Connexion

Syndicate content

L’afflux des migrants de l’Est a renforcé les partisans du Brexit

lundi, 20 juin, 2016 - 15:20

Même si les Britanniques décident de rester dans l’UE, les europhobes n’auront jamais été aussi nombreux outre-Manche. Une réaction face à l’arrivée massive – sans équivalent en Europe - de ressortissants des nouveaux pays membres de l’Union que les traités européens interdisent de réguler.  

"Brexit" or "Bremain" ? A la veille du referendum britannique sur la sortie ou le maintien dans l’Union européenne, toute l’Europe retient son souffle même si les derniers sondages penchent en faveur du maintien dans l’UE.

On a beaucoup glosé sur l’euroscepticisme structurel du Royaume-Uni, son insularité, ses liens culturels quasiment filiaux avec les Etats-Unis, son libéralisme congénital… Le dernier eurobaromètre publié en mai 2015 sur les opinions de citoyens des 27 pays membres à l’égard de l’Union montre aussi que les Britanniques se sentent peu concernés par l’UE.

Une Nation  déjà eurosceptique…

L’Europe ne représente la paix que pour 16% d’entre eux contre 44% des Allemands et 27% des Français. Nos voisins d’outre-Manche sont 32% à avoir une image « plutôt positive » de l’UE mais 28% une image négative alors que les Allemands sont positifs à 45% et négatifs à 21%. Les citoyens du Royaume-Uni sont par ailleurs très opposés à une intégration politique de l’Europe et rejettent à 54% la création d’une armée européenne contre seulement 27% des Français. Et, bien sûr, ils refusent à 72% l’union monétaire.

Depuis son adhésion en 1972, le Royaume n’a jamais été favorable à l’Europe que sur un seul point : la construction d’un marché unique qui facilite son commerce avec le continent européen vers lequel il écoule 50% de ses exportations et qui permet au centre financier de Londres d’asseoir sa prééminence sur l’Europe. Ceci explique pourquoi, jusqu’au milieu des années 2000, une majorité de Britanniques n’envisageait pas de quitter l’Union européenne.

… qui bascule dans l’europhobie après  l’élargissement

Le facteur déterminant du basculement de l’opinion publique outre-Manche – et tout particulièrement en Angleterre – a été l’élargissement, en 2004, de l’Union aux anciens pays de l’Est. Un élargissement pourtant soutenu initialement avec enthousiasme par le gouvernement travailliste de Tony Blair qui y voyait un moyen de contrecarrer l’intégration toujours plus poussée de l’Union.

La stratégie de Londres traduisait également une approche libérale : accueillir une main d’œuvre bon marché et peu revendicative ne pouvait, aux yeux du patronat britannique, que renforcer la compétitivité des entreprises.

C’est la raison pour laquelle la Grande Bretagne a été l’un des seuls pays, avec la Suède et l’Irlande, à accepter d’emblée le libre établissement des travailleurs de l’Est sans prévoir de période transitoire, comme l’ont fait les autres Etats, Allemagne et France notamment.

Du coup, les travailleurs de ces pays d’Europe centrale et orientale ont afflué vers le seul grand pays complètement ouvert aux salariés. Dans le même temps, le Royaume-Uni persistait à vouloir garder le contrôle de la libre circulation des personnes en refusant d’intégrer les accords de Schengen.

Fin de l’approche libérale

L’afflux des travailleurs polonais, baltes ou slovaques allait toutefois déterminer, en 2010, le nouveau gouvernement conservateur de David Cameron à abandonner son approche libérale en repoussant au maximum l’ouverture du Royaume aux salariés roumains ou bulgares dont les pays avaient intégré l’Union en 2008.

Depuis le 1er janvier 2014, cette période transitoire est terminée et Londres a dû se résoudre à accepter aussi les travailleurs de ces pays. Ce qui a achevé de faire basculer encore un peu plus l’opinion publique dans le rejet de l’Europe.

Plus de Polonais ou de baltes qu’en Allemagne

Selon l’institut Eurostat, on comptait au 1er janvier 2015 presque 1,5 million de travailleurs étrangers provenant de l’Est établis au Royaume-Uni. Ce qui représente 27% du total de la population étrangère, sans compter les personnes ayant obtenu leur naturalisation.

En Allemagne, première économie d’Europe et cœur de la « Mittleuropa », ces migrants de l’Est sont un peu moins nombreux en termes absolus et ne représentent que 19% de la population étrangère ! On compte ainsi 870.000 Polonais établis outre-Manche contre 640.000 établis dans l’Allemagne voisine, 168.000 Lituaniens contre 38.000 outre-Rhin, 110.000 Lettons contre 28.000….

La France peu concernée

Quant à la France, elle est peu concernée par ce mouvement. Les travailleurs de l’Est considèrent l’Hexagone comme un pays peu accueillant et qui, surtout, offre peu d’opportunités d’emplois. En 2012 – l’INSEE ne dispose pas de chiffres plus récents, c’est révélateur – on dénombrait en France 50.000 Polonais et 65.000 Roumains, alors que ces derniers sont déjà 180.000 au Royaume-Uni, 345.000 en Allemagne et plus de 1,1 million en Italie.

Tandis que les personnes nées dans l’un des pays de l’Est de l’Union représentaient 240.000 personnes en France en 2012 (dont moins de 200.0000 étrangers), les étrangers de l’Est sont proches du million en Espagne et sont plus de 1,3 million en Italie.

En France et, dans une moindre mesure, en Italie, le rejet des immigrés se focalise sur les populations extra-européennes. Mais il n’en est pas de même au Royaume-Uni, pays accoutumé depuis des décennies à accueillir des migrants de l’ex-empire britannique, des Indiens, des pakistanais, des caribéens…

Une diversité culturelle qui effraie les ruraux

Dans leur grande majorité, ces migrants extra-européens se concentrent dans la conurbation londonienne où les grandes villes industrielles comme Liverpool ou Birmingham. De plus, cette immigration est sous le contrôle de la Grande Bretagne.

Avec les Européens de l’Est, c’est tout différent. D’une part, ces populations ont un droit à s’établir en vertu des traités européens et Londres ne peut les refuser. D’autre part, les Polonais ou les Baltes travaillent beaucoup dans le bâtiment, l’agriculture et la petite industrie.

En conséquence, beaucoup s’établissent dans les villes moyennes ou même les zones rurales, là où résident des populations plus âgées, peu insérées dans l’économie globale et inaccoutumées à côtoyer des personnes de cultures différentes. Si les adversaires de l’Europe ont gagné dix points ces dernières années en Angleterre et si les nationalistes de l’UKIP y ont progressé si fort, c’est bien en raison de cette nouvelle vague migratoire. 




Pays