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Glyphosate : l'évidence scientifique doit prévaloir sur les calculs politiciens

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Jeu, 23/06/2016 - 17:07

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En l'absence de majorité qualifiée dans un sens ou dans un autre parmi les États membres, la Commission européenne souhaite proposer une prolongation de 12 à 18 mois de l’actuelle homologation du glyphosate, herbicide le plus répandu dont l’autorisation de vente expire fin juin. Pourquoi un tel délai ? Pour attendre l’avis éclairé de l’Echa, l’Agence européenne des produits chimiques en charge de la classification des substances, qui se prononcera courant 2017 sur le désherbant. Les Etats membres décideront le 6 juin du bienfondé ou non de cette prolongation. Quoi qu’il en soit, la proposition de la Commission risque fort d’être perçue comme une manœuvre dilatoire en faveur du glyphosate, et pourrait bien donner le signal pour le lynchage médiatique d'une institution accusée – à tort – de sacrifier la santé et l'environnement sur l'autel des intérêts économiques.

Pourquoi, alors que les évaluations sanitaires et environnementales sont positives, l’Union européenne ne parvient-elle pas à se mettre d’accord sur le sujet du glyphosate ? Le problème – et la solution – réside essentiellement dans deux États, censés être les moteurs de l'Europe : l'Allemagne qui choisit actuellement de s'abstenir, et la France qui s'est bruyamment déclarée opposée au renouvellement de l'autorisation. Dans les deux cas, il s'agit de manœuvres politiciennes avec, en France, une composante idéologique irrationnelle.

Le glyphosate – qu'on ne saurait désigner sans y associer Roundup et Monsanto – est commercialisé depuis 1974 et utilisé dans le monde entier. Il est considéré partout comme un produit remarquable, depuis que Monsanto l’a popularisé, via le Roundup, en raison de son profil toxicologique et éco-toxicologique très favorable, l'un des meilleurs parmi les herbicides. Il est en vente libre pour les particuliers. C'est une indication, si on veut bien réfléchir un instant et reconnaître aux pouvoirs administratifs et politiques un certain sens des responsabilités, qui ne s'érode actuellement qu'avec la démagogie.

Le glyphosate a été célébré comme un excellent produit jusqu'au déchaînement des campagnes dirigées contre Monsanto, les pesticides en général, et les OGM. La contestation a reçu un formidable coup de pouce en mars 2015, quand le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), une institution dotée d'une certaine indépendance mais organiquement liée à l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a classé le glyphosate « cancérigène probable ». Une décision diversement déclinée dans les médias selon le sérieux et la bonne foi des rédacteurs : pour les uns, c'était (c'est toujours malgré les décisions récentes) : « L'OMS a classé... » ; d'autres font passer « probable » à la trappe ; d'autres encore combinent les deux.

Des agents du CIRC et la moitié des membres de son groupe d'experts ont contribué aux pressions : le CIRC n'a pas été neutre dans cette affaire, et sa décision a de forts relents de manipulation socio-politique.

Mais nul besoin d'évoquer des manœuvres ou de contester le bien-fondé de la décision (du reste fort contestable) : le CIRC évalue un danger et non des risques comme il le laisse entendre – de manière irresponsable – dans ses documents, « pour des raisons historiques ». La différence ? Le risque tient compte du danger et de l'exposition, un facteur sur lequel nous avons prise.

Il n'y a donc pas de contradiction insoluble entre le classement du CIRC et les conclusions de la flopée d'organismes – le BfR allemand, l'EFSA européenne (en fait, les experts de l'EFSA et des États membres), l'EPA états-unienne, l'ARLA canadienne... – pour qui le glyphosate n'est probablement pas cancérogène ni reprotoxique et, plus généralement, ne présente pas de risque préoccupant pour la santé.

Cette différence entre danger et risque a du reste été bien perçue quand le CIRC a classé la viande transformée dans les cancérogènes, non pas probables, mais certains, et la viande rouge dans la même catégorie que le glyphosate. Curieusement – enfin c'est une clause de style – le CIRC a fait l'effort d'expliquer ses classements pour la viande ; il s'est gardé de le faire pour le glyphosate ainsi que, du reste, le malathion. Celui-ci a été retiré de l'arsenal de lutte antivectorielle (pour prévenir la dengue, le chikungunya, Zika...) par un gouvernement faisant une application démagogique du « principe de précaution ».

L'argument de la cancérogénicité a été démonté, sauf pour les plus obtus des opposants, et les plus sournois qui se rabattent sur les « soupçons ». Notre gouvernement a trouvé une parade en un tournemain : le glyphosate est un perturbateur endocrinien, les études à sa disposition le prouvent.

Où sont ces études ? Si elles existent (et qu'elles ne sortent pas d'officines de production de science militante, poubelle), il faut conclure à des manquements graves, insupportables, dans le processus de décision : ou bien les agences d'évaluation et les autorités de régulation, en fait du monde entier, ont mal fait leur travail ; ou bien le gouvernement français a gardé ces études sous le coude pour les sortir au bon moment à l'appui d'une manœuvre politique.

Notre ANSES nationale, priée d'analyser les éléments présentés dans la monographie du CIRC, a signalé dans son avis du 9 février 2016 qu'il est « peu probable que le glyphosate ait un effet potentiel sur la perturbation endocrinienne des voies dépendantes de la régulation œstrogénique ». Par implication, cela signifie qu'elle n'a rien trouvé sur les autres voies.

Par sa manœuvre, dont le caractère électoraliste n'échappera à personne, le gouvernement désavoue et décrédibilise l'ANSES et les autres agences et autorités. C'est grave. Très grave.

La France, déjà affligée d'un rejet de pans entiers du progrès technologique, n'a pas besoin de ça.

La France, à entendre le Président de la République par ministre interposé, entend ne pas renouveler l'autorisation du glyphosate. Comment ? Par une loi ou un autre instrument législatif ? En contraignant ou « persuadant » l'ANSES à qui la gestion des autorisations de mise sur le marché (AMM) a été déléguée, ce qui serait se moquer de l'organisation administrative de la République mise en place par... la majorité actuelle ?

Le retrait du glyphosate de l'arsenal de lutte contre les plantes indésirables, en agriculture et ailleurs, aurait de très graves conséquences sur notre agriculture, notre alimentation, la santé publique et l'environnement, sans parler de notre compétitivité. Un exemple contre-intuitif : le glyphosate est un élément important, sinon essentiel, de l'agroécologie.


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