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Le Brexit renforce la menace d’une désintégration de l’UE

lundi, 27 juin, 2016 - 15:09

Beaucoup de citoyens européens eurosceptiques hésitaient à faire le saut dans l’inconnu. Le « Brexit » risque de les désinhiber, surtout si les accords qui définiront les liens entre l’UE et le Royaume-Uni s’avèrent peu pénalisants pour les Britanniques.

Cinq jours après le vote des Britanniques en faveur du Brexit, l’Europe est encore sous le choc d’un résultat que les derniers sondages annonçaient inverse. Il est encore bien trop tôt pour en mesurer les conséquences sur l’économie britannique et sur l’avenir même du Royaume-Uni.

Quant à l’impact sur l’Union du départ de la deuxième économie de la zone, il est évident qu’il sera important, notamment du point de vue institutionnel et politique. D’ores et déjà, un grand nombre de pays admettent la nécessité de réformer l’UE, voire de la refonder. Par ailleurs, on s’interroge tout naturellement sur l’influence que le Brexit ne va pas manquer d’exercer sur les diverses opinions publiques européennes.

En clair, cette sortie de l’Union va-t-elle être contagieuse et pousser d’autres pays à organiser des référendums similaires ? On peut penser que oui, dans la mesure où il y a une grosse différence entre évoquer l’hypothèse d’un pays quittant l’Union et la réalité d’un départ qui est une première dans la déjà longue histoire de la construction européenne.

Ce choc de réalité est de nature à bouleverser la donne dans les pays déjà fortement gagnés par l’euroscepticisme, voire l’europhobie. Et tout spécialement, parmi eux, ceux qui apparaissent comme les partenaires privilégiés et les alliés naturels des britanniques au sein de l’UE, c’est à dire des pays dont le commerce est particulièrement orienté vers les Iles britanniques et que les souvenirs encore vivaces de la dernière guerre rendent un peu méfiants à l’égard de l’Allemagne.

Il s’agit des Pays-Bas, de la Suède et du Danemark. Les deux pays scandinaves sont toujours resté un peu en marge de l’Union et ont refusé d’intégrer la monnaie unique. Ces dernières années, l’euroscepticisme y a grandement progressé dans le sillage de la montée des partis populistes.

Suédois et les Danois déjà en marge

Les « démocrates suédois » caracolent en tête des sondages et si une enquête récente montrait un soutien majoritaire des Suédois à une Union comprenant le Royaume-Uni, ce soutien tombe à 32% si le Royaume-Uni quitte le bateau. Donc, la probabilité d’un « Swexit » vient de se renforcer.

Au Danemark, le « Parti du peuple danois » soutient depuis l’an dernier l’actuelle coalition libérale et a fortement influencé le gouvernement en matière de politique migratoire. Ce n’est pas un hasard si 53% des Danois ont rejeté en décembre dernier un renforcement de la coopération européenne en matière de justice et de police.

Cela dit, même les populistes danois de DF reconnaissent qu’il n’y a pour l’instant pas de majorité en faveur du « Danexit » mais si le Royaume-Uni négociait avec l’UE un nouveau traité sur mesure, DF se dit tout à fait prêt à exiger la négociation d’un traité similaire.

Les Néerlandais coutumiers du « non »

Quant aux Néerlandais, également proches des Britanniques, ils veulent voir comment se passent les négociations de sortie de l’UE. Le populiste Geert Wilder, leader du Parti pour la Liberté (le PVV), a annoncé qu’il s’engageait à organiser un référendum sur le « Nexit » s’il devenait premier ministre.

Or, les élections générales se tiendront en mars prochain et les sondages montrent que le PVV est susceptible d’obtenir le plus grand nombre de sièges au Parlement. En outre, les néerlandais se sont montrés plutôt eurosceptiques depuis dix ans, d’une part en rejetant en 2005, comme les Français, le projet de Traité constitutionnel, d’autre part en répondant « non » à 61% au referendum informel organisé en avril dernier sur l’approbation du traité d’association entre l’UE et l’Ukraine.

Cependant, un sondage réalisé samedi dernier dans le sillage du Brexit montre que si un référendum sur le Nexit était organisé aujourd’hui, 51% des néerlandais rejetteraient la sortie de l’Europe contre 34% qui l’approuveraient.

L’Autriche sur le fil du rasoir

Moins proche du Royaume-Uni mais fortement eurosceptique malgré sa proximité avec le voisin allemand, l’Autriche est un pays à « surveiller comme le lait sur le feu » : Norbert Hofer, candidat soutenu par le parti populiste FPÖ a bien failli être élu président de la république le 22 mai dernier. Et le FPÖ, très anti-européen, caracole en tête des sondages alors que les élections générales sont prévues en 2018.

Une enquête publiée en septembre 2015 par l’institut Robert Schumann montre d’ailleurs que les autrichiens sont, après les chypriotes, les Européens qui ont la plus mauvaise opinion concernant leur appartenance à l’UE : 37% contre 41% ayant une opinion positive. C’est beaucoup plus que les Britanniques qui exprimaient l’an dernier une opinion négative à 28% contre 49% une opinion positive.

L’idée d’un réferendum fait son chemin en Italie…

Surprise : on constate que les Italiens sont presqu’aussi nombreux que les Autrichiens – 35% – à considérer négativement leur appartenance à l’UE alors que les Français ne sont que 25% et les Allemands 19%.

Sous la houlette des populistes membres du mouvement « cinq étoiles » ou de la « Ligue du Nord », les Italiens ne sont plus du tout les Européens convaincus qu’ils ont été. Et 58% d’entre eux souhaiteraient l’organisation d’un referendum sur l’« Itexit ».

Cela ne veut pas nécessairement dire que l’Italie pourrait quitter l’Union. Car les réponses varient beaucoup en fonction des questions des sondeurs. Et un sondage d’Opinion Way effectué le mois dernier montre que 31% des Italiens sont partisans de l’ « Itexit » mais 52% sont contre. C’est quand même plus que les Français – 26% se disent partisans d’un « Frexit » – ou que les Allemands – 24%.

… et même en France

Le risque d’une sortie de l’Allemagne, un « Deuxit », paraît nul. En revanche, les Français sont beaucoup plus ambigus. Ils souhaitent en tout cas être consultés par referendum à 53% et se disent, selon une étude de début juin du Pew Research Center, défavorables à l’UE à 61%. Cela dit, à en croire les plus récentes enquêtes d’opinion, 35% de partisans d’un « Frexit », cela semble constituer une fourchette haute actuellement. Mais cela peut évoluer dans les prochains mois…

Tout va dépendre des conditions du Brexit

En conclusion, l’euroscepticisme ambiant pourrait pousser au départ quelques pays comme la Suède, l’Autriche, les Pays-Bas… En revanche, les pays de l’Est de l’Europe, souvent très eurosceptiques, ne risquent pas de partir, compte tenu de l’importance des aides financières européennes qu’ils perçoivent actuellement.

Finalement, tout dépendra de la manière dont les Britanniques et l’Union vont négocier leur séparation. Si cela se passe très bien et que le Royaume-Uni pâtit finalement peu de son Brexit, alors cela risque de désinhiber, dans de nombreux pays, beaucoup de citoyens déçus par l’Europe … 


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