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L’étude des langues en Europe ne réduit pas le fossé entre cultures

mardi, 4 octobre, 2016 - 16:12

La diversité linguistique de l’Europe devrait inciter les citoyens à apprendre les principales langues du continent. Mais l’écrasante domination de l’anglais relègue très loin l’étude du français, de l’Allemand ou de l’Espagnol... sans parler de l'italien.

Le 26 septembre dernier, comme chaque année depuis 2001, s’est déroulée la journée européenne des langues organisée conjointement par le Conseil de l’Europe et l’Union européenne. Les multiples manifestations organisées dans divers pays reflètent le souci des instances européennes de diffuser davantage l’apprentissage des langues, premier vecteur du rapprochement des cultures – et donc des peuples – de l’Union.

A cette occasion, l’institut européen des statistiques Eurostat a publié des chiffres actualisés concernant l’enseignement des langues étrangères à l’école. Des données qui montrent que si l’étude des langues a tendance à se renforcer dans l’UE, la communauté linguistique européenne reste une utopie.

De fait, l’enseignement des langues tel qu’il est prodigué par tous les pays de l’Union ne constitue guère une marche vers l’intégration culturelle. D’une part, l’enseignement des langues en Europe ne se distingue pas particulièrement de l’enseignement pratiqué sur les autres continents. Comme partout, la position de l’anglais est totalement dominante puisque, hors Royaume-Uni, plus de 97% des élèves de l’Union étudient la langue de Shakespeare.

L’anglais peu dominant en Europe

D’autre part, cette écrasante prédominance ne reflète aucunement la réalité linguistique européenne. Si l’on considère la langue maternelle des populations en y ajoutant une estimation du nombre de citoyens étrangers pratiquant couramment cette langue, on découvre que l’anglais – pourtant partout enseigné – n’est pas si dominant que cela avec environ 150 millions de locuteurs en Europe.

L’allemand est pratiqué par 125 millions de personnes, le français par 90 millions, l’Italien par 67 millions et l’Espagnol par 57 millions. Cette diversité linguistique n’est aucunement prise en compte à l’école puisque l’Allemand est quatre fois moins enseigné que l’anglais et l’Italien 12 fois moins que l’Espagnol.

En somme, l’utilitarisme économique international détermine l’apprentissage des langues en Europe et nullement la volonté de favoriser la connaissance et le rapprochement des cultures au sein de l’Union. Un point pourtant essentiel à la construction d’une Europe politiquement intégrée.

Un enseignement précoce

Ce qui a changé, c’est le fait que les élèves apprennent de plus en plus tôt une langue étrangère. En 2013, 82% des élèves du primaire apprenaient une langue et même deux langues pour 5% d’entre eux. Naturellement, l’anglais est là aussi très dominant puisqu’il est étudié par 77% des élèves. Mais il faut noter que le français est quand même enseigné à 12% des élèves du primaire du fait de son apprentissage obligatoire en Belgique néerlandophone et qu’il domine dans l’enseignement primaire des langues au Royaume-Uni.

Le français devant l’allemand et l’espagnol, l’italien ignoré

A tous les niveaux d’éducation en langue, le français occupe la deuxième place, mais bien sûr très loin derrière l’anglais. En ce qui concerne le premier cycle de l’enseignement secondaire (le collège en France), niveau où l’apprentissage des langues étrangères est le plus généralisé, le français était enseigné en 2014 à six millions d’élèves européens, soit 33,7% des élèves de ce cycle à l’exclusion du Royaume-Uni.

Assez loin derrière le français, l’Allemand vient en troisième position avec 23%, suivi de l’Espagnol, 13%. Les deux langues suivantes sont déjà confidentielles, le russe totalisant 2,7% et l’italien 1,1%. La désaffection pour la langue de Dante – parlée par 13% des habitants de l’Union – démontre que la motivation culturelle ne joue pratiquement plus aucun rôle dans le choix des langues.

Deuxième langue la plus fréquemment choisie, le français fait un tabac à Chypre et en Roumanie, ou plus de 80% des élèves du premier cycle l’étudient, mais également en Italie et au Portugal (respectivement 67% et 64% des élèves). De façon moins hégémonique, elle est également la deuxième langue en Espagne (41%) et en Allemagne (24%).

Signalons aussi que le français est logiquement la première langue enseignée au Royaume-Uni (25% des élèves) et en Irlande (60%) ainsi qu’en Belgique néerlandophone où elle est obligatoire du fait du bilinguisme du pays.

Quant à l’Allemand, c’est la deuxième langue au Danemark et dans pratiquement tous les pays de l’Est européen. L’espagnol est la deuxième langue enseignée en France, au Royaume-Uni et en Suède. Enfin, le russe est la deuxième langue enseignée dans les pays baltes tandis que l’italien ne se hisse à ce niveau que dans le micro-Etat de Malte.

L’étude approfondie du français en recul

Le panorama linguistique est un peu différent au niveau du deuxième cycle de l’enseignement secondaire (le lycée en France). La prédominance de l’anglais est toujours aussi écrasante (94%), mais l’enseignement du français est nettement moins fréquent que dans le premier cycle (23% contre 33%) tandis que celui de l’allemand recule moins (19% contre 23%).

Selon les experts, cela dénote le fait que la langue de Molière est moins utilitaire que celle de Goethe puisque l’on choisit moins souvent d’en approfondir l’étude. De fait, parler couramment allemand est une exigence dans beaucoup de pays d’Europe centrale très tournés commercialement vers l’Allemagne.

Cela dit, l’apprentissage à un niveau supérieur du français comme de l’Allemand a reculé de trois ou quatre points depuis 2009, principalement au profit de l’espagnol mais aussi de langues extra-européennes comme le chinois ou l’arabe.

Le vilain petit canard britannique

Au final, les tendances en matière d’enseignement des langues apparaissent assez similaires dans tous les pays de l’Union. Un pays fait cependant exception : le Royaume-Uni. Partout ailleurs, l’enseignement des langues vivantes étrangères est complètement généralisé puisqu’il concerne 82% des élèves du primaire et 98% des élèves du premier cycle du secondaire.

Outre-Manche, au contraire, cet enseignement n’a cessé de se réduire depuis 20 ans : il concernait, en 1995, 74% des élèves mais cette proportion est tombé à 48%. Moins d’un élève sur deux apprend une langue étrangère outre-Manche !

La prévalence mondiale de plus en plus marquée de l’anglais est évidemment pour beaucoup dans cet effondrement. Mais les efforts récents du gouvernement britannique pour redresser la barre sont également d’une efficacité relative puisque les directives du ministère de s’imposent pas au « free schools » qui se sont beaucoup développées.

En outre, les autorités mettent désormais l’accent sur l’apprentissage des nouvelles langues porteuses comme l’arabe, le chinois, le bengali ou le turc. Cela est inquiétant pour l’apprentissage du français qui n’est plus enseigné qu’à 25% des jeunes britanniques contre 47% il y a vingt ans. 




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