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Visas et migrants : Erdogan entame un bras de fer avec l’Europe

vendredi, 27 mai, 2016 - 09:44

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé l'Union européenne de bloquer l'application de l'accord sur les migrants si aucune avancée n'avait lieu à propos l'exemption de visa pour ses compatriotes d'ici au 30 juin. Ces négociations concernent les courts séjours (90 jours maximum) familiaux, de voyages d'affaires ou touristiques dans l'espace Schengen.

Erdogan persiste et signe. S’il s’est illustré au cours de ces dernières années comme un dirigeant de plus en plus autoritaire dans sa politique intérieure, il n’en est pas moins léonin dans ses relations diplomatiques. « Notre ministre des Affaires étrangères et celui des relations avec l’Union européenne vont participer à ces discussions. Dans le cas où aucun résultat ne serait obtenu, qu’ils nous excusent, mais aucune décision, aucune loi dans le cadre de l’application de l’accord de réadmission ne sortira du Parlement », a-t-il déclaré lors du Sommet humanitaire mondial. Au cœur du débat, les négociations visant à obtenir un accord sur une libéralisation du régime des visas pour les Turcs voulant se rendre dans l’espace Schengen.

Lundi, la chancelière allemande Angela Merkel avait réaffirmé la nécessité de remplir tous les critères avant une exemption de visa : « J’ai clairement dit que la voie vers l’exemption de visa passait par 72 points », avait souligné la chancelière allemande après une rencontre bilatérale avec M. Erdogan, avant de poursuivre que selon elle, ces critères n’étaient pas tous remplis. « Nous ne pouvons pas nous permettre de faire ces changements pendant que la lutte intensive contre le terrorisme est en cours », avait déjà déclaré le 6 mai le ministre des Affaires européennes Volkan Bozkir. « Je leur ai dit très clairement hier (…) Qu’ils ne nous sortent pas un nouveau critère tous les deux jours », a rétorqué mardi le chef de l’Etat turc.

Si ces déclarations avaient laissé entendre que les relations entre l’UE et la Turquie n’étaient pas au beau fixe, rien ne présageait l’ultimatum d’Ankara. Depuis le 20 mars, tous les migrants arrivés en Grèce sont renvoyés en Turquie. Pour chaque Syrien renvoyé en Turquie, un autre Syrien en provenance d'un camp de réfugiés turc sera « réinstallé » dans un pays européen, dans la limite de 72 000 places. En contrepartie, les Européens ont accepté de fournir jusqu'à 6 milliards d'euros d’aide, de relancer les discussions sur l'intégration de la Turquie à l'UE et d'accélérer le processus de libéralisation des visas pour les Turcs.  Or, Erdogan a fait de cet accord une condition indispensable pour continuer d’appliquer le pacte controversé sur les migrants qui a permis de réduire drastiquement le flux des passages clandestins vers la Grèce.

La brutalité de ce chantage politique vient du fait qu’il semble de moins en moins probable que la Turquie obtienne gain de cause. Le régime a dernièrement multiplié les signes d’autoritarisme, ce que Bruxelles voit d’un mauvais œil. En tête des doléances, la levée de l'immunité de députés turcs, dont de nombreux élus du Parti démocratique des peuples (HDP, pro-kurde) – opposants au régime d’Erdogan – et le refus d'assouplir la loi antiterroriste turque. Par ailleurs, les pays européens ont été déstabilisés par la soudaine démission de l'ex-Premier ministre Ahmet Davutoglu, interlocuteur très respecté et largement apprécié sur le continent. Son successeur, Binali Yildirim, est à la tête d’un nouveau gouvernement très largement influencé par Erdogan.

Les tensions croissantes entre Ankara et Bruxelles étaient de mauvais augure pour le dirigeant turc. En posant ses conditions sans ouvrir la voie à des négociations, Erdogan joue en quelque sorte son va-tout. Pas sûr, cependant, que l’Europe, qui lui a déjà beaucoup concédé, accepte ces conditions.


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