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Grèce : Tsipras et Kammenos font-ils tout leur possible pour décourager les investisseurs ?

vendredi, 15 juillet, 2016 - 10:14

La coalition au pouvoir en Grèce semble adopter une politique de sape et de contradiction de ses propres engagements, qui l’amène à mettre systématiquement des bâtons dans les roues du processus de privatisation des secteurs malades du pays. Une gestion calamiteuse qui est loin d’inspirer confiance aux investisseurs dont la Grèce a cruellement besoin.

Comment va la Grèce ? Un an après le référendum sur les réformes du pays qui avait fait trembler les marchés – mais aussi les citoyens grecs, alors que les banques avaient fermé pendant 3 semaines – la question se pose. Et si le gouvernement s’était engagé à marcher dans le sens de ses créanciers afin de rétablir une situation viable pour le pays, l’état des lieux n’est pas rassurant. Depuis 2008, 427 000 Grecs ont quitté le territoire – une saignée sans précédent dans l’histoire du pays. Il s’agit majoritairement de jeunes Grecs, chassés par la crise de l’emploi chronique qui s’est installée. La plupart sont hautement qualifiés, ce qui prive le pays des cerveaux qui pourraient porter sa relance. Aujourd’hui, le chômage touche 25% de la population active et le nombre de pauvres a doublé en quelques années.

Le secteur privé est à bout de souffle : après l’annonce de l’endettement de la grande chaîne de supermarchés Marinopoulos à hauteur de 1,3 milliard d’euros (pas moins de 13 000 emplois sont directement menacés), on apprend que la compagnie d’électronique grand public Ilektroniki, la firme de sécurité Pyrsos et le groupe Mamidoil-Jetoil qui exploite un important réseau de stations-service, sont tous au bord du gouffre financier. Les observateurs craignent de les voir suivre la même voie que l'entreprise Atlantic, qui a déposé le bilan en 2010. Elle faisait partie des cinq enseignes les plus importantes en Grèce. Elle a aujourd’hui dû vendre la majorité de ses points de vente. Rappelons à ce titre qu’au cours des sept années de crise qu’a traversé le pays, 250 000 magasins et entreprises de toutes tailles ont déposé le bilan et plus d’un million d’emplois ont été perdus.

Tous annonçaient une reprise progressive du pays à l’annonce de l’accord entre la Grèce et ses créanciers l’an dernier, et pourtant, il s’enlise. La coalition au pouvoir (le parti anticapitaliste Syriza et le parti nationaliste des Grecs indépendants – Anel) enchaine les couacs, les provocations et les contradictions, si bien qu’elle a mis à mal un nombre alarmant de projets d’investissement clés pour l’économie du pays, exsangue. Ces retournements de veste incessants viennent du fait que la coalition est en train de perdre ses soutiens les plus à gauche depuis sa décision d’accepter les réformes demandées par les créanciers du pays. Seulement plutôt que d’assumer ce choix – l’inverse aurait certainement plongé le pays dans la faillite – le gouvernement préfère continuer de faire « un pas en avant, deux pas en arrière », reculant sur des dossiers majeurs afin de ne pas s’aliéner la gauche radicale.

Une indécision constante dont les dommages sont déjà criants : le groupe canadien Edolrado Gold s’était engagé à ouvrir une mine d’or à ciel ouvert de 700 mètres de diamètres à Lerissos, une bourgade du nord du pays. Le projet se serait accompagné de créations d’emplois nombreuses et aurait relancé un secteur à bout de souffle. Mais les caprices incessants du gouvernement grec, ainsi que ses réticences à délivrer un permis ont laissé ce projet estimé à un milliard d’euros dans les choux.

Ce type de comportement inquiète beaucoup les investisseurs potentiels – ces retards qui s’accumulent coûtent très cher – si bien que beaucoup passent maintenant leur chemin. Pourtant, le pays a toujours autant besoin de liquidités et de dynamisme économique. Et les initiatives que le gouvernement met en avant pour pallier ces démissions sont pour le moins farfelues. Tout d’abord, il y a eu le projet de regroupement des trois principaux chantiers navals du pays, Elefsis, Neorion et Skaramangas, afin de les vendre en tant qu’une entité unique. Seulement, l’Etat n’est pas l’actionnaire majoritaire du troisième. Il s’agit du groupe Abu Dhabi MAR, qui n’est pas du tout prêt à céder ses parts. Apprenant la nouvelle, Panos Kammenos, le ministre de la défense grec – et leader d’Anel – a menacé le groupe de poursuites juridiquement indéfendables, puis d’opérer une nationalisation forcée – ce qui ressemble à s’y méprendre à de l’expropriation. Aux dernières nouvelles, le gouvernement grec essaierait de vendre le chantier naval Skaramangas au géant chinois Cosco… alors qu'encore une fois, il ne lui appartient pas ! 

De même, afin de voler au secours du secteur de la défense grec, lui aussi dans le rouge, Panos Kammenos a imaginé un projet de collaboration avec la Russie. L’idée était de coproduire des fusils d’assaut « Kalashnikov » dans une usine qui ouvrirait à Aigio, au nord du Péloponnèse. Seulement, ce projet est impossible à cause des sanctions de l’EU visant Moscou, en réaction à l’invasion de la Crimée. Kammenos ne pouvait l’ignorer, mais il a préféré faire ses annonces avant de feindre la surprise et d’appeler ni plus ni moins à la levée de ces mesures, alors que le conflit ukrainien ne semble pas prêt de se régler. Inutile de dire que ses demandes n’ont pas donné suite, et que le projet a dû être enterré.

Ces promesses en l’air sont devenues monnaie courante pour un gouvernement dont la plupart des initiatives tombent à l’eau. Plus grave, elles s’accompagnent de violentes attaques visant les médias, des institutions telles que la Cour constitutionnelle, ou encore la Banque de Pirée. Ces sorties ne font que fragiliser l’Etat de droit alors que le climat national est de plus en plus inquiétant. Les manifestations contre le gouvernement se multiplient dans le pays depuis quelques mois, et cela n’a fait que renforcer sa rengaine bravache et stérile. Quand on connait l’état d’épuisement moral de la société grecque, le recours au populisme est en tout contre-indiqué. Il n’est susceptible de créer qu’une génération de déçus, dont on ne peut, à terme, attendre de vote raisonnable.




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