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En France, les compteurs communicants continuent de créer la polémique

lundi, 6 juin, 2016 - 08:49

Depuis le 1erdécembre 2015, Enedis (ex ERDF) déploie les compteurs communicants partout en France. 800 000 boitiers Linky sont aujourd'hui installés dans l’Hexagone. D'ici 2021, ce sont 35 millions de compteurs qui seront répartis sur tout le territoire. Par cette opération d’envergure, la France a fait le choix de la transparence, les réseaux intelligents, dont le Linky constitue la première brique, ayant pour vocation de permettre à chacun de mieux connaître sa consommation, et donc de mieux la gérer. Des arguments qui ne séduisent pas tout le monde.

La France se lance dans la transition énergétique. Son programme ? Une meilleure compréhension, donc appréhension, de la consommation des ménages grâce à des compteurs dits « intelligents. » Le nouveau boitier vert déployé sur tout le territoire français est néanmoins au cœur d’une polémique alimentée par nombre de sites d’opinion en ligne, clamant son inutilité ainsi que sa dangerosité pour la santé et la vie privée. Le courant porteur en ligne (CPL), technologie nécessaire à la transmission des données recueillies par le compteur, serait générateur d’ondes électromagnétiques dangereuses pour l’homme. De plus, on peut lire ici et là que les données récoltées seraient utilisées à des fins commerciales, à l’insu des consommateurs.

Linky, à quoi ça sert ?

Ces craintes sont prises au sérieux par les pouvoirs publics, qui ont souhaité rassurer les usagers, en commençant par leur expliquer l’utilité pas toujours comprise de ces compteurs. Le Premier ministre français Manuel Valls, lors de son discours à la Conférence environnementale, le 26 avril dernier, a rappelé la nécessité d’un changement dans nos habitudes de consommation, afin de transiter vers la durabilité : « Consommer "moins", d'abord. Cela implique d'optimiser l'usage des matières premières, de l'énergie, des ressources. » Pour le Premier ministre, une meilleure gestion passe par une meilleure connaissance de nos habitudes et de nos appareils. « Consommer moins, c'est aussi savoir ce que l'on consomme. C'est la vocation des nouveaux compteurs communicants, comme Linky pour l’électricité. » Selon une étude publiée par l’institut de sondage Ifop (Institut français d'opinion publique), « 9 Français sur 10 ne comprennent pas l’intégralité de leurs factures d’électricité. »

Peu après, c’est le ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique qui est revenu sur l’intérêt du déploiement du compteur communicant Linky. Pour Bercy, « le réseau dispose de compteurs installés il y a une trentaine d’années qui mesurent de manière assez grossière les consommations, cela ne permet pas de proposer des offres de fourniture d’électricité très sophistiquées. » De plus, Enedis promet que le relevé en temps réel (ou presque) de la consommation mettra fin à la facturation basée sur des estimations, la remplaçant par une facturation précise et continue, ce qui devrait éviter les rééquilibrages et autres mauvaises surprises en fin de mois. Linky, en permettant de suivre le détail de sa consommation, devrait par ailleurs permettre d’identifier les gestes et appareils trop gourmands en énergie. De 4,5 à plus de 11 % d’économies sur les factures sont attendues, selon une étude de l’ADEME.

Vie privée en danger ?

Sur le chapitre de la protection des données personnelles, Enedis s’est engagé à respecter le cadre imposé par la CNIL. Tous les abonnés resteront maitres de leurs données, et pourront choisir de les communiquer ou non. « Il faut vraiment que la personne accepte et fasse un acte positif [pour qu’Enedis collecte et transmette ses données]. C'est une protection forte puisqu'on ne peut pas dire : « vous avez oublié de cocher une case donc toutes les données sont collectés par défaut et transmises à la Terre entière ! » selon Joanna Masson, juriste au service des affaires économiques de la CNIL. Directeur du programme chez Enedis, Bernard Lassus ajoute que ces données concernent « des électrons qui passent » qui ne permettent pas « de savoir de quel appareil en particulier ils proviennent. »

Du CPL à la pelle

Les compteurs communicants s’appuient sur la technologie du courant porteur en ligne (CPL), qui permet de transporter un signal de haute fréquence en le superposant au signal 50hz du courant électrique qui est délivré par les réseaux traditionnels. Ce deuxième signal se propage sur l'installation électrique et peut être reçu et décodé à distance. Le CPL est couramment utilisé en domotique (commande de volets roulants ou des chauffe-eaux par exemple) ou dans les box Internet. Or, ce fonctionnement émet des ondes électromagnétiques que l’OMS a classifiées comme « potentiellement cancérogènes. » La communauté scientifique explique qu’il ne s’agit toutefois pas là d’un motif d’inquiétude, rappelant qu’il est impossible de démontrer scientifiquement l’absence de risque, car cela revient à vouloir démontrer l’existence d’un ensemble vide.

 Un arrêt du Conseil d'État datant de 2013 avait souligné que « les rayonnements électromagnétiques émis par les dispositifs de comptage et les câbles n'excèdent ni les seuils fixés par les dispositions du décret du 18 octobre 2006 relatif à la compatibilité électromagnétique des équipements électriques et électroniques, ni ceux admis par l'Organisation mondiale de la santé. » Bercy rappelle de son côté que si qu’« effectivement, lorsque l’appareil commence à envoyer des informations, c'est-à-dire une fois par jour, il émet des ondes, de la même façon qu’un smartphone, mais leur puissance est extrêmement faible. »

Si toutes les objections anti-Linky peuvent être balayées d’un revers de la main, pourquoi, dans ce cas, sont-elles si tenaces ? Il faut sans doute y voir de sérieuses lacunes sur le plan de la communication de la part d’Enedis et de l’Etat, qui n’ont pas réussi à faire comprendre à une partie de la population l’intérêt du nouveau compteur, ni à démontrer qu’il n’était pas plus dangereux que les anciens.


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