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Les maires « Rock’n Roll » des grandes métropoles européennes

mardi, 10 mai, 2016 - 11:06

Londres, plus grande ville d’Europe, vient d’élire un maire musulman. C’est une première pour une capitale mais, en Europe, la plupart des dirigeants de métropoles ont un parcours original et mènent des politiques audacieuses, conformes aux souhaits d’un électorat d’avant-garde. 

Décidément, nos voisins britanniques ne font rien comme les autres ! Alors que l’Europe assiste un peu partout à la montée des partis « nationaux-populistes » ou, dans certain pays, à l’émergence de forces contestataires proches de la gauche « libertaire », Londres vient d’élire un maire appartenant à la gauche travailliste traditionnelle mais qui présente surtout la particularité d’être musulman.

Issu d’une famille pakistanaise de huit enfants immigrée au Royaume-Uni dans les années soixante, Sadiq Khan, brillant avocat de 45 ans, a en effet terrassé jeudi dernier son adversaire conservateur en remportant 57 % des suffrage. Il dirigera donc désormais la plus grande ville d’Europe – 8,4 millions d’âmes – dont 38% des habitants sont nés à l’étranger.

Le précédent de Rotterdam

Si Sadiq Khan est le premier maire musulman à diriger une capitale en Europe, une grande métropole est déjà conduite par un édile de cette confession : c’est Rotterdam. Le grand port néerlandais de 620.000 habitants (plus que Lyon) est en effet dirigée depuis 2009 par un bourgmestre musulman d’origine marocaine, Ahmed Aboutaleb.

Et celui-ci, contrairement à Sadiq Khan, est né dans son pays d’origine et n’est arrivé aux Pays-Bas qu’à l’âge de 15 ans. Certes, à la différence de Londres, les bourgmestres néerlandais ne sont pas élus mais simplement nommés par le souverain sur proposition du conseil municipal.

Mais la légitimité d’Ahmed Aboutaleb est très forte : reconduit dans ses fonctions en 2014, il a été désigné cette année là comme personnalité politique néerlandaise de l’année et, l’an dernier, il a été sacré « meilleur dirigeant politique du pays ». Certainement pour son œuvre de réconciliation des communautés ainsi que pour son combat contre l’intégrisme.

Electorats d’avant-garde

En fait, il est intéressant d’observer que la plupart des maires des capitales européennes ont, à des degrés divers, un côté atypique. Cela tient sans doute à la nature même des capitales ou des très grandes villes. Par rapport au reste du pays, leur population est sur-éduquée et sur-cultivée, très branchée sur le débat d’idée, très ouverte sur le monde et très libérale sur les sujets sociétaux. Il en découle deux conséquences globales.

D’une part, si l’on prend les quinze pays d’Europe de l’Ouest, on constate que 13 capitales ont un maire de gauche ou de centre-gauche, ce qui ne reflète nullement la réalité politique européenne. En fait, seul le maire d’Helsinki, capitale de la Finlande, peut-être classé à droite tandis que la Maire de Luxembourg est centriste.

Ensuite, un tiers des maires des capitales d’Europe de l’Ouest sont des femmes et celles-ci dirigent également, à l’Est, des villes comme Varsovie, Prague et Sofia. En outre, on peut penser que le prochain maire de Rome sera une femme.

Une femme pour « renverser la table » dans la Ville Eternelle ?

Actuellement administrée par un commissaire extraordinaire depuis la démission de l’ancien maire du Parti démocrate Ignazio Marino, la capitale italienne doit élire un nouvel exécutif en juin prochain. En tête des sondages, avec 30% des intentions de vote, on trouve Virginia Raggi, une avocate de 37 ans qui fait partie du mouvement populiste Cinque Stelle de Bepe Grillo.

Mais elle est plutôt fâchée avec ce dernier et tient surtout sa popularité de sa volonté d’en finir avec une administration municipale clientéliste et corrompue qui a laissé Rome en deshérence sur le plan de la salubrité et des transports. D’ailleurs, une autre radicale la suit dans les sondages, Giorgia Melani, créditée de 24% et membre du parti populiste et régionaliste de la Ligue du Nord.

Deux originales dirigent Paris et Madrid

D’autres femmes dirigent déjà des capitales et leur parcours est original. C’est le cas à Paris avec Anne Hidalgo, fille d’immigrés espagnols et naturalisée française en 1973. Elle s’est notamment fait remarquer, en tant que membre du parti socialiste, par ses rapports très critiques à l’égard du président et du gouvernement actuel. Et aussi par le fait que, malgré la « vague bleue » des municipales de 2014, elle a été assez facilement élue face à la candidate de droite Nathalie Kosciusko-Morizet.

Mais plus atypique encore est la Maire de Madrid, Manuela Carmena, 72 ans, élue à 63% en 2015 avec le soutien des socialistes du PSOE et, surtout, du mouvement contestataire Podemos. Elle se démarque par sa volonté d’en finir avec la corruption, par son combat contre la tauromachie et elle a inauguré son mandat en baissant de 55% sa rémunération.

Stockholm et Copenhague, capitales « climatiques »

En Scandinavie, une autre femme se distingue, c’est Karin Wanngard, 41 ans, maire social-démocrate de Stockholm depuis 2014. Forte des performances environnementales de la Suède depuis 1990, elle s’est donnée comme objectif incroyablement ambitieux de faire de Stockholm une cité libérée à 100% des énergies fossiles d’ici à 2040.

Le Lord-Maire de Copenhague Frank Jensen est également très écolo puisqu’il vise pour sa ville la neutralité en Co2 dès 2025. Par ailleurs, il entend très bientôt généraliser la légalisation du cannabis (actuellement expérimentée) et il s’est distingué, ces derniers temps, dans son combat contre le dumping social de Ryanair en interdisant aux 45.000 employés municipaux de voler sur cette compagnie aérienne.

Varsovie et Vienne font de la résistance

Quelques initiatives ou positionnements sont encore à souligner. D’abord en Pologne où la Maire de Varsovie Hanna Gronkievicz-Wals, ancienne présidente de la banque centrale de Pologne, a été réélue trois fois depuis 2005. Dans ce pays où l’antisémitisme est encore vivant, elle s’est faite notamment remarquer pour son combat en faveur de la création du musée de l’histoire des Juifs polonais, inauguré en 2014.

On peut également parler de l’indéboulonnable maire social-démocrate de Vienne, Michaël Häupel, en poste depuis 1994 et qui résiste à l’offensive des populistes du FPÖ. Allié aux Verts, il a réussi en 2010 à distancer de sept points le président du FPÖ, Heinz-Christian Strache.

Signalons encore le Maire de Bruxelles, le bourgmestre socialiste francophone Yvan Mayeur, très hostile aux indépendantistes flamands de la N-VA dont le président, Bart de Wever, règne, lui, depuis 2013 sur Anvers, la deuxième ville du pays. Bart de Wever, le seul maire que l’on ne reconnaît pas sur les photos puisqu’il a maigri de 58 kilos en 2012 et a, depuis, gardé la ligne !

Et puis, pour terminer, évoquons la Lord Mayor de Dublin, en Irlande, Criona Ni Dhalaigh. Non pas tant parce qu’elle est une femme du parti de centre gauche, le Sinn Fein. Mais parce que, comme tous les Lord Mayor de Dublin, sa mandature ne dure qu’une seule année !




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