlande et en Suisse

En ce qui concerne le revenu universel, qui consiste à verser un revenu minimal à tous les citoyens, une expérimentation est actuellement en cours dans la ville néerlandaise d’Utrecht. Mais, dès l’an prochain, la Finlande sera sans doute le premier pays européen à instaurer le revenu de base universel. Déjà des expériences sont en cours dans les régions finlandaises où les chômeurs sont nombreux. Pour l’ensemble de la Finlande, le taux de chômage atteint d’ailleurs près de 10%.

Ce système prévoit d’accorder à tous les citoyens de plus de 18 ans, un revenu de base de 800 € mensuels, cette allocation étant réintégrée dans les revenus taxables et donc conservée intégralement par tous ceux qui sont exemptés d’impôt.

Mais il y a un pays qui pourrait aller encore beaucoup plus loin à cet égard, c’est la Suisse où une votation sera organisée en juin prochain. Il est proposé que chaque citoyen se voie verser chaque mois 2.300 € plus 600 € par enfant, soit, pour un couple avec deux enfants, un pactole de 5.800 € !

Des sommes qui font rêver à l’aune des réalités européennes et surtout au regard de la situation des jeunes français, actuellement plutôt mal lotis en attendant la réforme. A cela s’ajoute le fait que les étudiants français n’obtiennent des bourses qu’en fonction de critères sociaux stricts et ne bénéficient pas de prêts aidés spécifiques. Il est donc difficilement contestable que, contrairement aux promesses, la France n’a toujours pas fait le choix de la jeunesse…




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