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La police française a des moyens mais elle est plus sollicitée

mardi, 25 octobre, 2016 - 09:12

Exaspérés au point de manifester, les policiers français dénoncent le manque d’effectifs, l’insuffisance des moyens et le laxisme judiciaire. Par rapport à leurs homologues européens, ils ne sont pourtant pas défavorisés. Mais ils doivent faire face à une violence particulièrement élevée.

Les policiers n’en peuvent plus. Faisant suite à l’agression au cocktail Molotov dont quatre des leurs ont été victimes à Viry Chatillon, ils ont multiplié depuis la semaine dernière, dans tous le pays, des manifestations non autorisées du fait de leur obligation de réserve. L’enquête demandée à l’IGPN par le directeur général de la police n’a fait qu’exacerber les tensions.

Les revendications des forces de l’ordres sont très larges : plus d’effectifs, plus de moyens, plus de sévérité des tribunaux. Ce raz-le-bol ne date pas d’hier et les manifestations des forces de l’ordre ne constituent pas une première en France.

Ces dernières années, plusieurs manif en France et à l’étranger

Plusieurs rassemblement sur la voie publique ont en effet eu lieu ces dernières années pour dénoncer la paupérisation des services, réclamer des primes de risque ou témoigner une émotion face à des agressions graves ou même des meurtres de policiers commis par des détenus libérés par anticipation.

A l’étranger, on se souvient de la protestation des policiers britanniques en 2012 face aux restrictions budgétaires décidées par le gouvernement Cameron. Ou encore celle des policiers portugais en 2014 réclamant un meilleur salaire.

Plus récemment, en octobre 2015, les policiers italiens ont manifesté devant le ministère de l’intérieur à Rome en dépit des consignes de leurs syndicats. Des syndicats qui demandent par ailleurs 50.000 créations de postes dans la police d’Etat alors même que les effectifs des forces de l’ordre en Italie sont importants.

358 policiers pour 100.000 habitants en France…

Mais peut-on dire que les effectifs de police sont insuffisants en France ? Ce qui est certain, c’est qu’ils ont eu tendance à diminuer depuis 2005 et que le renforcement des effectifs annoncé dès 2012 n’a commencé à se traduire dans les faits qu’en 2015. Mais avec environ 145.000 policiers et 95.000 gendarmes l’an dernier – soit au total un peu moins de 240.000 personnes – la France se classe honorablement en Europe avec 358 policiers ou gendarmes pour 100.000 habitants.

… mieux qu’en Allemagne ou en Angleterre…

C’est mieux qu’en Allemagne ou l’addition de la police fédérale et des polices des länder n’aboutit qu’à un total de 250.000 agents, soit 309 pour 100.000 habitants. Et c’est même beaucoup mieux qu’en Angleterre ou en Suède où cette proportion tourne seulement autour de 210/220.

… moins bien qu’en Espagne ou en Italie

Cependant, il faut noter que les policiers sont plus nombreux dans les pays du sud qu’en France. En Italie, les trois forces de sécurité correspondant à nos policiers ou gendarmes totalisent 461 agents pour 100.000 habitants et cette proportion atteint même 523 en Espagne si l’on tient compte des polices municipales qui disposent de beaucoup plus de pouvoirs que chez nous.

Mais quand bien même on ajouterait aux forces de l’ordre les 20.000 policiers municipaux français, on aboutit en France à un ratio de 391, très éloigné de celui de l’Espagne.

Un budget par policier honorable

Avec un budget total de 17,7 milliards d’euros en 2015, l’Etat français consacre à la police, par policier (et gendarme), 74.000 € par an. C’est un peu moins que l’Angleterre (79.000 €) mais c’est plus que l’Italie (62.000) et beaucoup plus que l’Espagne (38.000).

Quant à l’Allemagne, il n’existe pas de chiffres agrégés au niveau fédéral mais si l’on prend un land important et riche comme celui de Bavière, on trouve une moyenne de 76.000 € par policier. Bref, la France est assez bien placée en termes de moyens budgétaires.

Plus d’agressions de policiers en Allemagne et Autriche

Beaucoup de chiffres circulent en matière d’agressions des forces de l’ordre. Si l’on considère le chiffre des blessés en mission de police comptabilisés pour les policiers et gendarmes par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, on aboutit à 8.610 blessés en 2015 (mais dont environ la moitié serait des victimes d’agression).

Ce chiffre se compare aux 7.903 policiers britanniques blessés l’an dernier, encore que les effectifs de ces derniers soient bien moins nombreux. A l’inverse, l’Italie ne fait état que de 2.300 agressions violentes pour plus de 300.000 agents.

Quant à l’Allemagne, malgré l’absence de statistiques au niveau fédéral, il semble évident que les forces de polices comptent plus de victimes qu’en France : à Berlin seulement, 2.650 policiers ont été blessés l’an dernier. A l’appui de cette hypothèse, le fait que la petite Autriche voisine (8,5 millions d’habitants) dénombre près de 2.000 victimes policières en 2015, soit un taux de 23 blessés pour 100.000 habitants contre 13 en France. Donc, on ne peut affirmer que les forces de l’ordre serait particulièrement plus agressées en France qu’ailleurs.

Les syndicats de policiers mobilisés outre-Rhin

De fait, les policiers français ne sont pas les seuls à exprimer un malaise. On a évoqué l’Italie mais, en Allemagne également, les syndicats de polices ne cessent de multiplier les démarches auprès des autorités pour réclamer une amélioration de leur sécurité.

Les syndicats de police de l’Hexagone dénoncent souvent ce qui ressortirait d’un certain « laxisme judiciaire ». Mais cette notion est impossible à mesurer objectivement et tout au plus peut-on constater que la justice est lente dans notre pays. En revanche, ce qui est mesurable, c’est la quantité de crimes et délits commis sur un territoire.

La France, pays violent en Europe

Là réside sans doute une explication du sentiment d’impuissance et de débordement des forces de polices de l’Hexagone. Ainsi, la France est championne d’Europe en nombre d’homicides et de vols qualifiés, c’est à dire accompagnés de menaces ou de violences.

Pour 100.000 habitants, il y a eu 1,2 homicide en 2014 dans l’Hexagone. C’est nettement plus que dans les autres principaux pays ou ce ratio oscille entre 0,7 et 0,8.  Quant aux vols qualifiés, on en compte 172 pour 100.000 en France contre 96 en Italie, 86 en Angleterre  et 56 en Allemagne.

En matière de voies de faits – c’est à dire de violences sur les personnes –  la France est nettement devancée par l’Angleterre (342 contre 642 pour 100.000 habitants). Et pourtant, son territoire est le théâtre de plus de voies de fait qu’en Allemagne, Italie et Espagne réunies !

En somme, dans un pays où les violences au quotidien sont plus fréquentes qu’ailleurs, il semblerait normal que les effectifs et les moyens des forces de l’ordre soient, en proportion de la population, nettement supérieurs à ceux des autres pays. C’est en tout cas un élément de ressenti déterminant pour expliquer le malaise policier.




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