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La croissance se disperse dans l’Union européenne

mercredi, 18 mai, 2016 - 13:18

La dernière estimation d’Eurostat montre que la croissance en Europe ne se diffuse pas mais se disperse. Grâce à l’accélération de l’activité en France et en Italie, les quatre premières économies convergent. Mais les pays qui, historiquement, évoluaient en parallèle ont tendance à diverger.

La fin du mois d’avril a fait souffler un vent d’optimisme à propos de l’économie française. L’annonce d’un recul de 60.000 personnes du nombre de chômeurs n’ayant aucune activité – le plus fort recul mensuel depuis 15 ans, suivi trois jours après par celle d’une hausse de 0,5% du PIB au premier trimestre a renforcé l’hypothèse d’une sortie du marasme productif dans l’Hexagone.

Vendredi dernier pourtant, la publication par Eurostat des données concernant la croissance européenne a un peu refroidi les enthousiasmes. Car le PIB de la zone Euro ne s’est accru que de 0,5%, comme en France, et non de 0,6% comme l’estimait une première évaluation.

Surtout, si l’on compare les résultats en glissement annuel (c’est à dire la croissance d’un trimestre par rapport au même trimestre de l’année précédente), l’activité ne progresse plus en zone euro que de 1,5% contre 1,6% lors des trois précédents trimestres.

Accélération en France

A l’inverse, même s’il reste inférieur (1,3%), le PIB français en glissement annuel continue de progresser. L’accélération de l’activité en France est incontestable car les composantes de cette croissance sont plutôt saines : une nette reprise de la consommation – + 1,2% sur un trimestre – et surtout une nouvelle accélération des dépenses d’investissement, en hausse de 0,9% entre janvier et mars. Cela ne peut que favoriser la poursuite du recul du chômage. D’autant que l’Allemagne, notre principal marché d’exportation, a connu en début d’année une très bonne croissance (0,7%).

Ce pays redevient le moteur de la croissance européenne car l’expansion allemande est désormais alimentée par la demande intérieure et notamment par la consommation des ménages qui bénéficie d’une forte hausse des rémunérations. Le grand syndicat de la métallurgie IG Metall, qui donne le ton à toutes les négociations salariales en Allemagne, vient ainsi d’arracher au patronat une augmentation de 4,8% sur 21 mois dont 2,8% dès 2016.

Convergence des quatre premières économies

Tout cela est de bon augure pour la suite, surtout si l’économie des principaux clients européens de l’Allemagne se redresse. Cela dit, on est encore très loin du boom économique outre-Rhin, puisque la croissance annuelle y plafonne à 1,6% depuis un an.

Cette croissance étale en Allemagne par rapport au deuxième trimestre 2015 s’accompagnant d’une accélération en France (de 1,1 à 1,3%) et en Italie (de 0,5 à 1%) et d’un ralentissement au Royaume-Uni (de 2,4 à 2,1%), on observe une harmonisation des taux de croissance entre les quatre premières économies de l’Union. En revanche, cette harmonisation ne se produit pas ailleurs, au contraire.

On observe en effet une dislocation des groupes régionaux cohérents. Ces pays qui, historiquement, voyaient leurs économies évoluer de concert du fait de leur proximité géographique et de la similitude de leurs structures économiques et sociales. Premier exemple, celui de la Péninsule ibérique.

Divergence Espagne/Portugal

L’Espagne s’est manifestement extirpée de la crise : sa croissance atteint 0,8% au premier trimestre et 3,4% sur un an, le chômage qui reste très élevé, reflue de façon significative et alimente une consommation qu’une forte déflation favorise par ailleurs.

A l’origine de ce rebond, la politique volontariste du gouvernement Rajoy en perspective des élections de décembre dernier (qu’il n’a pourtant pas gagnées). Une politique budgétaire accommodante qui se traduit d’ailleurs par un déficit public de 5% du PIB qui fait froncer les sourcils aux commissaires de Bruxelles.

A l’inverse, le petit Portugal reste à la traine en dépit de l’adoucissement de l’austérité décidé par le nouveau gouvernement socialiste d’Antonio Costa. Au premier trimestre, le PIB portugais a à peine progressé (de 0,1%) et la croissance annuelle ne dépasse pas 0,8%.

Les causes de ce marasme sont multiples : la vigilance européenne reste maximale du fait d’une dette publique de 130% du PIB et les initiatives expansionnistes du gouvernement sont très encadrées. La dette privée est l’une des plus forte d’Europe – elle représente 240% du PIB – ce qui fragilise à l’extrême le secteur bancaire. Enfin, la spécialisation industrielle du pays reste défavorable, avec notamment un secteur textile malmené par la concurrence des produits du Maghreb.

L’Allemagne qui rit, l’Autriche qui pleure

A la différence de son voisin allemand qui se porte plutôt bien, l’Autriche voit sa croissance annuelle décliner à 1%, au niveau italien, le chômage ré-augmenter et les salaires stagner, ce qui explique d’ailleurs largement la perte de confiance dans les partis au pouvoir.

Werner Faymann, le chancelier social-démocrate en poste depuis 2008 vient d’ailleurs de démissionner et il y a un risque sérieux de voir un populiste du parti FPÖ accéder à la présidence de la république le 22 mai prochain. L’Autriche souffre également de la moindre croissance de ses marchés traditionnels d’Europe centrale.

Grands écarts à l’Est

Car la situation est contrastée en Europe centrale. La Hongrie est proche de la croissance zéro (0,5% en glissement annuel) tandis que le taux d’expansion de la Pologne n’est plus de 2,5%. A l’inverse, République tchèque et Slovaquie restent dynamiques (respectivement 4 et 3,6% de croissance annuelle).

Quant aux Pays baltes, autre zone qui perd son homogénéité, L’Estonie (+ 1,8% du PIB en glissement annuel) et surtout la Lettonie (+ 1,3%), toujours victimes de la dépression russe, marquent le pas. Mais la Lituanie, peu dépendante du marché russe, s’en sort mieux avec une croissance de 2,4%.

Pays scandinaves : du pire au meilleur

La Scandinavie n’est pas épargnée par les divergences. La croissance reste inférieure à 1% en Finlande, toujours ébranlée par la crise russe. Mais elle est encore plus faible au Danemark (0,5% sur un an) qui voit ses exportations plonger.

Or, c’est tout l’inverse en Suède où le PIB progressait fin 2015 de 4,5% en glissement annuel, soit la plus forte croissance de toute l’Union. La Suède est incontestablement portée par le positionnement très « High tech » de son industrie et son secteur immobilier en plein boom. En outre, le gouvernement a mené une politique monétaire très expansionniste et la couronne suédoise se déprécie par rapport à l’euro (- 8% en trois ans), ce qui favorise les exportations.

Notons qu’à la différence de la Suède, le Danemark n’a pas mis en œuvre le même pilotage monétaire et la couronne danoise reste, elle, collée à la devise européenne. Contrairement au « made in Sweden », le « made in Denmark » n’a donc rien gagné en compétitivité sur ses marchés de la zone euro.

Les divergences austro-allemandes, hispano-portugaises et suédo-danoises montrent en tout cas que le facteur de la monnaie unique n’explique en rien les disparités intra-européennes : des pays voisins de la zone euro divergent et il en va de même pour deux autres voisins qui ont conservé leur monnaie nationale.




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